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Politique

Pierre Buyoya et la démocratie

L’Afrique s’organise aussi pour lutter contre les changements constitutionnels et les coups d’État…

Si l’on parle de l’Afrique, il convient de placer tout cela dans un temps long. Nous avons eu d’abord la démocratie post-colonisation après les indépendances, de 1960 à 1966. Puis nous avons vécu une période où les coups d’État étaient fréquents. Puis, avec la démocratisation survenue dans les années 1990, nous avons eu de moins en moins de changements anticonstitutionnels. Aujourd’hui, ils sont l’exception. Je travaille pour l’Union africaine (UA) qui pratique une tolérance zéro désormais pour les changements anticonstitutionnels. En Afrique, on doit se réjouir qu’il y ait de plus en plus de mécanismes pour résorber ces tensions au niveau interne, régional, africain, pour éviter que ces tensions politiques ne conduisent à des crises. Comme représentant de l’UA ou de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie), j’ai parcouru toute l’Afrique pour faire respecter ces nouvelles normes.

 Je suis sûr que la démocratisation va continuer d’avancer. C’est un processus qui prend du temps. Sur une longue période, le bilan est positif.

Dans beaucoup de pays, l’opposition se cristallise sur l’ethnie, pourquoi ?

Oui, ce phénomène persiste, dans beaucoup de pays. On trouvera toujours la dimension ethnique dans la politique, même là où il n’y a pas eu de conflit violent. Quand on se rend aux urnes, la tendance est toujours de voter pour un des siens, quelqu’un de son ethnie ou de sa région. Ce constat est très courant, bien au-delà de l’Afrique. C’est pourquoi l’alternance est parfois difficile et violente. Au Burundi, nous avons une particularité : nous sommes trois ethnies démographiquement très déséquilibrées [Twa : 1 %, Tutsi : 14 %, Hutu : 85 %]. Or, le pouvoir c’est l’accès aux ressources, aux fonctions. Donc dans ce contexte, comment organiser la démocratie quand une ethnie est largement majoritaire ? Cela devient un combat presque de vie ou de mort. À travers le processus d’Arusha, nous avons essayé d’inventer la démocratie appropriée pour cette situation particulière. Nous disons oui à la démocratie, un homme une voix, mais avec des correctifs pour permettre à la minorité de participer. C’est une bonne solution. La question est de savoir pour combien de temps. Mais nous avons réussi à « dés-ethniciser » le débat politique.

 À terme, opposants et partis au pouvoir vont pouvoir travailler sereinement ?

Je suis sûr que la démocratisation va continuer d’avancer. C’est un processus qui prend du temps. Sur une longue période, le bilan est positif. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul pays africain qui n’organise pas régulièrement des élections, même si elles ne sont pas toujours parfaites. Davantage de pays connaissent l’alternance. Le système démocratique a peut-être été imposé au départ, mais le constat aujourd’hui, c’est qu’il est le choix des populations, des Africains eux-mêmes. Ce que les populations demandent, c’est une démocratie qui fonctionne et réponde à leurs problèmes concrets. Si demain je deviens secrétaire général de l’OIF, une de mes options sera de renforcer la démocratisation et de continuer à affi ner les processus d’application des règles démocratiques sur le continent. L’OIF est aujourd’hui une voix crédible dans ce débat.

*Ancien président du Burundi 

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