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Politique

Togo : À l’épreuve de la crise

Le référendum comme unique solution

L’opposition togolaise exige plusieurs réformes constitutionnelles et institu­tionnelles, notamment la limitation de mandat avec rétroactivité, le scrutin à deux tours et le vote de la diaspora. Le parti au pouvoir, qui dit ne pas s’oppo­ser à une nouvelle Constitution exige qu’elle soit adoptée par voie référendaire. « Référendum signifie victoire du parti au pouvoir », tempête Jean-Pierre Fabre qui en appelle à la rue.

Dans son discours de voeux du 3 jan­vier, le président togolais présente clai­rement le référendum constitutionnel comme ultime solution. Réponse du ber­ger à la bergère, la coalition des 14 partis de l’opposition qui organise la contesta­tion craint, selon sa coordinatrice Brigitte Adjamagbo-Johnson, que « le référendum ne donne lieu à des fraudes massives ».

Malgré les interventions discrètes du président du Bénin, Patrice Talon, et la pression de son homologue de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, l’opposition pose des préalables pour aller au dia­logue.

Dans un document confidentiel remis à Alpha Condé, lors de son séjour fin octobre à Paris, l’opposition togolaise insiste pour que l’« avenir du président Faure soit inscrit à l’ordre du jour du dia­logue ». Une perspective balayée d’un revers de main par le gouvernement togolais qui souhaite « un dialogue ouvert et sans préambule ».

Toutes les boutiques d’Assigamè, le grand marché de Lomé, sont fer­mées les jours de manifestations. Ce qui engendre un manque à gagner énorme pour les commerçants qui craignent déjà que la situation ne s’aggrave en 2018. « J’ai perdu depuis août 2017, 40 % de mon chiffre d’affaires », confie Angèle Olympio, l’une des légendaires « Nana Benz » qui tiennent le marché des pagnes.

Et tout comme elles, de plus en plus nombreux sont ces commerçants à craindre que la morosité ne s’installe durablement pour les affaires. Du côté des sociétés privées regroupées dans l’Association des grandes entreprises du Togo (AGET), on fustige un climat des affaires qui ralentit les investissements. Plusieurs patrons de grandes entreprises craignent une pression fiscale du fait des difficultés financières que connaît l’État.

Lourdes répercussions économiques

Parallèlement aux médiations en cours, les pays voisins s’activent. Patrice Talon, président du Bénin, s’entretient avec son ami Jean-Pierre Fabre, le pous­sant à la table des négociations. Les res­ponsables de l’ANC, principal parti de l’opposition reconnaissent « des discus­sions régulières » avec Alassane Ouattara et le secrétaire général de l’ONU, sans qu’aucune date ne soit annoncée pour le dialogue.

Le président du Ghana a déjà reçu à plusieurs reprises les princi­paux opposants notamment Jean-Pierre Fabre, Brigitte Adjamagbo et Tikpi Atchadam. Toutes ces médiations et interventions n’ont pas réussi à faire bouger les choses. Pas même l’appel solennel d’Emmanuel Macron, en marge du sommet UE-UA, qui s’est tenu en novembre dernier à Abidjan.

Le parti au pouvoir profite du répit pour préparer les prochaines élections. La mise à jour de la liste électorale débu­tera avant fin janvier. Jean-Pierre Fabre menace déjà de « bloquer tout le pays et d’empêcher un démarrage du processus électoral sans des discussions franches ».

Le Togo devrait organiser d’ici à avril prochain les premières élections municipales et locales depuis trente ans et des législatives, trois mois plus tard, pour renouveler son parlement en place depuis 2013 et dont le mandat arrive à terme en juillet prochain.

Mais la multi­plication des manifestations à venir par l’opposition et la majorité qui campe sur ses positions font craindre l’enlisement d’une crise qui dégrade le climat des affaires.

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