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Politique

Symboles et rituels

Symboles et rituels
  • Publiéseptembre 27, 2022

Après l’intense période de deuil, et de réflexion, consécutive au décès d’Elisabeth II, Anver Versi, Rédacteur en chef de NewAfrican Magazine, revient sur la relation très spéciale que la souveraine entretenait avec les Africains.

  

On dit que les rites funéraires du plus ancien monarque britannique (et chef du Commonwealth) ont été suivis par plus de personnes dans le monde que n’importe quel autre événement, y compris la Coupe du monde. Ce qui est tout aussi étonnant, c’est que des centaines de milliers de personnes ont fait la queue, dans certains cas pendant près de 24 heures, pour pouvoir rendre hommage à la reine disparue à l’âge de 96 ans.

Parmi les tout premiers à faire la queue, deux jours avant l’événement, se trouvait une dame du Ghana. En effet, les Africains, du moins ceux de la diaspora, étaient très présents dans le deuil de la reine. Plusieurs d’entre eux ont dit qu’ils avaient rencontré la reine lors de l’une de ses nombreuses visites dans les hôpitaux et les centres sociaux et artistiques, et que ces brèves interactions leur avaient donné le sentiment d’être « très spéciaux », et que ce souvenir était l’étincelle la plus brillante de ce qui, pour beaucoup, a été des années sombres et lugubres.

La fonction est éternelle, mais on peut se demander si notre époque cynique peut produire une autre personne capable d’occuper cette place de la même manière et avec le même style que la Reine Élisabeth II.

Je dois admettre que j’étais moi-même ravi de l’avoir rencontrée il y a plusieurs décennies, alors engagé auprès d’une organisation caritative londonienne spécialisée dans les événements éthiques. Sa présence, son charme, sa concentration et le plaisir évident qu’elle prenait à vous rencontrer vous faisaient vous sentir très spécial.

L’Afrique était très chère à son cœur – après tout, elle est devenue reine alors qu’elle faisait un safari au Kenya avec son mari, le duc d’Édimbourg. Elle devait se rendre au Kenya trois autres fois. En tout, elle a visité vingt pays africains, y compris le Ghana, alors dirigé par Kwame Nkrumah, en 1956, contre l’avis de ses conseillers. Dans l’ensemble, l’Afrique lui a rendu son affection et elle a toujours été un visiteur très populaire.

Comme l’a souligné notre chroniqueur Lord Peter Hain, elle tutoyait Nelson Mandala, une familiarité qu’elle ne partageait avec personne d’autre. D’ailleurs, après sa première visite en Afrique du Sud avant qu’elle ne devienne reine en 1947, elle n’a plus jamais mis les pieds dans ce pays jusqu’à la fin de l’apartheid, lorsqu’elle a été accueillie avec joie par le président Nelson Mandela en 1995.

Mais l’histoire est un juge sévère. Alors qu’elle était au-dessus de la politique et qu’elle n’avait aucun pouvoir réel – sauf celui de la persuasion discrète – l’Empire britannique a commis d’horribles atrocités en son nom, notamment l’internement de plus de 1,5 million de Kényans dans des camps semblables à ceux des nais, dans la région même où elle avait appris la mort de son père et sa propre accession au trône britannique.

Comme l’a dit l’ancien poète perse Omar Khayyam : le doigt qui bouge écrit et, après avoir écrit, s’en va : ni toute ta piété ni ton esprit ne le ramèneront à annuler une demi-ligne, ni toutes tes larmes n’en effaceront un seul mot. Néanmoins, les Britanniques ont finalement été contraints de reconnaître leur culpabilité et ont versé des millions de dollars de compensation aux survivants du pogrom. Les initiés affirment que la reine Élisabeth a exercé discrètement une pression considérable pour y parvenir, mais comme ses réunions hebdomadaires avec les Premiers ministres britanniques sont tenues secrètes, nous ne saurons jamais la vérité.

 

Des vertus à préserver

Ce que j’ai trouvé le plus émouvant et le plus stimulant, c’est qu’il s’agissait d’une femme qui n’avait pas de pouvoir politique, qui n’a pas mené d’armées au combat ni sorti le pays en crise, qui n’était ni écrivain, ni poète, ni inventeur, ni guérisseur, et qui pourtant régnait sur le cœur et l’esprit de milliards de personnes. Son pouvoir résidait dans ce qu’elle symbolisait, la meilleure partie de la nature humaine. Tant qu’elle vivait, on avait le sentiment que, quel que soit l’état du monde, ou l’incompétence, la corruption et même la méchanceté des dirigeants actuels de nombreux pays, les valeurs et les vertus anciennes, solides et éprouvées par le temps resteraient intactes.

Avec sa disparition, beaucoup ont pleuré la perte de ce noyau central de leur vie. D’où l’éternel cri : La reine est morte ; vive le roi ! La fonction est éternelle, mais on peut se demander si notre époque cynique peut produire une autre personne capable d’occuper cette place de la même manière et avec le même style que la Reine Élisabeth II – ou si nous avons vu la toute dernière d’une époque qui a disparu, pour ne jamais revenir, et si cela signifie que nous serons plus pauvres sans elle.

@NA

 

Écrit par
Anver Versi

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