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Politique

Niger : Des bases militaires qui divisent

Face à la situation sécuritaire qui prévaut chez ses voisins, le Niger semble devenir le quartier général des forces étrangères. Un sujet qui divise, tant la méfiance persiste face aux intentions supposées des militaires.

Niamey, Sani Aboubacar

Au Niger, la présence des forces étrangères fait débat depuis l’installation sur certaines parties du territoire national des militaires occidentaux. « Il s’agit d’une nouvelle politique de défense du gouvernement nigérien qui veut installer des bases militaires étrangères sur son sol pour prétendument protéger le territoire national du terrorisme », explique Souley Adji, sociopolitologue à l’Université de Niamey. Pour le gouvernement nigérien qui parle plus tôt d’une « coopération mili- taire », la situation au Mali et en Libye impose la présence de forces extérieures sur le territoire national.

Les bases militaires permettent aussi d’assurer la sécurité des principaux sites miniers, lesquels approvisionnent les pays occidentaux. Ces derniers ont-ils vraiment à coeur de protéger les populations ?

« Ces bases militaires sont d’abord au Niger, pour contribuer au retour de la paix dans certains pays du Sahel », explique le ministre de la Défense nationale, Kalla Moutari, soulignant que leur mission essentielle, est d’« être proche des théâtres des opérations ». Chemin faisant, « nous avons voulu profiter de cette présence pour former nos soldats, obtenir certains équipements ou l’assistance de ces armées qui sont mieux équipées que nous », souligne-t-il. Ce n’est pas l’avis de l’altermondialiste Moussa Tchangari, pour qui le Niger intéresse les puissances occidentales, certes pour des actions en Libye qu’elles ont détruite, mais « peut-être aussi demain, pour engager des actions en Algérie ou pourquoi pas au Nigeria ».

De deux bases militaires étrangères au départ, dont une française « pour les opérations au Mali » et une américaine « pour la Libye », le Niger accueille aujourd’hui, à Niamey, une base militaire allemande. Elle est « une base d’escale de transport aérien comprenant un contingent d’environ 50 militaires composés essentiellement de spécialistes », explique le chef de la diplomatie allemande au Niger. Installée dans le cadre de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali), « cette base militaire a pour objectif d’assurer l’approvisionnement, le transport et l’évacuation des soldats allemands basés à Gao au Mali et s’inscrit dans le cadre de l’accord de stationnement temporaire signé entre les gouvernements nigérien et allemand ».

L’Italie n’est pas restée en marge et compte de son côté envoyer ses forces pour lutter contre la migration clandestine, portant ainsi à quatre le nombre de bases militaires étrangères sur le territoire nigérien. « C’est le Niger qui fait appel aux forces étrangères s’il ressent le besoin dans le but de combler le manque constaté au niveau des forces nationales », explique le ministre de la Défense nationale.

Avis divergents

Si, pour le gouvernement, ces forces étrangères sont présentes pour accompagner le processus de retour de la paix dans les pays voisins, société civile et partis politiques de l’opposition parlent de «l’aliénation de la souveraineté» et en font un de leurs principaux sujets de combat. «C’est vendre le pays que d’accepter la présence des forces étrangères sur son territoire dans un contexte où tous les pays sont jaloux de leur souveraineté», dénonce Moussa Tchangari pour qui ces forces sont «des forces d’occupation».

De fait, le Niger a toujours entre-tenu des coopérations militaires avec plusieurs pays, mais sans que ces derniers occupent une partie de son territoire. L’installation des forces étrangères est du reste une question réglée par la loi fondamentale du pays.

Or, ces cas d’espèces n’ont jamais fait l’objet d’une discussion au sein de l’Assemblée nationale, qui doit donner son accord avant l’installation de toutes forces étrangères. « Personne n’a jamais vu l’accord sur cette question. C’est un accord entre le gouverne-ment du Niger et les puissances étrangères et à partir du moment où ça n’a jamais fait l’objet d’une discussion officielle censée engager le Niger, c’est un accord entre des individus », dénonce Moussa Tchangari. Pour le ministre de la Défense nationale, « ce discours politicien qui nous reproche de brader la souveraineté du pays en acceptant cette coopération militaire pour faire face aux défis communs paraît être un mauvais procès. »

Au-delà de la lutte contre le terrorisme, le sociopolitologue Souley Adji voit dans l’installation des forces étrangères au Niger surtout une question financière « dans la mesure où le gouvernement a beaucoup besoin d’argent. C’est un peu le commerce que le gouvernement pratique à travers l’installation des bases militaires étrangères, ce qui permettra de subvenir à des besoins essentiels », explique-t-il, regrettant l’absence « de financement lourd » dans ce domaine.

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