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Politique

Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal

Ousmane Sonko, Premier ministre du Sénégal
  • Publiéavril 3, 2024

Très populaire auprès de la jeunesse sénégalaise, Ousmane Sonko est chargé de former et diriger le gouvernement par le nouveau président Bassirou Diomaye Faye.

 

Le nouveau président Bassirou Diomaye Faye a demandé à Ousmane Sonko de former le futur gouvernement du Sénégal. L’enfant terrible de la vie politique sénégalaise, qui depuis trois ans enchaîne les meetings et les séjours en prison, devient donc le Premier ministre du « changement systémique » voulu par les Sénégalais le 24 mars.

« Je mesure l’importance de la confiance que le président Faye a placée en ma personne », a déclaré sur la RTS Ousmane Sonko, qui promet la constitution très rapide du gouvernement. Le Premier ministre a remercié le Président, lui garantissant sa « loyauté » et son « dévouement ». Deux jours plus tôt, il avait promis à ses troupes qu’il n’était pas question de « laisser gouverner seul » le jeune Président. Comme le candidat Faye a été élu au premier tour, il n’a pas eu besoin de forger des alliances. Il n’en sera pas de même pour le Premier ministre Sonko.

À noter une particularité qui a fait réagir hors du Sénégal et très peu dans le pays : le nouveau président n’a pas hésité à s’afficher avec ses deux épouses, la polygamie étant autorisée au Sénégal.

Le choix politique pourra néanmoins surprendre : le Sénégal a comme Premier ministre un personnage plus populaire – et aussi plus décrié – que le Président, le second n’ayant eu la possibilité de se présenter devant les électeurs que parce que le premier ne le pouvait pas. Devant en grande partie son élection à la popularité d’Ousmane Sonko, le président Faye n’avait d’autres choix que de lui offrir un haut poste de responsabilité. Ce sera donc Premier ministre, et non président de l’Assemblée nationale.

Ousmane Sonko est né le 15 juillet 1974 à Thiès, à 70 kilomètres de Dakar. Fils de fonctionnaires, il poursuit ses études supérieures, en droit public, à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis. En 2001, il sort major de sa promotion à l’École nationale d’administration (ENA) du Sénégal et débute sa carrière comme inspecteur des impôts. S’il se fait connaître pour ses activités syndicales, il reste longtemps en dehors du champ politique. Ce n’est qu’en 2014 qu’il crée son parti, les Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité, Pastef.

 

Une passation de pouvoirs « normale »

Il atteint la célébrité deux ans plus tard par ses attaques contre l’État et son système de gouvernance, dénonçant notamment des détournements de fonds publics et des arrangements fiscaux. Radié de la Fonction publique, il n’en devient que plus populaire encore ; il est élu député en 2017 et devient un opposant du président Macky Sall. Candidat de la jeunesse en 2019, il prend la troisième place de l’élection présidentielle, avec 15,67 % des voix.

La suite relève du politico-tragique : Ousmane Sonko est accusé de viol, arrêté, puis relâché ; son arrestation entraîne une vague d’émeutes dans le pays. Tout en restant populaire : il est élu maire de Ziguinchor, en Casamance, en 2022. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle – prévue en février 2024 –, après une condamnation pour « corruption de la jeunesse », il laisse l’un de ses fidèles, Bassirou Diomaye Faye, se présenter à sa place.

Quoique toute récente, la suite appartient presque au passé : élu le 24 mars 2024, Bassirou Diomaye Faye a prêté serment le 2 avril, ouvrant la voie à une reconfiguration politique du Sénégal. Sans nul doute, elle prendra le visage de la jeunesse. Incarnée d’ailleurs par nombre d’autres candidats au scrutin présidentiel. Le Pastef était aussi constitué de jeunes cadres.

La passation de pouvoir entre Macky Sall (à droite) et Bassirou Diomaye Faye (au centre), le 2 avril 2024.
La passation de pouvoir entre Macky Sall (à droite) et Bassirou Diomaye Faye (au centre), le 2 avril 2024.

 

Le 2 avril, le nouveau président Faye, 44 ans, plutôt à l’aise, selon les observateurs, a donc prêté serment devant des centaines d’officiels sénégalais et plusieurs chefs d’État et dirigeants africains au Centre des expositions de la ville nouvelle de Diamniadio.

Puis il a regagné Dakar, son cortège de voitures se frayant entre des centaines de Dakarois venus le saluer le long des axes menant au palais présidentiel. Là, son prédécesseur Macky Sall, après les salutations d’usage, lui a remis symboliquement la clé du siège de la présidence avant d’en franchir les grilles en sens inverse.

À noter une particularité qui a fait réagir hors du Sénégal et très peu dans le pays, jusqu’à présent : le nouveau président n’a pas hésité à s’afficher avec ses deux épouses, la polygamie étant autorisée au Sénégal. Le pays compte donc deux Premières dames, Marie et Absa. Elles étaient jusqu’à peu inconnues du grand public.

De son côté, le désormais ex-Président Macky Sall a adressé une lettre aux militants de son parti. « Mes chers camarades, de l’APR Yaakaar je reste le président du parti et serai toujours avec vous, toujours à vos côtés », a-t-il promis. Et Macky Sall – à qui l’on prêtait l’intention de s’installer dans un autre pays africain –, d’inviter ses camarades de parti à perpétuer leur alliance avec les partis qui constituent la coalition Benno Bokk Yaakaar. « C’est en restant unis, que nous serons dignes de la confiance que le peuple sénégalais nous a manifestée douze durant en dépit de la conclusion du 24 mars 2024 », a écrit Macky Sall aux membres de cette coalition.

Au jeu des alliances politiques, reste à savoir qui prendra le titre de « chef de l’opposition ». L’ancien Premier ministre Amadou Bâ, arrivé deuxième de la Présidentielle, devra digérer son échec s’il veut éviter que ne s’impose Khalifa Sall, plus logiquement arrivé troisième du scrutin.

@NA

 

Écrit par
Laurent Allais

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