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Politique

Ouaga, difficile réconciliation

Ouaga. Entre enjeux électoraux et gestion économique de la transition, le Burkina Faso s’engage dans une difficile quête de réconciliation nationale, après l’insurrection populaire. La Commission nationale de réconciliation doit composer avec les forces en présence.

Selon les termes des dispositions de la Charte de la transition, une Commission de la réconciliation nationale et des réformes a été installée, au Burkina Faso. Présidée par l’archevêque de Bobo-Dioulasso, Paul Ouédraogo, la commission porte les espoirs d’une réconciliation digne de ce nom, dans un pays à l’histoire poli-tique ensanglantée. « Une Commission comme celle-là, vous comprenez qu’elle représente une responsabilité très lourde. Nous l’assumons, on la prend. Nous allons essayer de travailler pour répondre autant que possible aux aspirations du peuple burkinabè qui a effectivement besoin de cette réconciliation et de ces réformes », justifie le respecté prélat. Pourtant, des initiatives de ce genre ont fait long feu, dans le pays.

Ainsi, la Journée nationale du pardon (JNP), instituée en 2001, qui devait trouver les mécanismes nécessaires pour une sortie heureuse de la crise ayant suivi l’assas-sinat du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons d’infortune en 1998, n’a pas répondu à sa mission. Le triptyque Vérité-Justice-Réconciliation nationale n’a pas été suivi par Blaise Compaoré.

Sur les chances actuelles d’aboutir à une réconciliation, l’optimiste ne peut pas être le sentiment dominant, au regard de la fracture née de la chute de l’ancien Président. « Dans notre pays, il y a de la ressource, la culture du dialogue, l’attachement à la patrie, à la communauté comme leviers pour y parvenir », considère pourtant le philosophe Cyrille Koné. « Une politique judiciaire et responsable doit comprendre des mesures visant la sanction des crimes passés et la prévention des crimes futurs, mais doit aussi favoriser la paix, le déve-loppement équitable et l’État de droit », martèle-t-il.

À l’évidence, la transition marche sur des oeufs. Comment réconcilier les Burkinabè, tout en sanctionnant les auteurs de la forfaiture constitutionnelle? « La Commission de réconciliation nationale et des réformes doit faire en sorte que les Burkinabè se fassent confiance et vérité doit être dite et la justice rendue. Cela peut aboutir au pardon au profit de ceux qui auront été reconnus fautifs. Mais, il importe que ce pardon soit sincère. Et pour qu’il en soit ainsi, il faut que ceux qui ont fauté reconnaissent leurs fautes. La vérité et la justice sont incontournables, si on veut une vraie réconciliation nationale », estime Luc Marius Ibriga, membre du Front de renforcement de la citoyenneté (FRC) et contrôleur général d’État.

Vers une autre journée nationale du pardon

Un militant du CDP résume : « Il faut que le peuple décide encore par la voie des urnes, de sanctionner les anciens dignitaires. La justice sociale serait mise à mal, si on décide de les écarter par un Code électoral. On devrait plutôt les écarter par la voie judiciaire. S’ils ont commis des crimes, qu’ils en répondent! Parce que dire qu’ils ont soutenu la modification de l’article 37 et que ce soutien a conduit à l’insurrection, reste un jugement ou un point de vue subjectif».

Bien sûr, Blaise Compaoré avait demandé pardon au peuple, en ces termes : « Pour les tortures, les crimes, les injustices, les brimades et tous autres torts commis sur des Burkinabè par d’autres Burkinabè, agissant au nom et sous le couvert de l’État, de 1960 à nos jours. » Pour autant, on se dirige vers l’instauration d’une nouvelle Journée nationale de pardon, prenant en compte les familles de Thomas Sankara et Norbert Zongo. Le scénario devrait déboucher sur la réhabilitation de Thomas Sankara, à travers des funérailles nationales, comme le proposent plusieurs chancelleries occidentales.

Statufié dans sa tunique de héros national, le leader de la révolution burkinabé a été abondamment évoqué durant le soulèvement qui a conduit à la chute de Blaise Compaoré. « Il est évident qu’il faut solder les comptes des assassinats politiques qui ont endeuillé de nombreuses familles. Le modèle sud-africain, Vérité- Justice-Réconciliation, ferait l’affaire, conclut ce diplomate qui ne voit pas comment tourner la page autrement ».

ENCADRE

Quel avenir pour Blaise Compaoré et ses hommes ?

Depuis 1991, le Congès pour la démocratie et le progrès (CDP) était sorti gagnant de toutes les consultations électorales. Le parti de Blaise Compaoré vit désormais l’expérience d’un parti de l’opposition, attendant de rebondir. La nouvelle loi électorale exclut ceux qui ont soutenu le projet de révision constitutionnelle et ceux qui ont participé au dernier gouvernement Compaoré. Pourtant, l’absence de l’ancien Président et les ennuis judiciaires de ses proches n’ont pas refroidi les ardeurs de ses partisans. Les cadres tentent de remobiliser les troupes, afin de montrer que l’implantation du parti reste intacte. Le CDP s’est trouvé un nouveau patron, l’expert-comptable et ancien président du Club des hommes d’affaires franco-burkinabè, Eddie Komboigo. Sans grande assise politique, il doit faire avec un parterre de vieux compagnons de route de Blaise Compaoré. En attendant le recours introduit auprès de la Cour de Justice de la Cedeao, il faut parer au plus pressé : trouver un candidat de poids pour la présidentielle. Revigoré par la confiance retrouvée des militants, le parti mise sur un raz de marée lors des législatives afin de s’offrir le poste de Premier ministre. Pour la présidentielle, si le Code électoral reste en l’état, les regards se tourneront alors vers l’ancien Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo. Pour l’heure, la diplomatie souterraine s’active en vue de faciliter la réconciliation entre les Burkinabè, mise à mal par l’adoption du nouveau Code électoral. Une lueur demeure : « La jurisprudence ivoirienne avait permis à Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié, d’être candidats au nom de la réconciliation nationale, alors qu’eux tous était forclos selon les textes », rappelle un diplomate ouest-africain en poste à Ouagadougou.

 

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