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Politique

Présidentielle : Doumbouya ne sera pas candidat en Guinée

Notre confrère Radio France internationale (RFI) a interviewé lundi 15 novembre en exclusivité Mamady Doumbouya le chef de la junte au pouvoir en Guinée Conakry. IC Publications vous propose in extenso, cet entretien mené par le journaliste de la radio mondiale Alain Foka.

Il y a quelques mois, deux mois exactement, vous preniez le fauteuil de chef d’État, vous renversiez le président Alpha Condé. Que s’est-il passé exactement ? Pourquoi l’avoir renversé vous qui lui devez votre place ?

Depuis plusieurs années, nous avons eu des dysfonctionnements de nos institutions, liés souvent à la tension sociopolitique dans notre pays. Et les Guinéens ne se regardaient plus comme des frères. Ils se regardaient comme des adversaires politiques.

La gabegie financière de notre pays nous a poussés à prendre nos responsabilités. Et la responsabilité qui est grande pour nous, d’abord je dis depuis le 5 septembre qu’il faut qu’on commence, et qu’on commence à s’aimer comme avant parce qu’on ne s’aimait plus.

Mais, vous apparteniez à ce régime-là. Vous avez servi Alpha Condé. Vous n’avez pas vu cela ? Vous n’y avez pas participé ? Vous ne vous sentez pas un peu comptable de tout ce qui se passait ?

Cela fait plus de dix ans que j’ai décidé de laisser femme et enfants, par amour pour mon pays. J’ai laissé l’Occident pour venir servir mon pays.

Ce n’est pas lui qui vous a fait revenir au pays ?

Non. J’ai décidé tout seul de venir en Guinée. Et pour être clair avec vous, le professeur Alpha Condé qui a été président de la République de Guinée, on s’est vus deux fois. La première fois qu’on s’est vus, c’était le 2 octobre 2018 pendant les fêtes d’indépendance de la République de Guinée.

Je pense que j’ai été clair, et je vais l’être aujourd’hui encore avec vous : ni moi ni aucun membre de cette transition ne sera candidat à quoi que ce soit. Nous allons mener la transition à bon port avec tous les Guinéens. Nous allons partir de la base au sommet par les communales, après les législatives, la présidentielle pour permettre au président qui viendra après ne soit pas là à vouloir s’éterniser.

Et après cela, on s’était vus dans une cérémonie lors d’un décès. Je pense que la loyauté était entre le pays et un homme… le choix est vite fait. Je pense que je n’étais pas venu pour servir un homme, mais j’étais venu pour servir la République de Guinée, et en tant que soldat, ma mission était de servir la République.

Pour vous, la coupe était pleine. Vous en aviez assez ?

Oui. Quand on voyait la situation socio-politique de notre pays, il y avait tellement de violences politiques, que ça soit aussi la gabegie dans notre pays… Cela nous a poussés devant l’histoire et devant le peuple de Guinée à prendre nos responsabilités de soldats, celles de défendre l’intérêt de notre pays.

Alpha Condé aujourd’hui est en prison, en résidence surveillée. Quand sera-t-il libéré ?

Je ne suis pas un justicier. Je suis le président de la transition. Et aujourd’hui, vous avez une ministre de la Justice qui s’occupera de toutes les situations de justice.

Vous êtes le président. Vous pouvez décider de le gracier ou de le laisser partir ?

C’est tout ce qui nous a amené dans toutes ces déstabilisations, dans tous ces problèmes qu’on a, c’est la personnalisation de la chose publique. Je ne ferai pas le travail de la justice. Je suis président de la transition et non ministre de la Justice. Donc, la justice guinéenne aura toute son indépendance. Elle aura aussi tout mon accompagnement pour que ce peuple assoiffé de justice puisse vraiment se retrouver.

Vous savez que vous faites l’objet de sanctions de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), vous et les membres de la junte… Ils vous ont demandé de faire une transition de six mois. Combien de temps va durer la transition ? Dans combien de temps allez-vous rendre le pouvoir pour retourner dans les casernes ?

La Cedeao est dans son rôle. Et je pense que la Cedeao, nous y tenons beaucoup parce que nous sommes membres fondateurs de la Cedeao. Nous sommes un pays qui est panafricaniste, qui comprend aussi que la Cedeao a de la fermeté, à savoir [contre] les prises de pouvoir par l’armée.

Mais, nous ne sommes pas des politiques. Nous venons tout simplement rendre le pouvoir au peuple de Guinée, à travers le Conseil national de transition qu’on est en train de mettre en place depuis, [pour] pouvoir décider au nom du peuple de Guinée.

Pour vous, c’est le CNT qui doit décider de la durée de la transition ?

