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Politique

RD Congo, suspicions

Le compte à rebours a commencé pour la RD Congo qui est entrée de plain-pied dans une période préélectorale enfiévrée. Le président Kabila n’a pas fait connaître ses intentions, de même que les principaux opposants.

Bien malin qui, à ce stade, peut prédire l’issue de cette étape censée déboucher sur l’installation, en décembre 2016, d’un nouveau locataire au palais de la Nation, le siège de la présidence en RD Congo. Le chef de l’État, Joseph Kabila, aux commandes du pays depuis 2001, n’est pas autorisé à briguer un autre mandat, en l’état actuel de la Constitution. Malgré tout, l’opposition, toutes sensibilités confondues, n’est pas rassurée : elle soupçonne le camp présidentiel d’user de divers stratagèmes pour permettre au « raïs » Kabila de se mainte- nir au pouvoir au-delà de son mandat. C’est ce que les Congolais appellent « le glissement ». Le débat sur l’intention de « glisser » – attribuée à tort ou à raison à Kabila – agite les 477 partis politiques agréés dans le pays. Même s’il a déclaré qu’il n’avait jamais réfléchi à une modification de la Constitution, le chef de l’État a du mal à se faire entendre. Ses moindres faits et gestes sont scrutés de près, ses propos sibyllins décortiqués et interprétés de mille et une manières. La majorité présidentielle ne respire pas la sérénité. Des fissures sont apparues au sein de cette coalition hétéroclite de partis politiques et d’organisations de la société civile dont le dénominateur commun reste un soutien « sans faille » au Président. En effet, en août, certains de ses membres se sont ouvertement prononcés pour « le respect des textes ». En clair, ce groupe, désormais appelé le G 7, a demandé au président Kabila de s’en aller à l’expiration de son mandat en 2016. Le G7, qui compte dans ses rangs quelques poids lourds de la scène politique (José Endundo, Olivier Kamitatu, Kyungu Wa Kumwanza, etc.), a incité ses adhérents à démissionner de leurs fonctions. La consigne n’a toutefois pas été suivie par tout le monde. Parmi les dirigeants d’envergure qui ont quitté d’eux-mêmes la majorité présidentielle, figure Moïse Katumbi, le désormais ex-gouverneur de la désor- mais ancienne province du Katanga. Ce millionnaire populaire dirige le Tout-Puissant Mazembe, l’un des meilleurs clubs de football du continent, et dispose de solides réseaux qui se ramifient jusqu’en Europe et aux États-Unis. Moïse Katumbi, plutôt avare de décla-rations, semble inquiéter les partisans de Joseph Kabila. La preuve ?

NOUVEAU MORCELLEMENT ADMINISTRATIF La République démocratique du Congo et le découpage administratif, c’est une vieille histoire. Le nombre de provinces congolaises varie au gré des réformes qui rythment la vie de ce vaste territoire reconnu comme une propriété de Léopold II, le roi des Belges, lors de la Conférence de Berlin (1884-1885). Officiellement, les « réorganisations territoriales » que ce pays a connues tout au long de son histoire tumultueuse visent une meilleure efficacité dans la gestion des affaires publiques. À son accession à l’indépendance, le 30 juin 1960, la RD Congo compte six provinces – une situation héritée de la colonisation. En 1963, le pays passe à 21 provinces, communément appelées « provincettes », en plus de la ville de Léopoldville (actuellement Kinshasa) qui bénéficie d’un statut spécial. En 1966, dans le souci de raffermir l’unité nationale après une série de sécessions et de conflits meurtriers, les autorités ramènent le nombre de provinces à huit, Kinshasa ayant toujours un statut à part. Retournement de situation en 1988 : la province (appelée alors région) du Kivu est morcelée en trois entités : Nord-Kivu, Sud-Kivu et Maniema. Du coup, le pays dispose de dix provinces, hormis la ville de Kinshasa. La partition du Kivu est alors considérée comme un projet pilote appelé, sur le papier tout au moins, à s’étendre à d’autres zones du pays s’il produit les effets escomptés après une évaluation prévue au bout de quelques années. Cette évaluation a cependant été renvoyée aux calendes grecques. La Constitution en vigueur depuis 2006 prévoit le passage de 11 (y compris Kinshasa) à 26 provinces. Pour des raisons qui n’ont pas été clairement expliquées, les autorités congolaises ont mis neuf ans pour mettre en oeuvre ce nouveau découpage administratif. L’ex-province de l’Équateur (nord-ouest) est la plus grande « victime » de cette disposition, d’autant qu’elle a donné naissance à cinq nouvelles entités. L’ancienne Province orientale (nord-est) et l’ex-Katanga (sud-est) sont logés à la même enseigne : chacune des deux provinces a été divisée en quatre morceaux. Le Bandundu a, pour sa part, engendré trois nouvelles provinces. Même chose pour le Kasaï oriental. Quant au Kasaï occidental, il a cédé la place à deux ensembles. La nouvelle réorganisation territoriale concerne directement six des onze provinces d’autrefois. Kinshasa, le Bas-Congo (redevenu le Congo-Central), le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema ont échappé à ce démembrement. Pour l’instant.

Il est la principale cible des flèches empoisonnées malicieusement décochées par les « snipers » du camp présidentiel. Même s’il n’a pas encore dévoilé ses intentions, ce cinquantenaire est soupçonné de lorgner le fauteuil présidentiel. D’ailleurs, certains analystes ont vu son ombre se profiler derrière la fronde du G 7. Signe du destin ? Deux anciens candidats à la magistrature suprême qui ont tenu la dragée haute à Kabila, Jean-Pierre Bemba (2006) et Étienne Tshisekedi (2011), sont en porte-à- faux. Selon toute vraisemblance, ils seront absents de la prochaine course à la présidentielle. Jean-Pierre Bemba est en prison à La Haye où il est poursuivi par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, tandis qu’Étienne Tshisekedi, en Belgique depuis un an, cumule deux handicaps majeurs : son état de santé déclinant et son âge avancé (83 ans). Révolue est l’époque où Tshisekedi (« Ya Tshitshi » pour ses partisans), le dirigeant de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), faisait figure de candidat naturel, aux yeux de plusieurs millions d’électeurs. Katumbi pourrait donc avoir le champ libre, s’il décidait d’aller jusqu’au bout des ambitions qui lui sont prêtées.

