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Politique

Salif Diallo, faiseur de roi ?

Avec Mouammar Kadhafi, les relations étaient d’un autre niveau. Membre de la première délégation burkinabé qui rencontra le Guide libyen, après l’accession au pouvoir de Blaise Compaoré, il sut tisser des relations privilégiées avec Kadhafi et son fils Saifal Islam, au point de devenir un habitué du palais de Syrte. Dans tous les ministères qu’il a dirigés, on lui reconnaît son ardeur au travail et son goût des initiatives.

À l’environnement, il lance le programme de développement de la gomme arabique ; à l’Agriculture, on lui doit l’opération Saaga d’ensemencement des nuages, la promotion de la culture de contre-saison, la mise sur pied d’une union nationale des producteurs semenciers, etc. « Pour Salif, tu es avec lui ou contre lui. Il ne connaît pas de demi-mesure », explique l’un de ses compagnons de lutte politique. Pour les opposants burkinabè, c’est aussi l’homme des coups tordus, celui qui ne manquait pas de stratagèmes, avec la bénédiction de son mentor, pour phagocyter les formations politiques qui émergeaient.

Quelques mois après sa sortie du gouvernement en mars 2008, Salif Diallo est nommé ambassadeur du Burkina Faso en Autriche. Quand il accorde en 2009 une interview au quotidien privé L’Observateur Paalga, il est loin de s’imaginer le tollé qu’il va provoquer.

« Pour moi, le meilleur moyen de créer une alternance dans notre pays, dans la paix et la stabilité, c’est de réformer profondément les institutions actuelles, pour approfondir la démocratie en donnant des chances égales à tous les partis politiques. Ma suggestion est d’aller aujourd’hui vers un régime parlementaire, qui nous éviterait une « patri-monialisation » de l’État », affirme-t-il sans sourciller. « L’exilé de Vienne », comme on le surnommera plus tard, n’y va pas de main morte. Entre les lignes, les burkinabè savent qu’il fait référence à la montée en puissance d’Alizeta Ouédraogo (belle-mère de la famille présidentielle) dans plusieurs secteurs économiques.

Entendu par le comité de contrôle du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), il est alors suspendu de tous les organes et instances du parti, « pour manquements graves aux principes organisationnels, ayant pour conséquence la remise en cause de la cohésion au sein du parti, refus de faire une autocritique sérieuse et profonde sur ses actes et remise en cause des positions du parti sur les institutions de la IVe République sans un débat préalable en son sein ». Recroquevillé avec son carré de fidèles dans son fief de Ouahigouya quand il est au pays, il s’éclipse et fourbit ses armes. « Depuis 2007, le courant ne passait plus très bien entre lui et Compaoré. On sentait venir le clash. Son départ pour Vienne n’avait pour but que de l’éloigner du centre des décisions », témoigne un ancien ministre de ses amis.

Même réhabilité en 2010, il se convainc de plus en plus que les amarres sont rompues avec son mentor, et que le temps semble venu de conduire une autre barque. Le congrès du CDP en mars 2012 sonne le glas des partisans de Salif Diallo ; ainsi que ceux de Rock Kaboré et Simon Compaoré, autres compagnons de lutte dans la révolution. Catalogués dans des fonctions de conseillers politiques « vides de contenu », les anciens dinosaures savent qu’ils ont perdu la bataille face à François Compaoré (frère cadet de Blaise Compaoré), dont les proches contrôlent désormais le bureau exécutif du parti.

Quand Blaise Compaoré évoque, en décembre 2013, l’idée d’un référendum pour modifier un article de la Constitution burkinabè limitant à deux le nombre de mandats présidentiels, Salif Diallo lui fait savoir sa ferme opposition. Une dernière rencontre qualifiée de « houleuse » se tient début janvier 2014, au palais, avec Blaise Compaoré et se termine sans consensus. Salif Diallo et ses proches ne se font plus d’illusions et décident de franchir le Rubicon. Le lendemain, avec une centaine (sur 700) de membres du bureau politique, il démissionne du CDP, ébranlant ainsi les assises du parti créé en 1996. Les sortants portent, quelques semaines plus tard, sur les fonts baptismaux, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Salif Diallo en est le premier vice- président, chargé de l’orientation politique. Un poste qui lui va comme un gant à ce passionné d’idéologie.

Pour Salif Diallo, l’objectif est clair : installer le MPP en octobre 2015 au palais présidentiel de Kosyam. « Je vous avais dit que Blaise Compaoré serait Président. C’est moi qui vous dis aujourd’hui : Rock Marc Christian sera Président en 2015 ! », a-t-il lancé à ses militants dans son fief de Ouahigouya. Son parti promeut un programme politique à orientation sociale-démocrate. « Nous disons que ce qui est important dans notre pays, c’est la production, mais aussi la redistribution dans la justice des richesses à tout un chacun. Nous sommes un pays pauvre et nous ne pouvons pas accepter que 0,01 % d’individus contrôlent 99 % de nos richesses », clame-t-il. Statufié dans sa tunique d’idéologue en chef du MPP, cet ancien apparatchik du régime Compaoré mène sans nul doute, à 58 ans, l’un de ses derniers combats politiques. Un pied de nez à tous ceux qui n’imaginaient pas pour ce docteur en droit un destin national en dehors de Blaise Compaoré. 

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