Il faut qu’on soit en cohérence avec ce qu’on dit. Nous avons dit qu’on donne le pouvoir au peuple de Guinée, parce que nous voulons mettre en place un système qui pourra résister aux tentations des hommes. Et pour se faire, nous laisserons au peuple de Guinée où le CNT aura toutes les composantes…

… Au Conseil national de la transition…

Le Conseil national de la transition. Il y aura toutes les composantes de la nation qui seront représentées au CNT. Le CNT pour nous est l’organe législatif qui pourra décider du chronogramme, c’est-à-dire faire le point, le diagnostic, à savoir les problèmes qu’on a, et comment trouver des remèdes à ces problèmes-là… parce que les problèmes sont connus, c’est la personnalisation de la chose publique. 

Nous êtres humains nous allons tous disparaître, mais c’est le système qui restera, c’est le pays qui va rester. D’où le CNT a pour mission de réécrire le texte, c’est-à-dire la Constitution. Une nouvelle Constitution, ça ne se sera plus une Constitution copiée-collée du pays. Nous allons mettre à plat tous nos problèmes et réécrire une Constitution adaptée aux problèmes de la Guinée pour trouver toutes les solutions nécessaires pour l’émergence de notre pays.

Mais comment vous mettez en place le Conseil national de la transition ? Par des votes, par quoi ? Qui est choisi et sur quels critères ?

Vous savez, il y a un ministre de l’Administration du territoire. Depuis lors nous avons fait des communiqués, à savoir sur le dépôt de tout ce qui est candidatures. Nous avons donné des places à toutes les composantes de la vie guinéenne. Ils vont tous être pris pour leur probité morale et pour leurs compétences, parce que le CNT ne sera pas un regroupement pour qu’on puisse venir discuter sans avancer.

Nous allons envoyer des gens au CNT qui aiment encore ce pays et qui veulent aller en avant, qui veulent bien sûr rassembler les Guinéens. Je tiens beaucoup au mot rassemblement, parce que j’ai décidé aussi et il faut que ça soit clair que les Guinéens eux-mêmes puissent prendre en main leur destin, à savoir : s’entendre, s’écouter, parce qu’on ne s’écoutait plus dans ce pays.

On était très divisés…

Très divisés, et je pense que le rassemblement est le seul moyen, pour nous Guinéens, de faire face à notre destin.

La semaine dernière, la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a pris des sanctions vis-à-vis d’abord des membres de la junte, mais en plus a nommé quelqu’un pour venir ici vous aider à faire cette transition-là, Mohamed Ibn Chambas. Vous avez écrit pour dire que nous ne voulons pas de cette personne, nous ne pensons pas que c’est nécessaire. Qu’est-ce que vous avez contre Mohamed Ibn Chambas, le Ghanéen qui a été choisi ?

Non, la personne de Mohamed Ibn Chambas pour nous, c’est autre chose. C’est-à-dire que le peuple de Guinée, le gouvernement guinéen a tous les droits sur le plan diplomatique de récuser quelqu’un. Et je pense que la Guinée n’est pas en crise.

Nous avons mis fin à la crise sociopolitique de la République de Guinée depuis le 5 septembre. Les Guinéens sont en communion aujourd’hui. Ils pensent à l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Et il faut qu’on adapte les outils africains aux problèmes africains. Pour ce faire, je pense…

C’est un Africain Mohamed Ibn Chambas…

L’Afrique est un continent. Ce n’est pas un pays. Tous les pays africains ont des problèmes spécifiques. Le cas guinéen est très simple. Nous avons eu des aînés qui ont eu des problèmes de personnes, à savoir la gestion de la chose publique qui avait divisé le pays. Aujourd’hui, le peuple guinéen n’est pas divisé, le peuple guinéen est en communion avec lui-même et je pense que nous n’avons pas besoin de donner des remèdes qui sont pour nous des remèdes génériques.

Je pense qu’il faut vraiment adapter chaque chose. Aujourd’hui, on n’est pas en conflit. Il n’y a pas de crise en Guinée. Nous n’avons pas besoin d’émissaire. Nous avons juste besoin de moyens techniques, de l’accompagnement technique. La Cedeao a des représentations ici. Toutes les organisations ont une représentation en Guinée. Donc, ces hommes après vont nous servir de cordon ombilical avec la Cedeao, avec l’OIF, avec toutes les organisations…

Pour vous, ce n’est pas nécessaire qu’il y ait quelqu’un qui soit choisi pour mener cela ?

Les Guinéens sont assez matures pour régler leurs problèmes. Donc, les remèdes étrangers nous ne sommes pas contre, mais…

Vous ne voulez pas de médicaments qui arrivent d’ailleurs. Monsieur le président, à quand des élections libres et transparentes dans ce pays ? Est-ce que vous avez un délai ? Serez-vous candidat ?

Je pense que j’ai été clair, et je vais l’être aujourd’hui encore avec vous : ni moi ni aucun membre de cette transition ne sera candidat à quoi que ce soit. Nous allons mener la transition à bon port avec tous les Guinéens.

Nous allons partir de la base au sommet par les communales, après les législatives, la présidentielle pour permettre au président qui viendra après ne soit pas là à vouloir s’éterniser, car le peuple n’acceptera plus jamais qu’on personnalise la chose publique. Donc, pour moi, la durée de la transition doit être définie. Le chronogramme de la transition doit l’être aussi par l’organe législatif…

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