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Politique

Salif Diallo, faiseur de roi ?

Homme de confiance de Blaise Compaoré et habitué de plusieurs palais africains, ce personnage à part dans le paysage politique burkinabé et ouest africain est considéré comme un fin stratège politique. Son dernier combat : faire accéder son parti au pouvoir. 

Originaire de Ouahigouya, au Nord du Burkina Faso, le turbulent étudiant Salif Diallo, affilié aux groupuscules communistes, se fait vite remarquer par ses prises de position et son activisme sur les campus, au début des années 1980. Soupçonné d’appartenir au – toujours – clandestin Parti communiste révolutionnaire voltaïque (PCRV), l’étudiant est dans le collimateur des autorités, exaspérées par la multiplication des grèves à l’université. Expulsé de l’université de Ouagadougou, il gagne Dakar, au Sénégal, afin de poursuivre ses études de droit. Dans le pays de la Téranga, il se tient informé de tout ce qui se passe à Ouagadougou et forme à l’engagement politique des compatriotes étudiants à Dakar.

Quand survint, en 1983, la révolution qui porte au pouvoir le jeune capitaine Thomas Sankara et ses compagnons, Salif Diallo croit son heure arrivée. Et c’est dans l’euphorie du temps qu’il rentre au bercail en 1985, afin de participer à la révolution des jeunes officiers. Il est affecté au ministère de la Justice, dirigé à l’époque par Blaise Compaoré ; sa culture politique et son entregent personnel séduisent très vite ce dernier, qui le prend sous sa coupe. À l’avènement du Front populaire en 1987, les mouvements communistes sont appelés aux côtés des militaires. Avec son mouvement politique, le Groupement communiste burkinabé (GCB), il conforte peu à peu sa position auprès de Blaise Compaoré.

Commence alors sa fulgurante ascension. C’est dans le sillage de Blaise Compaoré qu’il poursuivra la totalité de son parcours politique jusqu’à sa disgrâce. Très actif dans les Comités pour la défense de la révolution (CDR), hyper-influent dans la région du Nord, il occupa d’importantes fonctions.

Tour à tour directeur de cabinet de Blaise Compaoré (1987-1989), secrétaire d’État à la présidence (1989-1991), ministre de l’Emploi, du travail et de la sécurité sociale (1991), ministre en charge des missions de la présidence du Faso (1992-1995), ministre de l’Environnement et de l’eau (1995-1999), conseiller à la présidence du Faso (1999- 2000), ministre de l’Agriculture, de l’eau et des ressources halieutiques (2002- 2008), il était devenu quasi-incontournable dans le système Compaoré.

Considéré, à tort ou à raison, comme l’architecte et l’homme-orchestre du régime Compaoré, Salif Diallo aura marqué de son empreinte la vie politique de ces trois dernières décennies. Sa proximité avec Blaise Compaoré suscitait autant de méfiance que de respect.

Omniprésent et omnipotent, Salif Diallo a fini par devenir l’homme de confiance et des missions secrètes du Président. Une bonne partie de l’intelligentsia burkinabé voit en lui l’architecte dudit système, dont la mission était de « phagocyter » les partis d’opposition. « C’est lui qui a construit en grande partie le système Compaoré. Il est donc comptable de ses errements. C’est trop facile de se dédouaner aujourd’hui », fulmine un de ses détracteurs politiques.

Salif Diallo était le passage obligé pour voir le maître des lieux. Pour beaucoup, il imposait ses hommes dans le carré présidentiel, hormis le cercle militaire, où il avait moins d’emprise.

Directeur national de la campagne présidentielle de Blaise Compaoré en 2005, Salif Diallo peut s’enorgueillir d’avoir construit un vaste réseau relationnel hors des frontières nationales. Il était régulièrement reçu avec égards dans la quasi-totalité des palais présidentiels africains. De même, les opposants d’alors, Landing Savané, Apha Condé, Choguel Maiga, Guillaume Soro, ont bénéficié de son réseau.

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