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Politique

Niger, la candidate Gamatié

Niger. Bayard Mariama Gamatié se présente – pour la deuxième fois – à l’élection présidentielle. Désormais leader d’un parti politique, elle entend se faire l’écho des luttes de la Nigérienne.

«Je reste profondément convaincue que les femmes sont plus disposées à placer l’intérêt général au-dessus de tout, à faire preuve de patriotisme et de respect des valeurs de notre société ; elles sont aussi plus enclines à défendre la paix. Et, de toutes mes forces, je me ferai le porte-voix et l’amplificateur de leur lutte». Telle est la mission que s’est donnée Bayard Mariama Gamatié. Le 13 mai 1991, les Nigériennes organisent, pour la première fois, une marche pacifique pour obtenir leur participation pleine et entière à la Conférence nationale. « J’ai activement pris part à la conception et à l’organisation de cette marche et j’ai battu le pavé en tête de peloton et lu le message des femmes face aux autorités de l’époque », se rappelle-t-elle.

Vingt-trois ans après, Mariama Gamatié est présidente du Rassemblement des citoyens pour un Niger nouveau (Racinn Hadin’Kay), un parti politique qu’elle a récemment créé en vue de se présenter, pour la deuxième fois, à l’élection présidentielle de 2016. Mais il aura fallu, au préalable, consolider les acquis de cette initiative du 13 mai 1991, célébrée depuis comme journée nationale de la Nigérienne.

Cette personnalité engagée affirme se battre pour que les femmes « comprennent la relation inextricable qui existe entre leurs souffrances et la mauvaise gouvernance globale du pays » ; elle créa à cet effet, le Rassemblement démocratique des femmes du Niger (RDFN). Très vite, le poids que ce mouvement prenait a inquiété les pouvoirs publics de l’époque qui n’hésitèrent pas à se servir d’autres femmes pour casser le Rassemblement, le récupérer et le réduire au silence.

Refus des jeux d’alliances

Toutefois, cette action militante a été d’un apport considérable dans la future carrière de cette mère de trois enfants. « Militer dans cette association m’a permis d’aller à la rencontre des femmes des villages et des campements et de connaître la détresse des femmes fonctionnaires et employées de commerce. J’ai également pu raffermir mes convictions politiques et citoyennes et renforcer mon engagement militant ; mais également comprendre qu’il existe pour toute lutte des risques pour lesquels il faut s’assumer».

En rentrant au pays, elle inscrit d’abord sa lutte dans le cadre de la société civile, « pour bien marquer ma distance vis-à-vis des formations politiques qui ne se dis-tinguaient les unes des autres que par leurs leaders, mais aussi pour marquer ma cohérence avec la connaissance que j’avais d’eux, particulièrement en leur propre sein, au regard de leurs positions par rapport au pouvoir politique, à l’alternance et à la question de la participation de la femme ».

UNE RICHE CARRIÈRE Titulaire d’un doctorat en Relations internationales, obtenu à l’Institut des relations internationales du Cameroun (IRIC), Bayard Gamatié, après avoir occupé le poste de ministre de la Communication et de la Culture en 1997, entreprend une carrière internationale. Elle fut successivement membre du groupe consultatif auprès du secrétaire général des Nations unies sur les questions de désarmement, adjointe au représentant de l’ONU en Guinée-Bissau et chef de la division Politique de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (2005-2007). Coordinatrice du groupe de travail sur la prévention des conflits au Niger, Bayard Mariama Gamatié contribue à la mise en place du Conseil national de dialogue politique (CNDP).

Pourtant, elle se rangea du côté des « politiciens » dans la lutte contre la violation de la Constitu-tion décidée par le président Tandja. Une fois cette étape franchie, «nos chemins se séparèrent et encore plus lorsqu’ils s’engagèrent encore une fois dans un jeu d’alliances pour aller aux élections. Je ne suis pas de ceux qui viennent à la politique comme d’autres vont à la Bourse des valeurs ! », se défend-elle. « L’expérience démontre que toutes les alliances se sont soldées par des crises politiques entraînant elles-mêmes l’interruption du processus démocratique par des violences dont les pauvres citoyens font les frais. »

L’élection présidentielle de 2011 est apparue comme une aubaine. Mariama Gamatié devient la première femme candidate à une élection présidentielle au Niger. « En présentant ma candidature, j’ai voulu répondre à ceux qui voulaient avoir une alternative outre que d’être contraints de choisir entre la peste et le choléra. » Elle ne tardera pas à faire face à la réalité sociale du pays : la candidate indépendante n’obtient que 0,38 % des suffrages. « Un camouflet », selon ses détracteurs, sans doute, mais qui fut loin de la décourager.

Riche de son expérience et du soutien sans condition de son époux et de sa famille, elle ne cache plus sa volonté de renouveler l’expérience en 2016. « En présentant ma candidature et en devenant présidente de parti politique, c’est la preuve qu’aucun préjugé négatif, d’arriération culturelle et d’obscurantisme religieux n’empêchent l’expression poli-tique et publique de la femme. »

Pour les droits des femmes

La présidente de Racinn Hadin’Kay entend mener son combat pour promouvoir la participation politique de la femme au niveau communal d’abord. « C’est à ce niveau que les femmes peuvent commencer à affronter et résoudre les problèmes sociaux qui affectent leur quotidien, notamment l’accès aux soins de santé, à la scolarisation et à l’eau ».

Sauf que les femmes évoluant dans la sphère politique au Niger, comme dans beaucoup de pays, sont confrontées aux problèmes de considération et de respect tout simplement. En fait, beaucoup d’acteurs politiques se projettent dans des positions de représentations et de responsabilité qu’ils jugent inconcevables pour une femme. « La participation de la femme à la vie politique ne doit pas être vue uniquement du point de vue des partis politiques », affirme Yacouba Hadiza, femme politique nigérienne.

Qui soutient qu’en milieu rural, les femmes s’impliquent activement dans la politique de développement par leur participation dans des groupements et autres organisations paysannes pour le développement de leur communauté. C’est cette catégorie de femmes qui constitue l’axe principal d’intervention du parti Racinn.

Sa présidente décrit la femme rurale comme une femme privée de tous les droits dans la Constitution du Niger, privée de sa liberté d’apprendre et de se soigner, privée de sa dignité et de toute estime d’elle-même. « Il faut sortir la femme des régions rurales de cette déshumanisation dans laquelle elle végète depuis longtemps », promet Bayard Mariama Gamatié, pour qui le combat commence par soustraire les femmes à l’affairisme politique qui les uti-lise souvent comme simple alibi.

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