Élections incertaines

Après moult tergiversations, la CENI (Commission électorale nationale indépendante) a publié un calendrier jugé irréaliste par une partie de la classe politique. Selon ce calendrier controversé, 2016 sera une année marquée par une cascade de scrutins à tous les échelons. L’élection des députés provinciaux, initialement prévue le 25 octobre 2015, n’a pas eu lieu. L’incertitude plane sur les autres rendez-vous de ce grand marathon électoral dont le point d’orgue sera la présidentielle – couplée aux législatives – prévue, elle, le 27 novembre 2016. La prestation de serment du Président élu interviendra trois semaines plus tard. Malgré ce retard, la CENI affi rme que son calendrier est « tenable ». Optimisme injustifié ? Peut-être. « Je suis dubitatif au sujet de la tenue des élections dans les délais et dans un cli-mat apaisé. La méfiance est généralisée au sein de la classe politique », explique Essy Buhendwa, professeur de Sciences poli-tiques à l’université de Bukavu. L’abbé Apollinaire Malu-Malu, que l’opposition accusait d’être favorable à la majorité présidentielle, a annoncé, avec fracas, sa démission de son poste de président de la CENI en octobre, pour des raisons médicales. Son successeur a d’ores et déjà été désigné : Corneille Nangaa. Contesté par une frange de la société civile et de l’Église catholique, cet économiste de formation, ancien secrétaire exécutif adjoint de la CENI, a néanmoins été adoubé par d’autres confessions religieuses, dont l’Église protestante qui est généralement considérée comme perméable aux thèses de la majorité présidentielle. Sa désignation est donc sujette à caution.

Obstacles de taille

Si la majorité des textes de loi sur l’organisation des scrutins a déjà été adoptée par les parlementaires, il n’en demeure pas moins que deux écueils majeurs se dressent sur le chemin de la Commission électorale. La question du financement des scrutins reste pendante. Les organisateurs ont besoin, au bas mot, d’un peu plus de 1 milliard de dollars pour faire aboutir le processus électoral, selon le budget élaboré par la CENI. La RD Congo, incapable, à elle seule, de décaisser l’intégralité de ces fonds, compte ainsi sur l’apport extérieur. Toutefois, ses bailleurs traditionnels restent attentistes, en nourrissant l’espoir de voir la Commission électorale privilégier l’élection présidentielle – au détriment des autres élections – qui semble cristalliser toutes les peurs, toutes les angoisses et tous les fantasmes. L’organisation des scrutins dans tous les coins et recoins du pays le plus vaste d’Afrique subsaharienne est un immense défi logistique, d’autant plus qu’une faible partie du réseau routier congolais (quelque 155 000 km) est bitumée à ce jour. L’acheminement du matériel électoral dans des localités difficiles d’accès est un véritable cauchemar pour les organisateurs qui escomptent un appui logistique de la Monusco, la mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo. Cette mission, décriée par les uns et applaudie par les autres, se trouve régulièrement au centre de diverses polémiques pour le rôle qu’elle joue depuis son déploiement dans ce pays en 1999. Des voix s’élèvent au sein de la majorité présidentielle pour réclamer son retrait progressif, alors que les dirigeants de l’opposition, enferrés dans leurs contra- dictions, se prononcent majoritairement pour son maintien, dans le contexte actuel, même si, au fond, ils ne s’op-posent pas à un début de réduction de la voilure. Au 31 juillet 2015, la Monusco, la plus grande mission onusienne dans le monde, avait déployé au total plus de 25 000 personnes en RD Congo. Le pays tente de sortir d’un cycle de conflits meurtriers. À ce jour, quelques pans de son vaste territoire, de l’ex-province orientale (nord-est) à l’ex-Katanga (sud-est) où opèrent de sombres groupuscules armés, échappent au contrôle de Kinshasa. Dans ces conditions, la RD Congo peut-elle vraiment se passer de l’appui de l’ONU ? Autre difficulté de taille à surmonter : la Commission électorale doit mettre à jour le fi chier électoral, en vue d’en éliminer les morts et d’y intégrer les nouveaux majeurs – ceux qui n’étaient pas encore en âge de voter lors de l’élection présidentielle de 2011, remportée sur fond de controverse par Joseph Kabila. Pour l’heure, la Commission n’envoie pas de signaux rassurants pour gagner en crédibilité auprès des électeurs et ne semble pas pressée de s’attaquer à ce dossier. En vertu de la Constitution en vigueur depuis 2006, le nombre de provinces est passé de 11 à 26. Cependant, les nouvelles entités n’ont pas les mêmes atouts économiques. Leur création induit mécaniquement une hausse des dépenses publiques. Comment la RD Congo compte-t-elle y faire face ? Le débat est ainsi relancé sur le moment choisi pour la mise en oeuvre de cette réforme. Les autorités congolaises semblent avoir mis la charrue avant les boeufs en procédant au nouveau découpage administratif, alors que les gouverneurs qui seront appelés à diriger ces provinces n’ont pas encore été élus. Trop tard, pour Kinshasa, pour faire machine arrière. S’agit-il d’une énième manoeuvre dilatoire ? Les uns affirment que oui, les autres jurent que non. 

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