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Politique

Présidentielle au Tchad : Un scrutin déjà tendu

Au total, un peu plus de sept millions d’électeurs tchadiens inscrits sur les listes électorales sont appelés aux urnes, dimanche 11 avril 2021, pour choisir leur président de la République. La tension monte déjà.

Par Serges David

Ce pays de l’Afrique centrale de 15,48 millions d’habitants a rendez-vous dans exactement un mois, jour pour jour, pour choisir son chef de l’État entre différents candidats dont le président sortant, Idriss Déby Itno (68 ans).

À un mois de ce scrutin, la tension au sein de la classe politique est devenue brusquement vive dans le pays. Face à cette situation, le président Déby déclarait, le 25 février que « la démocratie n’est pas le désordre. Le pays est géré par des lois. Chaque Tchadienne et chaque Tchadien est tenu de respecter la loi ».

« La liberté n’est pas le désordre, le désordre est l’ennemi de la liberté, répète le président Déby Itno, selon qui la démocratie n’est pas l’anarchie, l’anarchie est l’antithèse de la démocratie. » Les électeurs tchadiens trancheront dans un mois.

Des menaces à peine déguisées, mais qui ont eu leur prolongement dans la tentative d’arrestation d’un opposant. Juste trois jours après la mise en garde du Président.

En effet, l’un des candidats à la présidentielle, donc opposé à Déby – bien qu’étant un de ses anciens proches –, Yaya Dillo Djérou, ex-chef rebelle devenu ministre après avoir rallié le président Idriss Déby Itno, a vu dimanche 28 février son domicile faire l’objet de violents affrontements, entraînant plusieurs morts et blessés.

La nuit suivante, Yaya Dillo, alerte sur sa page Facebook que sa maison à N’Djamena est encerclée par l’armée et la police. « Ils viennent de tuer ma mère (80 ans) et plusieurs de mes parents (…) Un blindé a enfoncé ma porte principale. La lutte pour la justice doit continuer pour sauver notre pays. (…) Mes chers compatriotes levons-nous ! ».

Yaya Dillo Djerou

Du côté gouvernemental, même si on admet les faits, leur relation est tout à fait différente et on parle plutôt de légitime défense : « Il y a eu deux morts et cinq blessés dont trois parmi les forces de l’ordre (…) Les forces de défense et de sécurité ont essuyé des tirs d’armes », venant du domicile de l’opposant, elles « n’ont pas eu d’autres choix que de riposter en légitime défense », a précisé Chérif Mahamat Zene, porte-parole du gouvernement.

Une partie de l’opposition rassemblée

Une tentative d’interpellation d’un opposant qui tourne à une guérilla urbaine, suffisant pour que le gouvernement martèle : « Le gouvernement condamne avec la dernière énergie cette rébellion armée au cœur de la capitale, qui n’est qu’une tentative de déstabilisation des institutions de l’État, fomentée de longue date ». Depuis, l’opposant Dillo a pu s’enfuir.

Reste que plus globalement, la situation, à un mois de la présidentielle, demeure volatile dans un contexte où pas moins de treize partis politiques de l’opposition, réunis au sein d’une plateforme, Front nouveau pour le changement (FNC), s’engagent à soutenir le candidat du Parti socialiste sans frontière (PSF), Yaya Dillo Djérou, pour la présidentielle du 11 avril. Ce dernier a vu sa candidature pas « légalement constituée », rejetée par la Cour suprême.

Comme lui, sept candidats ont été recalés et dix autres retenus par la Cour suprême. Mais le président Idriss Déby Itno ne devrait avoir face à lui que sept adversaires le 11 avril. Car Théophile Bongoro Bebzoune, candidat de la plateforme Alliance Victoire a, à son tour, renoncé à se présenter, après le retrait de Saleh Kebzabo, principal opposant et rival historique du président Déby, pour dénoncer une « militarisation évidente du climat politique » après la tentative d’arrestation de Yaya Dillo Djérou.

Sur ce chapitre, la France a appelé les autorités tchadiennes à mener « au plus vite » une enquête « impartiale » sur les violences qui ont conduit à la mort d’au moins trois personnes au domicile de l’opposant. Yaya Dillo « était sur le coup de deux mandats d’arrêt antérieurement, qui a opposé de la résistance à des mandats judiciaires », a répliqué Cherif Mahamat Zène, également ministre de la Communication.

Pour Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères « ce n’est pas une raison pour aboutir à la perte de plusieurs vies humaines ! Nous invitons solennellement le Tchad à conduire au plus vite une enquête indépendante et impartiale pour faire toute la lumière sur ces événements tragiques. Je le dis publiquement ! ».

Faire la lumière sur les incidents

Le ministre français précise : «On sait qu’il va y avoir des élections le 11 avril, nous avons dit à de nombreuses reprises aux autorités tchadiennes de garantir la participation de l’opposition, ainsi que les libertés de réunion et l’accès aux médias. Cela est tout à fait essentiel pour la stabilité du Tchad. Nous avons fait passer le message à plusieurs reprises. Je suis allé moi-même le porter directement, à plusieurs reprises auprès du président Déby ».

Pour sa part, Amnesty International demande « une enquête indépendante pour faire la lumière sur ces graves incidents », car l’organisation de défense des droits humains estime que les violences du dimanche 28 février illustrent les pressions croissantes auxquelles sont soumises l’opposition et la société civile au Tchad, à l’approche du scrutin du 11 avril.

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Mardi Yaya Dillo Djerou, qui vit dans la clandestinité après ce qu’il a décrit comme une attaque de sa résidence par une unité de la garde présidentielle, a déclaré : « Nous allons continuer à nous battre, nous allons continuer à faire appel à la justice. Et par la suite, si les moyens légaux sont épuisés par les subterfuges du régime, nous prendrons nos responsabilités prévues par le préambule de notre Constitution. Nous allons résister à la dictature. Nous allons résister à l’injustice. »

Quant à Idriss Déby, le président sortant, investi par le Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir) candidat à un sixième mandat, son leitmotiv est de dire inlassablement : « La liberté n’est pas le désordre, le désordre est l’ennemi de la liberté. La démocratie n’est pas l’anarchie, l’anarchie est l’antithèse de la démocratie. » Les électeurs tchadiens trancheront dans un mois.

SD 

 

 

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