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Politique

Quel avenir pour la RCA ?

La situation en Centrafrique, RCA, reste explosive, malgré l’importance des forces françaises ou de l’ONU. Les progrès, tangibles, sont fragiles et limités. L’implication de la population et des institutions, de toutes les forces politiques, s’impose.

Tout reste à faire, ou presque. Un an après le déclenchement de l’opération Sangaris, près de 2 000 soldats français sont toujours présents en République centrafricaine (RCA). Ils côtoient les 7 800 hommes de la Minusca (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine) et les 700 militaires et policiers du contingent européen d’Eufor-RCA. Entre tensions religieuses, ethniques, politiques et fragilités sécuritaires, la RCA demeure large- ment incontrôlée. À Bangui, la situation s’est améliorée depuis le déploiement des soldats africains et français, avec le passage d’une gestion militaire à une gestion plus sécuritaire. Les tensions sont encore vives entre les chrétiens et les musulmans. Début octobre, des affrontements armés entre ex-Séléka et antibalaka ont fait plusieurs morts. Hors de la capitale, la province échappe largement au contrôle de l’administration de transition. Certes, les ex-Séléka sont affaiblis par l’intervention française et aucune figure n’a émergé, depuis janvier 2014, pour prendre la place de Michel Djotodia, le président démissionnaire du pays. Mais ils restent puissants dans leurs bastions du Nord et de l’Est, avec quelques milliers de combattants. De surcroît, en présentant le visage d’un groupe divisé en plusieurs factions, avec chacune leur état-major distinct, ils sont difficilement intégrables dans le jeu politique, et peu contrôlables. De son côté, le mouvement antibalaka est bien implanté dans l’Ouest, à la faveur d’un fort soutien de la population. Il est également divisé en plusieurs tendances, qui vont des villageois armés pour lutter contre les exactions de la Séléka, à des bandes purement criminelles, en passant par une tendance boziziste qui souhaite faire échouer la transition.

Un équilibre précaire

Du fait de cette situation, dans les localités où ne stationnent ni détachement français, ni détachement de la Minusca, l’autorité échappe encore largement au gouvernement de transition et les actes de banditisme sont nombreux. « L’insécurité représente toujours une entrave majeure à la délivrance des secours humanitaires énormes. » Tout aussi précaire est la situation de l’axe routier reliant Bangui au port camerounais de Douala, pourtant considéré comme à peu près sécurisé et sur lequel circulent près de 500 camions par semaine. Les contingents des Casques bleus disposent d’effectifs trop limités pour pouvoir constituer un maillage sécuritaire dense sur un territoire de 623 000 km²…

 Difficile transition

En dépit des efforts et des progrès réalisés, en premier lieu dans Bangui, presque tout reste à faire dans le pays où trois chefs d’État, trois Premiers ministres, quatre gouvernements, et une centaine de ministres ont eu la charge du pouvoir exécutif, depuis les accords de Libreville du 11 janvier 2013. Près d’un demi-million de personnes sont encore déplacées dans le pays. Le pourcentage de la population rurale confrontée à l’insécurité alimentaire a pratiquement doublé entre septembre 2013 et septembre 2014, pour atteindre selon les Nations unies environ 45 %. Quant aux forces armées centrafricaines, leur réorganisation et leur formation, préalables à toute participation à la sécurisation du pays, restent d’actualité. Plus inquiétante encore, dans la perspective d’une transition pacifiée, la corruption et l’absence de justice fragilisent le régime. Un quart du don de 10 millions $ offert par Luanda, n’a jamais atteint les caisses de l’État. La présidente de transition, Catherine Samba-Panza, s’est défendue de toute malversation et a menacé de révéler « la longue liste des bénéficiaires ». Mais le mal est fait. Il renforce les critiques contre le gouvernement et profite à tous ceux qui espèrent un changement de régime, à commencer par les antibalaka et des ex-Séléka, dont les milices ne veulent pas perdre leur influence, leurs prébendes, voire leur mainmise sur les ressources minières de l’Est du pays. La crédibilité et la représentativité des élections présidentielle et législatives, d’abord envisagées en février 2015, puis repoussées en juin-juillet, reposent en tout cas sur l’établissement d’une présence internationale dans l’ensemble du pays. Mais avec une Minusca encore loin de son effectif maximum théorique de 12 000 personnes, l’avenir s’annonce particulièrement difficile d’autant que, de son côté, la France souhaite réduire son engagement dans le pays afin de pouvoir répondre aux besoins sur d’autres théâtres. La Centrafrique n’a pas fi ni de faire parler d’elle.

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