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Tensions entre la RD Congo et l’ONU

Tensions entre la RD Congo et l’ONU
  • Publiéaoût 3, 2022

Le gouvernement de RD Congo réclame le départ du porte-parole de la Monusco, la force de Casques bleus active à l’est du pays. Nations unies et autorités congolaises n’ont pas la même lecture de la crise dans cette zone, tandis que les populations s’impatientent.

 

Par Laurent Allais

Le torchon brûle entre le gouvernement de RD Congo et les Nations unies, après les graves débordements ayant touché l’est du pays. António Guterres s’est entretenu en urgence, le 1er août, avec le président Félix Tschisekedi. La veille, des tirs de soldats de l’ONU, sous la bannière de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo), avaient fait trois morts, à la frontière avec l’Ouganda.

Du côté de la Monusco, on dit « regretter profondément » la tournure que prennent ces événements qui occultent « les vrais problèmes ».

Allusion à l’analyse selon laquelle le mouvement M23 n’est pas qu’un groupe de mercenaires mais une véritable armée, bien organisée, que l’on ne peut pas combattre avec une force de Casques bleus, aussi imposante soit-elle.

Ce grave « incident » a entraîné de nombreuses manifestations à l’est du pays, occasionnant de nombreuses victimes, selon certaines sources.

« Le secrétaire général a transmis ses condoléances et a également présenté ses excuses pour l’incident de dimanche », a commenté Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies. Lesquelles « sont totalement engagées en faveur de la paix et pour une coordination et une coopération avec les forces armées congolaises afin de résoudre la situation et d’apporter la stabilité dans l’est de la RD Congo».

António Guterres aurait également souligné « dans les termes les plus forts » la nécessité d’établir les responsabilités pour ces événements et a salué la décision de son représentant spécial en RD Congo, Bintou Keita, de placer en détention le personnel de la mission impliqué dans l’incident et d’ouvrir immédiatement une enquête.

Si le gouvernement a très tôt lancé un appel au calme, des manifestations ont éclaté un peu partout. Ainsi, à Beni, dans la province du Nord-Kivu, un grand rassemblement a paralysé cette ville de 800 000 habitants. Tandis qu’elle s’approchait de la base de la Monusco, la manifestation a été dispersée par des tirs de sommation lancés par les militaires et des gaz lacrymogènes, venus de la police congolaise, cette fois.

Les Casques bleus ont aussi renforcé les mesures de sécurisation de leurs installations avec des véhicules blindés et des chars de combat, rapporte un correspondant de l’AFP. Qui rapporte le jugement d’un représentant du mouvement Lutte pour le changement (Lucha) : « Nous sommes face à une force qui dispose de tous les moyens militaires, logistiques et financiers pour mettre fin aux activités des groupes armés. Elle n’en fait pas usage. Par conséquent, nous demandons le départ de ces touristes ! »

 

Une mission contestée

Lucha fait partie de ces organisations qui, depuis 2019, reprochent régulièrement aux Nations unies de ne pas lutter avec assez d’efficacité contre les groupes armés venus, pour beaucoup, des pays voisins. Pourtant, la Monusco est une des plus importantes missions onusiennes déployées dans le monde, comptant quelque 14 000 militaires dans plusieurs villes de l’est du pays. On prête l’intention au gouvernement de RD Congo de vouloir accélérer le calendrier de son retrait, acté de longue date.

Au-delà du drame du 31 juillet, c’est bien l’attitude de la Monusco qui est remise en cause. Y compris, semble-t-il, au sommet de l’État. En effet, ce 3 août, on apprend que le gouvernement congolais a demandé aux Nations unies – en termes courtois –, le départ « dans les plus brefs délais », de son porte-parole dans le pays, Mathias Gillmann.

Pour le ministre des Affaires étrangères, Christophe Lutundula, « la présence de ce fonctionnaire sur le territoire national n’est pas de nature à favoriser un climat de confiance mutuelle et de sérénité si indispensable entre les institutions congolaises et la Monusco ».

En cause, les propos tenus le 13 juillet par Matthias Gillmann sur RFI affirmant que la Monusco ne disposait pas de moyens militaires pour faire face au M23. « Ces déclarations indélicates et inopportunes sont à la base de la tension actuelle », explique une source gouvernementale à l’AFP.

En effet, les premières manifestations contre la Monusco avaient débuté le 25 juillet. Le bilan de ces derniers jours est très lourd. Quatre casques bleus ont été tués à Butembo et au moins 28 manifestants ont trouvé la mort à Goma, Butembo et Kanyabaonga (Nord-Kivu). Quatre autres ont été électrocutés à Uvira (Sud-Kivu) lors de la dispersion de leur marche, selon un décompte officiel.

Du côté de la Monusco, on dit « regretter profondément » la tournure que prennent ces événements qui occultent « les vrais problèmes ». Allusion aux propos de son porte-parole sur la sellette, à savoir que le mouvement M23 n’est pas qu’un groupe de mercenaires mais une véritable armée, bien organisée, que l’on ne peut pas combattre avec une force de Casques bleus, aussi imposante soit-elle.

À noter que la Présidence, qui avait promis le 1er août au soir une réaction officielle publique après la rencontre entre António Guterres et Félix Tschisekedi, ne s’est toujours pas exprimée.

@NA

 

Écrit par
laurent

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