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Politique Terrorisme

Mieux utiliser le renseignement financier

Mieux utiliser le renseignement financier
  • Publiémars 16, 2022

Dans la lutte contre le financement du terrorisme et le blanchiment des capitaux, les moyens ne manquent pas, les insuffisances non plus. Alors que le contexte géopolitique change, en Afrique de l’Ouest, Lomé accueille un séminaire destiné à mieux coordonner l’action.

La capitale du Togo, abrite, depuis le lundi 14 mars, une rencontre sous-régionale consacrée aux nouvelles techniques de financement du terrorisme dans son espace. L’événement qui s’étale sur toute la semaine, est surtout destiné aux analystes et enquêteurs des cellules nationales de traitement des informations financières (Centif) des pays de l’Uemoa.
La réunion est supervisée par le directeur de Cabinet du ministère de l’Économie et des finances, Kossi Tofio. Lequel explique que son but est de permettre à ces structures nationales « qui sont au-devant de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans chaque pays membre de l’Union, de mieux utiliser le renseignement financier, pour mieux contribuer à l’efficacité des dispositifs nationaux de lutte contre la criminalité financière ». Les participants s’équiperont d’outils destinés à mieux comprendre les circuits et les nouvelles techniques de diffusion des financements illicites, par le biais des crypto-monnaies, par exemple.

Les gains illicites des différents trafiquants se retrouvent dans des circuits légaux, à l’aide de banques complaisantes, de paradis fiscaux peu regardants. Le rapatriement de ses fonds en Afrique se déroule parfois via des entreprises qui ont pignon sur rue mais qui ne sont pas assez vigilantes.

Cet atelier sous-régional est appuyé par l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC). Il fait suite aux États généraux sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, qui s’était tenu en 2019 au Mali.
Cette réunion intervient dans un cadre particulier en Afrique de l’Ouest, alors que les organisations supranationales sont contestées quant à leur rôle dans la lutte contre le terrorisme. Ce, alors que les forces occidentales abandonnent progressivement le terrain. « Les États ouest-africains n’ont pas d’autres choix que de prendre en charge leur sécurité en luttant contre les groupes terroristes », observe le politologue Emmanuel Odilon Koukoubou, interrogé par BBC News.
Concernant l’angle spécifique de la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, les pays ouest-africains, et le Togo en particulier, ne sont pas des novices. Chaque pays déploie ses structures propres.


Identifier et combler les lacunes


Reste à mieux sensibiliser les populations sur les actions conjointes à mener, et à mieux former les différents professionnels, qu’il s’agisse des banquiers, des comptables, des financiers, que des décideurs politiques. Le contrôle d’une structure financière doit être permanent afin de s’assurer que des fonds n’en sont pas détournés, parfois à l’insu des créateurs de projets, d’ailleurs.
Les gains illicites des différents trafiquants se retrouvent tôt ou tard dans des circuits légaux, à l’aide de banques complaisantes, de paradis fiscaux peu regardants, par exemple. Le rapatriement de ses fonds en Afrique se déroule parfois via des entreprises qui ont pignon sur rue mais qui ne sont pas assez vigilantes. D’où une action menée, par le Togo notamment, pour la formation des experts-comptables, chargés de mieux déceler les flux financiers à l’origine douteuse.
De leur côté, les Centif sont des administrations, dans chaque pays, qui participent à la protection de l’économie nationale et concourent au développement d’une économie saine. Ils luttent contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Chaque Centif national rapporte de son activité à une structure ouest-africaine. À noter que chaque citoyen peut contacter un Centif et lui faire part de ses soupçons concernant une activité illicite.
« Les Centif occupent une place clé dans les dispositifs de lutte contre le financement du terrorisme, étant entendu que ce sont des cellules qui collectent les informations, les analysent et les disséminent aux autorités d’enquête et de poursuite », explique Kodjo Attisso, de l’ONUDC, à Togo First.
Par exemple, en février 2022, le Niger a reçu un rapport entrepris dans le cadre de la stratégie de la CEDEAO en la matière. Ce document a mis en lumière les lacunes du pays dans sa lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Le Secrétaire général du ministère des Finances, Boukari Sani, a reconnu « les insuffisances qui pèsent sur l’efficacité de notre dispositif », notamment dans l’identification des secteurs économiques les plus vulnérables à ce genre de pratiques. Il a réuni les différents partenaires du pays, dont le Centif-Niger, désormais en quête de  « retour d’expériences » lors de la présente réunion de Lomé.

Écrit par
Laurent Allais

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