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Politique

Mongi Hamdi, l’ONU et le Mali

Mongi Hamdi, chef de la mission des Nations unies au Mali estime que l’application du processus de paix signé entre Bamako et les groupes armés du Nord progresse, mais de façon laborieuse. En coulisses, le patron de la Mission des Nations unies au Mali, joue les médiateurs, dans un style discret et efficace.

On l’entend peu. On le voit peu. Si le sigle « Minusma » (Mission des Nations unies au Mali) est connu de tous les Maliens, au point d’ailleurs, de susciter des réactions très diverses, le nom de son patron, Mongi Hamdi, revient rarement dans les discussions ou dans les débats publics. C’est que ce Tunisien de 56 ans, père de trois enfants et qui a pris ses fonctions à Bamako en janvier dernier, est rompu aux jeux diplomatiques. Aussi préfère-t-il oeuvrer dans la discrétion… ce qui ne l’empêche pas de savoir en parler. Mongi Hamdi raconte ses visites à Gao, Tombouctou et Kidal, ou encore à Niamey, Nouakchott, New York et Paris. Pour autant, c’est bien dans son bureau de l’hôtel de l’Amitié, siège de la Minusma, haut de 16 étages et situé au coeur de Bamako, que se joue l’essentiel de son travail.

« J’étais assis à côté du président IBK. Et lorsqu’il a salué Djerry Maïga, le représentant des ex-rebelles, j’ai vu ses larmes couler. Il était ému, et je l’étais moi aussi. C’était un événement extraordinaire ! »

Il y reçoit ses interlocuteurs qu’il tente de convaincre. Le chef de la Minusma se flatte ainsi d’avoir su jouer un rôle prépondérant dans l’accalmie récente constatée sur le terrain, entre les ex-rebelles de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) et les groupes loyalistes de la Plateforme. Il y avait urgence : après une première crise à Ménaka, au lendemain de la signature de l’accord de paix en juin 2015, les hostilités avaient une nouvelle fois repris fin août pour le contrôle de la localité d’Anefis, dans la région de Kidal. Les combats font au moins une dizaine de morts, la participation de la CMA au Comité de suivi de l’accord est suspendue, les civils sont pris en étau et craignent une flambée de violences. De la médiation internationale au gouvernement malien, en passant par les groupes armés eux-mêmes, tous ont la même crainte : que l’accord de paix signé dans la douleur quelques semaines plus tôt ne vole en éclats. « Nous avons réussi à mettre ensemble les dirigeants militaires et les dirigeants politiques de la Plateforme et de la CMA, se souvient Mongi Hamdi, d’une voix aussi faible qu’à son habitude mais où pointe une note de fierté. Je me suis personnellement engagé pour entreprendre des négociations avec les deux parties, j’ai réussi à les convaincre de venir ici à Bamako, au quartier général de la Minusma. » 

« Une question de semaines » 

Le 23 septembre, une réunion secrète se tient avec Mohamed Ag Najim et Alghabass Ah Intallah, chefs militaire et politique des ex-rebelles (MNLA). Puis c’est au tour du général Ag Gamou, pour les pro-Bamako de la Plateforme (Gatia) de répondre à « l’invitation » de Mongi Hamdi. Les groupes armés rivaux finissent par s’entendre sur une cessation des hostilités et des mouvements de troupes. La CMA accepte de reprendre les travaux de suivi et les membres des deux groupes gagnent le droit de circuler librement dans les zones tenues par leurs rivaux – lorsqu’ils ne sont pas armés. Surtout, un dialogue intercommunautaire est engagé à Anefis. Le gouvernement malien s’implique à son tour : quatre ministres se rendent dans cette localité où, pendant trois semaines, les chefs des groupes armés et les chefs traditionnels parlementent. Des discussions qui aboutiront à une série d’accords pour la cessation des conflits qui, s’ils peuvent apparaître comme une redite de l’accord de paix – la logique n’eût-elle pas été de parvenir à ces résultats avant de signer la paix ? –, forment en tout cas un nouveau fondement, plus solide et plus consensuel, à la dynamique de réconciliation nationale. 

Kidal au Mali

Sur le terrain, le processus de sécurisation des habitants reprend, et des patrouilles conjointes, mêlant combattants de la CMA et de la Plateforme, peuvent enfin être envisagées. Ces patrouilles sont l’objectif du moment du chef de la Mission onusienne : « C’est une question de semaine », promet Mongi Hamdi, bien décidé à ne pas laisser traîner les choses sur ce nouveau dispositif « extrêmement important pour établir la confiance, la sécurité et la bonne foi de toutes les parties prenantes ». 

