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Politique

Sénégal : La démocratie, selon Mamadou Diallo

Cela représente entre 1 % et 2 % de croissance économique. Et cela ne vient pas du travail de Macky Sall ! En second lieu, la baisse des prix du pétrole constitue un élément favorable pour les pays importateurs dont le Sénégal fait partie.

Et troisièmement… il pleut ! Voici les trois facteurs exogènes qui nous permettent de bénéficier aujourd’hui d’une conjoncture économique relativement favorable. Au lieu d’en profiter pour renforcer les indicateurs macroéconomiques, le pouvoir s’engage aujourd’hui dans des projets mal orientés. En tout état de cause, sur les trois questions fondamentales posées à l’économie – au premier chef, celle de l’emploi – Macky Sall n’a rien produit. Sur la question de la pauvreté, aujourd’hui, 650 000 familles sénégalaises vivent sous le seuil de l’extrême pauvreté…

Comment mettre la jeunesse au travail, l’associer à la marche du pays ?

Nous devons rassembler les jeunes. Il n’est pas possible, aujourd’hui, de créer les centaines de milliers d’emplois espérés par les jeunes sans engager un processus d’industriali­sation. L’enjeu est là : industrialiser le Sénégal sur des filières bien identifiées. C’est le seul moyen de créer massivement de l’emploi.

Et c’est précisément la raison pour laquelle nous estimons que le Sénégal peut être le moteur de l’économie régionale. Or, malheureusement, Macky Sall fait exactement le contraire, en désorganisant complètement les filières industrielles concernées que nous connaissons bien : l’agroali­mentaire, la production d’engrais, le numérique…

Oui, mais c’est un problème général à l’Afrique, dont les économies semblent comme dépourvues de la colonne vertébrale d’une industrialisation. Quelles sont vos solutions propres ?

Il faut se garder de toute généralisation concernant l’Afrique. Les situations demeurent très variées. Il est vrai que de très nombreuses économies africaines sont basées sur la rente, et Macky Sall n’a fait aucune réforme à cet égard. Il est possible d’amorcer le processus d’industriali­sation au Sénégal. L’Éthiopie a bien réussi à le faire ! Nous avons élaboré un programme économique et social, que nous allons expliquer aux Sénégalais dans les prochains mois.

L’Afrique connaît un problème d’alternance politique. Comment expliquer ce qui ressemble à une fatalité ?

Ce n’est pas une fatalité africaine ! Ce phénomène touche à la malédiction des matières premières. Depuis l’époque coloniale, l’exploitation et l’exportation de ces matières premières ont produit des élites rentières qui, lorsqu’elles sont au pouvoir, mettent en place des gouvernances de type familial ou de type ethnique.

Dès lors, elles prennent en horreur toute forme d’alternance politique qui représente pour elles non pas seulement l’alternance d’un dirigeant mais de tout un clan ou de toute une ethnie. Ce système entraîne rapidement toutes sortes de dérives qui peuvent conduire jusqu’à la guerre civile. D’où la nécessité d’une profonde démocrati­sation des institutions, à laquelle je ne cesse d’appeler depuis tant d’années.

Que faut-il pour que l’Union africaine sorte de cette impuissance, et qu’elle devienne l’institution des solutions pour l’Afrique, dans une logique de cohérence ?

J’ai exercé des responsabilités au sein de l’UA au moment où la question posée était celle de l’intégration. Nous nous sommes heurtés au problème de la souveraineté des États – conquise de haute lutte lors de la décolonisation – qui était considéré comme sacrée.

Ces États n’étaient pas prêts à abandonner à la Commission de l’UA une seule parcelle de leur souveraineté. Dès lors, la Commission ne pouvait que fonctionner au ralenti. C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui, l’accent est mis sur l’aspect régional : la Cedeao, le Comesa, etc.

Toutes ces institutions se chevauchent et se marchent sur les pieds…

Absolument… C’est une cacophonie ! Il est très difficile et compliqué de mettre de l’ordre et de la rationalité là-dedans. Je pense que malheureusement, cette situation va durer encore quelques années. Il faudrait qu’en Afrique, des locomotives se détachent pour montrer que l’émergence qu’ont connue les BRICS est parfaitement possible : en Éthiopie, au Sénégal, au Maroc… Cela permettrait de donner une idée beaucoup plus claire des éléments de solidarité qui pourront être partagés au niveau continental et de la Commission africaine.

N’y a-t-il pas comme un narratif qui endort les Africains, qui les berce dans une douce illusion ?

Si vous regardez globalement les problèmes de l’Afrique, il est difficile de présenter un discours qui puisse donner espoir aux jeunes. Il faut pouvoir le faire au niveau local. Il y a des choses qui bougent, localement. Au Sénégal, c’est parfaitement possible. Par exemple, tout le travail qui a été fait autour des Assises nationales a constitué un bon point de départ. Malheureusement, Macky Sall a jeté tout cela à la mer. Donc, un « narratif » existe, au Sénégal et ailleurs en Afrique de l’Ouest. Notre projet politique consiste précisément à le rendre intelligible.

N’est-on pas dans une logique du « chacun pour soi et l’Afrique pour tous » ? L’atomisation du continent fait que chacun agit pour soi, se réclamant de l’Afrique, mais ne fait rien pour l’unir…

Il est vrai que le curseur est allé vers une forme de repliement national. Mais dans le même temps, lorsque nous rencontrons de problèmes de sécurité, par exemple avec le djihadisme, ou lorsque nous rencontrons d’autres types de problème comme ceux du Sud-Soudan, on voit toute l’importance du rôle que peuvent jouer la Commission de l’UA ou les instances telles que les communautés économiques régionales.

Cela étant, je le reconnais, la confiance manque pour aller plus loin dans le développement de l’intégration régionale. C’est ce qui fait que la Casamance est encore piégée entre la Gambie et la Guinée-Bissau.

Et je ne vois pas comment le Sénégal peut émerger économiquement sans être un vecteur de l’émergence économique de ces pays. Je ne vois pas comment le Sénégal, peut avancer dans l’exploitation du gaz sans entretenir des relations de bon voisinage avec la Mauritanie.

C’est pourquoi il faut continuer, dans nos discours politiques, à insister sur la nécessité de l’intégration régionale. Sans se laisser décourager par la lenteur extrême des avancées. Il faut continuer à essayer de convaincre la jeunesse, parce que, finalement, c’est la seule perspective. Malheureusement, les élites rentières sont plus intéressées par leur intérêt local que par le développement économique et social de l’Afrique.

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