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Politique

Retrouver l’envie d’Afrique

  • Publiémai 26, 2015

Pour Laurent Bigot, toute la philosophie du rapport à l’Afrique devrait être repensée. L’ancien directeur du Quai d’Orsay n’hésite pas à bousculer les dogmes actuels de la diplomatie française, qui sont pour lui autant d’idées reçues. À commencer par celui d’une « normalisation » de nos rapports avec l’Afrique, d’une rupture avec le passé. La France, dit-il, n’a pas à rougir d’une exception africaine. « J’ai toujours pensé qu’il ne fallait pas normaliser la relation avec l’Afrique, parce qu’elle n’est pas une relation ordinaire.

C’est précisément ce qui fait la force de ce lien. » L’image des réseaux occultes de la Françafrique relève pour lui d’un stéréotype facile qui appartient largement au passé. Les réseaux occultes existent, certes, mais partout. Pas seulement en Afrique. « Pas besoin de crier haut et fort qu’on veut la rupture. Un partenariat se construit de jour en jour, avec de l’attention, du respect et de l’investissement. Pas au sens financier du terme. Au sens humain. » Malheureusement, aujourd’hui, les moyens humains diminuent et la présence française recule : moins de diplomates, moins de coopérants. « Si on ne crée pas du lien humain, on ne créera pas de partenariat. »

Mais il manque cette volonté politique – ce qu’il appelle une « envie d’Afrique » – indissociable de la conscience d’une exception africaine. Laurent Bigot aime rappeler le temps pas si lointain où un ministère à part entière – perçu comme le « ministère de l’Afrique » – était en charge de la Coopération, aujourd’hui reléguée au rang d’un simple service du ministère des Affaires étrangères ; où le directeur Afrique du Quai d’Orsay, travaillant en direct avec l’Élysée, était nommé en conseil des ministres. Une volonté politique, qui serait d’autant plus légitime à s’affirmer que, répète- t-il, l’Afrique attend énormément de la France.

C’est d’ailleurs ce qui fait la différence avec les nouveaux acteurs que sont la Chine, le Brésil, la Turquie, etc., qui ne s’intéressent qu’à leurs intérêts économiques en Afrique. « La France a un supplément d’âme » et est perçue comme telle ; précisément parce qu’elle « s’intéresse à l’humain ». Grâce, notamment mais pas seulement, à la Francophonie qui lui donne un atout sur ses concurrents, et qui doit continuer à jouer un rôle majeur, pas seulement au plan linguistique, mais aussi dans la promotion des valeurs universelles liées aux droits de l’homme et à l’État de droit. « Si on ne s’intéresse qu’à l’économie, on va louper le virage africain. » L’Afrique décollera demain, il en est absolument sûr, c’est inéluctable.

« Mais l’enjeu – et j’y reviens tout le temps – c’est l’enjeu humain. C’est : à quel coût humain elle va décoller ? Avec quel type de société va-t-elle décoller ? ». Les sociétés africaines se sont figées depuis le discours de La Baule. Des mouvements citoyens comme Y’en a marre au Sénégal ou Balai citoyen au Burkina annoncent la montée d’une nouvelle génération qui risque de tout balayer sur son passage si la classe politique actuelle n’y prend garde. Et dans cet avenir africain, la France a son rôle à jouer. À la « demande de France » des Africains doit répondre une « envie d’Afrique » des Français.

Écrit par
ade

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