La confiance des parties, en diplomate – ou plutôt, ici, en médiateur – aguerri, le chef de la Minusma s’efforce de l’entretenir. Avec les chefs des groupes armés, ainsi qu’avec les autorités maliennes. S’il lui arrive de s’entretenir directement avec le président Ibrahim Boubacar Keïta ou avec ses ministres, son principal interlocuteur se nomme Hamidou Konaté, ministre de la Reconstruction du Nord, en charge de la mise en oeuvre de l’accord de paix. « Nous nous voyons au moins une fois par semaine, explique Mongi Hamdi, et souvent plus. Nous sommes sur la même longueur d’onde, nous sommes devenus des amis et la confiance est totale entre nous. Nous travaillons en concertation. » Parler d’amitié avec un partenaire, n’est-ce pas une limite à ne pas franchir pour celui qui doit parler à tout le monde et pouvoir exprimer des critiques lorsque cela devient nécessaire ? « Ce qui m’intéresse, c’est d’établir des relations cordiales avec les personnes chargées de mettre en oeuvre cet accord. Je travaille avec lui en collaboration étroite et de manière cordiale », commente le chef de la Minusma, qui reconnaît, en souriant, partager avec le ministre des « rencontres privées, autour d’un café ou d’un thé, où l’on parle d’autre chose… Je suis au Mali pour établir l’entente entre toutes les parties maliennes, précise le chef de la Minusma. J’ai aussi de très bonnes relations avec les dirigeants de la CMA et avec les chefs de la Plateforme, c’est un atout. » 

Partialité 

Les relations entre la Minusma et les autorités maliennes ont pourtant connu des hauts et des bas, et des mots parfois très durs ont été prononcés contre la mission onusienne. On se souvient des accusations de partialité, proférées avec une apparente colère, par le président IBK, le jour même de la cérémonie de signature de l’accord de paix par Bamako. Le différend est aujourd’hui officiellement réglé, et le discours est unanime pour afficher une nouvelle entente. Néanmoins, les critiques continuent, exprimant la frustration et la colère de Maliens souvent dépités par une situation sécuritaire toujours dégradée dans le Nord. « Les critiques me touchent, confie Mongi Hamdi, mais je comprends. On est là, mais on ne peut pas être partout sur le territoire, on ne peut pas mettre des policiers dans toutes les localités. Notre mandat est de protéger la population, nous essayons de le faire là où nous sommes présents, nous aidons également le gouvernement pour le faire, mais on ne peut pas assurer une protection à 100 %. » Quant aux attaques sur la partialité de la Minusma, lancées par les autorités mais également par les groupes armés, au gré des événements sur le terrain, Mongi Hamdi les juge finalement plutôt saines : « Si nous sommes accusés par les uns et les autres, cela veut dire que nous sommes impartiaux ! » 

Confiance 

Avant de prendre la tête de la Minusma, Mongi Hamdi était ministre des Affaires étrangères en Tunisie. Une expérience qui ne lui est pas inutile dans ses nouvelles fonctions maliennes : « Il faut avoir beaucoup de diplomatie, confirme-t-il, de patience, de capacité de convaincre. » Son leitmotiv : « Établir la confiance. » Un mot récurrent dans le processus de négociation pour la paix et qui demeure l’enjeu de la mise en oeuvre de l’accord. Les libérations de prisonniers par exemple, concessions accordées ponctuellement pour prouver la bonne fois des acteurs, sont pudiquement appelées des « mesures de confiance »… C’est que le terme est plus lourd de sens au Mali qu’ailleurs, et c’est ce que le patron de la mission onusienne a bien compris : « Les gens du Nord ont cela dans leur culture, il faut établir la confiance pour travailler de façon confortable, et j’ai essayé de l’obtenir dès le début, en leur montrant que j’étais là pour les aider, que je n’avais pas d’autre agenda personnel. » En bon politique, Mongi Hamdi sait glisser ses messages au détour des moindres phrases. Des messages égrenés au fil d’un discours bien rodé : « Je suis un ami du Mali », martèle le représentant de l’ONU, qui affirme avoir accepté de diriger la Minusma « pour participer à cet événement historique qu’est l’établissement de la paix dans le pays. » Une motivation que les atermoiements du processus ne semblent pas avoir atténuée : « Il faut être réaliste sur nos attentes, le conflit date de plus de 50 ans, l’animosité existe, elle est profonde, et les forces négatives sont partout au Mali. Donc on doit s’attendre au débat, mais on doit persévérer, rester engagé derrière l’accord pour établir cette paix. Il faut être à la fois optimiste, prudent et vigilant. » 

Les larmes d’IBK 

Son optimisme, Mongi Hamdi l’entretient grâce à des souvenirs heureux et choisis avec le sens de la stratégie qui sied à la fonction. Le plus beau ? Le jour où, après des mois de négociations tendues, la CMA s’engage à signer l’accord de paix. « C’était le 26 avril. Après une longue discussion, ils ont accepté. C’est là que nous avons vraiment débloqué la situation. C’était une joie immense, car j’ai vu que mes efforts avaient convaincu les dirigeants de la CMA. » Dans la foulée, Mongi Hamdi reçoit sa seconde récompense : les larmes d’Ibrahim Boubacar Keïta. « Lorsque la CMA a signé l’accord le 20 juin, j’étais assis à côté du président IBK. Et lorsqu’il a salué Djerry Maïga, le représentant des ex-rebelles, j’ai vu ses larmes couler. Il était ému, et je l’étais moi aussi. C’était un événement extraordinaire ! » De quoi inspirer un sentiment du devoir accompli pour ce membre actif de la médiation internationale ? « Le sentiment d’être sur la bonne voie, corrige Mongi Hamdi. La signature de cet accord n’est qu’un début. Nous devons continuer à travailler. » Le contrat, reconductible, de Mongi Hamdi prend fin en janvier 2016. Après ? « Je ne sais pas, on verra… mais je crois que je dois rester pour suivre cet accord de paix».

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