Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Tunisie : Des députés sous influences

Les représentants du peuple tunisien doivent, exercice normal de la démocratie, faire face aux pressions des partis et des syndicats. Ils tentent aussi de résister aux lobbies qui tentent d’infléchir leurs votes en leur faveur. 

Tunis, Moncef Mahroug 

La place du Bardo, coeur de cité de l’ouest de Tunis, attire, plus que jamais, passants et habitants, par ses jets d’eau rafraîchissants, surtout en été. Les fontaines sont depuis des années à l’arrêt, mais l’endroit est devenu le point de ralliement des contestataires de tous bords et de partout.

Le big bang associatif 
Inférieur à 10 000 avant le 14 janvier 2011, le nombre d’associations a doublé au cours des huit dernières années. En août 2018, on en comptait 19 000. Mais la barre des 20 000 ne devrait pas tarder à être dépassée, car l’engouement des Tunisiens pour l’action associative connaît un regain depuis quelques mois après s’être quelque peu tassé au cours des dernières années. 
Les organisations non-gouvernementales étrangères ne sont pas en reste. La Tunisie étant depuis 2011 un « laboratoire politique », économique et social, nombre d’associations et de cercles de réflexion s’y sont implantés. Les Américains ont été parmi les premiers à arriver. Aujourd’hui, International Republican Institute (proche du Parti républicain), National Democratic Institute (proche du Parti démocrate), Carter Center et Open Society Foundation de l’homme d’affaires George Soros – qui finance divers médias et associations dont Al Bawsala –, sont très actifs. 

Rien d’étonnant à cela : le Parlement, logé depuis plus de soixante ans au palais du Bardo, une ancienne résidence beylicale dont l’entrée historique donne sur la place, s’est transformé après la chute du régime Ben Ali en un haut lieu de la vie politique tunisienne, et ses membres en acteurs importants. 

Avant le 14 janvier 2011, les représentants du peuple n’étaient qu’un rouage marginal de la vie politique. Depuis huit ans, ils ont leur mot à dire, à la faveur du nouveau régime semi-présidentiel. Ce qui leur vaut d’être l’objet de nombreuses pressions et sollicitations destinées à les pousser à prendre une position donnée ou, au contraire, à les en dissuader. 

La plus gigantesque et importante d’entre ces actions reste à ce jour le sit-in du Rahil (du départ), celui organisé à l’été 2013 par les partis d’opposition, Nidâa Tounes en tête, pour réclamer le départ du gouvernement de la Troïka menée par le mouvement islamiste Ennahdha et exiger de l’Assemblée nationale constituante de l’époque qu’elle se saborde pour accélérer le processus.

Les manifestants ont fini par obtenir gain de cause puisque le gouvernement a passé le témoin, en janvier 2014, à une équipe de ministres technocrates menées par Mehdi Jomâa. Depuis, les manifestations dans cette partie de la capitale de militants de partis politiques, mais également de représentants de corporations professionnelles, femmes, étudiants, chômeurs, etc., sont régulières. 

Toutefois, les tentatives d’influence visant l’assemblée et les jeux de pouvoir se déroulent surtout en coulisse. Elles sont le fait de diverses forces. D’abord, les chefs de certains partis politiques, à l’instar de Slim Riahi, président de l’Union patriotique libre (UPL), qui, pour servir leurs intérêts, manipulent les députés. 

Bien sûr, les organisations professionnelles syndicales ne sont pas en reste, comme l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap) et l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’Ordre des avocats de Tunisie, etc. De même que les associations de la société civile et, enfin, les lobbies, plus ou moins occultes. 

Un cas édifiant 

S’ils acceptent de parler des premiers – parfois sous le sceau de l’anonymat –, les députés sont réticents à évoquer ces derniers. Pourtant la plupart d’entre eux admettent avoir des soupçons quant à l’implication des lobbies dans les affaires de l’Assemblée, mais admettent, comme Mondher Belhaj Ali, l’absence de preuves pour les étayer.

À l’exception d’un cas, que ce député, élu sous la bannière de Nidâa Tounes, le parti au pouvoir, et aujourd’hui indépendant, rappelle : celui de l’homme d’affaires Chafik Jarraya, arrêté en mai 2017 pour répondre de l’accusation de haute trahison et de corruption, et que d’autres sources accusent d’avoir acheté ou tenté d’acheter, des députés. Selon Lazhar Akremi, dirigeant dissident de Nidaa Tounes, 25 Parlementaires seraient coupables de corruption passive. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts