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Politique

Tunisie : La réconciliation selon Ben Sédrine

Partialité ?

La première audience publique de l’IVD, le 18 novembre 2016, ne fera que confirmer ce sentiment chez ses enne­mis. Une écrasante majorité des témoi­gnages proviennent d’anciens militants islamistes ou de leurs familles. « Cela m’a laissé un goût amer dans la bouche », se souvient avec tristesse Nefissa Wafa Marzouki. « Les islamistes sont les pre­mières victimes de la dictature en Tunisie, c’est un fait », avance Amine Ghali, le directeur de Kawakibi, une ONG cen­trée sur la justice transitionnelle. Mais la teinte « islamiste » de l’IVD est une réa­lité.

« La commission chargée de nommer ses membres était dominée par Ennahdha, alors le premier parti du pays, ce qui se voit dans le choix des candidats retenus. » Lors des séances publiques, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, élu sur un programme anti-islamiste, et le gou­vernement, brillent par leur absence.

Départs en cascade de l’IVD

Certains spécialistes se sont élevés contre une falsification de l’histoire. Le 24 mars, une audience était consa­crée aux partisans du nationaliste Salah Ben Youssef, adversaire vaincu d’Habib Bourguiba dans les années précédant l’indépendance. Remettre en question la figure tutélaire de la Tunisie moderne est un blasphème impardonnable.

Pour l’historien Abdellatif Hannachi, les témoins sélectionnés ont lancé des « affirmations n’ayant aucun rapport avec l’analyse scientifique des événements histo­riques ». La presse proche du président de la République n’a alors pas manqué de rappeler que Sihem Ben Sédrine est la nièce de Ridha Ben Ammar, un partisan de Salah Ben Youssef, qui s’est opposé, armes à la main, à Habib Bourguiba dans les années 1950.

Excédés par la gestion jugée « des­potique » de Sihem Ben Sédrine, six membres de l’IVD ont démissionné ou été exclus, si bien que l’Instance n’a jamais compté les quinze représentants prévus. « Elle a une mainmise totale sur l’organisation, dénonce Mustapha Baazaoui, un membre exclu. Je n’étais pas informé de certaines réunions où seuls ses partisans étaient présents et où tout se décidait. Cela nuit aux discussions, qui devraient être apaisées dans une telle Instance».

Sihem Ben Sédrine admet un management à poigne, quitte à le regret­ter après coup. En mai 2016, sur un pla­teau de télévision, elle insulte Zouhaïr Makhlouf, membre démissionnaire de l’IVD et lui aussi opposant historique à la dictature. « J’aurais dû garder mon sang-froid », admet-elle aujourd’hui.

Mais elle assure que son fort caractère est indispensable pour éviter que l’IVD ne soit noyautée par « des nostalgiques de Ben Ali qui peuvent manipuler certains membres, plus faibles psychologiquement ». Consciente de l’importance de sa tâche, Sihem Ben Sédrine fait peu de cas des critiques : « Ma responsabilité est d’établir la vérité et de comprendre le mécanisme de la dictature en Tunisie d’ici à la fin de mon mandat. À ce moment-là, j’aurai des comptes à rendre aux Tunisiens. Personne ne va me demander si j’ai été injuste avec untel ou untel».

Une vision à long terme que ne partage pas Amine Ghali pour qui l’absence actuelle de consensualité autour de l’IVD plombera forcément l’impact du rapport de l’Instance. « L’IVD est déjà un échec. Elle n’accom­plira pas plus du quart de ses devoirs et Mme Ben Sédrine porte une part de respon­sabilité», conclut le directeur du Centre Al Kawakibi pour la transition démocratique.

Beaucoup d’acteurs refusent aujourd’hui de parler de Sihem Ben Sédrine. C’est le cas notamment d’Anis Boughattas. L’avocat d’Imed Trabelsi, le neveu de Ben Ali, accusé de corruption et qui a témoigné par vidéo pour l’IVD, répond sibyllin : « Je n’ai pas de décla­ration à faire sur ce personnage, mais la vérité éclatera très prochainement».

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