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Politique

Tentative de coup d’État : Le mal burkinabé

Le lieutenant-colonel burkinabé Emmanuel Zoungrana, soldat au sein de la gendarmerie nationale, a été arrêté avec sept autres personnes. Ils sont officiellement accusés de tentative de coup d’Etat.

Par Véronique Clara-Véronne

Comme le colonel Mamadi Doumbouya en Guinée, comme au Mali avec le colonel Assimi Goïta et comme au Soudan avec le général Abdel Fattah Al-Bourhane, comme au Tchad avec le général quatre étoiles Mahamat Idriss Déby, ces soldats ont pris le pouvoir par un coup d’Etat.

« Des soupçons de complot en vue d’une déstabilisation du pouvoir avec des ramifications à l’étranger » pesaient sur le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana et plusieurs militaires depuis les manifestations du 27 novembre.

Les huit militaires burkinabé projetaient-ils de déstabiliser les institutions de la République et prendre le pouvoir. Le procureur de la justice militaire en est convaincu.

Selon lui, ils ont été mis hors d’état de nuire, car dénoncés par un membre de la bande complotiste.

De son côté, le ministère de la Justice a annoncé mardi qu’une enquête est ouverte sur cette affaire.

Le fond de l’histoire

Il y a peu, notamment aux alentours de fin novembre 2021, Ouagadougou avait arrêté des leaders de la société civile pour « atteinte à la sureté de l’Etat ».

Les autorités avaient accusé ces « arrêtés » d’avoir reçu d’énormes moyens financiers venus de l’extérieur et avaient précisé que tout concourrait à affirmer qu’il y avait une potentielle récupération militaire dans cette opération et dont le but est de faire un coup d’Etat.

Reste qu’à ce stade, l’enquête ouverte ne permet pas encore formellement d’établir des liens et autres complots politiques dans cette affaire d’arrestation et le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana et ses « amis ».

D’ailleurs qui est-il ?

C’est un secret de Polichinelle, Emmanuel Zoungrana a fait sa réputation en donnant sinon quotidiennement, du moins régulièrement dans des critiques acidulées contre le gouvernement précisément sur la gestion de la question sécuritaire.

Ancien commandant du 12e Régiment d’infanterie commandos, Emmanuel Zoungrana avait été est relevé de ces fonctions le 15 décembre 2021. Outre cette fonction, il était également le commandant des groupements de sécurisation du secteur ouest de grand Nord.

Des soldats du Burkina Faso

Cet officier quadragénaire a été formé au Togo voisin avant d’aller parfaire ses connaissances au Maroc et en France.

Il faut dire que globalement les Burkinabé n’ont pas été surpris à l’annonce de ces arrestations. De fait, depuis quelques mois, les autorités burkinabé redoutaient un coup d’Etat lié à la dégradation de la situation sécuritaire qui se résume dans la lutte de Ouagadougou contre les mouvements djihadistes.

Le dernier coup d’État au Burkina Faso date d’il y a à peine sept ans, lorsqu’une unité militaire fidèle au président déchu et exilé, Blaise Compaoré, avait pris le pouvoir par l’entremise de Gilbert Dianderé.

Conscient que son pays est coutumier des coups d’Etat, le président Roch Kaboré, avait en novembre 2021, déclaré dans un discours à la Nation que la remise en cause des institutions démocratiques n’était pas la solution dans la lutte contre les groupes armés.

A priori, il n’a pas été entendu comme l’atteste l’affaire du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana.

Pendant ce temps l’armée burkinabé est engagée dans une difficile lutte contre les groupes armés. Car depuis 2015, le Burkina Faso vit au rythme des violences de mouvements djihadistes affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique. Le bilan de ces attaques fait au moins 2 000 morts et 1,4 million de déplacés.

Le 14 novembre 2021, une attaque particulièrement meurtrière à Inata (Nord) avait endeuillé le pays – 57 personnes, dont 53 gendarmes, tuées par des djihadistes – entraînant par la même occasion une exaspération de la population qui avait manifesté le 27 novembre contre ce qu’elle considérait comme l’inaction du gouvernement.

Selon les autorités, c’est sur cette surenchère de manifestation que la soldatesque avait voulu surfer pour légitimer son coup d’Etat. Comme en Guinée, comme au Mali, comme au Soudan et comme au Tchad où des soldats ont pris le pouvoir par un coup d’Etat !

@VCV

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