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Politique

Togo : une nouvelle Constitution et un même dirigeant

Togo : une nouvelle Constitution et un même dirigeant
  • Publiémai 8, 2024

Conforté par une écrasante victoire aux législatives, Faure Gnassingbé, 57 ans, pourrait, en tant que président du Conseil des ministres, diriger le Togo durant de nombreuses années.

 

Le Togo a donc, depuis cette semaine, une nouvelle Constitution. Celle-ci repose sur un régime parlementaire, comptant un président de la République ainsi qu’un président du Conseil des ministres, désignés par les députés. L’essentiel des pouvoirs reposera sur ce nouveau « super Premier ministre ». De son côté, le Président sera élu pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois, par les députés et non plus par le peuple.

L’Assemblée nationale qui vient d’être élue et le Sénat prendront fonction avant de savoir quand se déroulera l’élection du président de la République et du président du Conseil des ministres. Le scrutin présidentiel au suffrage universel, qui devait se dérouler en 2025, est donc annulé.

De l’avis des observateurs, l’opposition, bien que laminée dans les urnes, reste combattive. Plus question de querelles de chapelle, tous ses membres sont vent debout contre la nouvelle constitution, qu’ils espèrent faire échouer in extremis.

À ce changement de régime, les Togolais ne voient guère une grande avancée démocratique. Il ne fait nul doute, à leurs yeux, que le président de la République Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, sera tôt ou tard – c’est-à-dire bien avant ou peu avant la fin de son mandat – désigné président du Conseil des ministres. Une manière comme une autre de se succéder à soi-même. Avec l’avantage non négligeable que ce poste ne subit aucune limitation du nombre de mandats consécutifs.

L’opposition et la société civile protestent. Claude Amegan dirige le CACIT, le collectif des associations contre l’impunité au Togo. Il juge auprès de la presse internationale que « les conditions dans lesquelles cette loi a été votée n’ont pas respecté les prescriptions de la Constitution elle-même et que la Cour constitutionnelle devrait se prononcer sur les irrégularités. Malheureusement, nous avons constaté que la Cour constitutionnelle n’a jamais voulu donner son avis sur la question ».

 

Des miettes pour l’opposition

Il n’empêche, le président Faure Gnassingbé a la légitimité des urnes. Son parti, UNIR, a obtenu un résultat impressionnant à l’élection législative du 29 avril, emportant 108 sièges sur 113. Au contraire des organisations internationales, l’opposition dénonce des irrégularités dans un scrutin dont le résultat étonne. L’Union africaine, la CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et l’Organisation internationale de la Francophonie, se sont « félicités » de la mise en place d’« un cadre permanent de concertation » ainsi que du « bon déroulement de la campagne électorale ». Dans un communiqué, ces trois organisations « saluent la tenue des élections dans le calme ».

Pour autant, le scrutin était déséquilibré dès le départ. Les partis d’opposition manquent de moyens pour se déployer sur le terrain, n’ayant que certains médias et les réseaux sociaux pour s’exprimer. La participation a atteint 61% lors du scrutin législatif.

« Ce ne sont pas des élections, c’est un hold-up électoral », commente Paul Dodji Apévon, président des Forces démocratiques pour la République. Cette formation a remporté un seul siège de député. Même exaspération chez Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais (PT), a dénoncé sur le réseau X, le 5 mai, une « mascarade électorale » et appelé l’opposition à « réorienter la lutte ».

De l’avis des observateurs, l’opposition, bien que laminée dans les urnes, reste combattive. Plus question de querelles de chapelle, tous ses membres sont vent debout contre la nouvelle constitution, qu’ils espèrent faire échouer in extremis. Et comptent sur cette victoire « à la soviétique » (95,57 % des voix aux législatives) du parti au pouvoir pour instiller le doute dans l’esprit des Togolais. L’écrasante victoire du parti UNIR, y compris dans des bastions de l’opposition, intrigue ; visiblement, l’usure du pouvoir n’atteint pas la dynastie Gnassingbé, au pouvoir depuis 1967. Quelques voix s’élèvent déjà, en Afrique francophone, pour implorer le Président de ne pas négliger l’opposition et la société civile, en dépit des résultats électoraux.

Rien n’empêche donc, en vertu de la nouvelle Constitution, le chef du parti UNIR de devenir le premier président du Conseil des ministres ; son nom : Faure Gnassingbé.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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