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Politique

Maroc, marche verte, acte II

Mohammed VI se porte garant de l’intégrité territoriale du Maroc. Le Roi a détaillé, dans un discours important, un plan de développement du Sud, qui n’exclut pas une consultation des populations.

À l’occasion de la célébration du 40e anniversaire de la Marche Verte, le 6 novembre 2015, Moham- med VI effectue une visite officielle à Laâyoune, où il adresse à la nation un discours radiotélévisé remarqué. Le Roi marque la nouvelle stratégie offensive du royaume sur la question encore épineuse du Sahara : il doit répondre, d’un côté, à l’Algérie qui s’oppose à toute extension territoriale de son voisin ; de l’autre, à l’ONU qui veille au droit à l’autodéter-mination de la population sahraouie. À Laâyoune, le souverain chérifi en a rap- pelé la marocanité du Sahara et l’initia-tive d’autonomie pour les provinces du Sud, présentée en 2007 par le Maroc, et dont la communauté internationale a reconnu le sérieux et la crédibilité. Il a fait remarquer que cette initiative est « le maximum que le Maroc peut offrir », tout en soulignant que son application reste tributaire de l’impératif de parvenir à une solution politique défi nitive dans le cadre des Nations unies. « Il se leurre celui qui attend du Maroc qu’il fasse une tout autre concession. Car le Maroc a tout donné », a ajouté Mohammed VI qui insiste sur la nécessité de défendre l’intégrité territoriale du pays, « avec le même esprit d’engagement et de sacrifice qui ont caractérisé la Marche verte ». Le Roi entend promouvoir le développement des provinces du Sud en vue de trans-former la région en un centre d’échanges et en un axe de communication avec les pays africains subsahariens.

Offensive économique et diplomatique. Au programme du plan de dévoilé le 7 novembre : le développement des infrastructures, de l’agriculture, de la pêche, du tourisme et bien d’autres projets économiques et socioculturels. L’État prévoit notamment la construction d’un nouvel hôpital ; ce CHU ultramoderne sera doté d’une capacité de 500 lits. Ce plan prévoit également la gestion des ressources halieutiques, des énergies renouvelables (solaires, éoliennes) et la préservation de la biodiversité. Au niveau industriel, le géant des phosphates OCP réalisera un nouveau complexe pour la production d’engrais, à travers sa filiale Phosboucraa. Sur le plan des infrastructures, un grand port sur l’Atlantique sera construit à Dakhla, un nouvel aéroport desservira l’ensemble du continent africain, tandis qu’une ligne ferroviaire reliera le Nord au Sud, soit de Tanger à Lagouira. Côté routes, une voie express reliera Tiznit, Laâyoune et Dakhla (plus de 1 000 km). Un projet d’usine de dessalement a également été annoncé. La mise en oeuvre de ce modèle de développement des provinces du Sud répond à un double objectif, à la fois économique et diplomatique. En effet, il permet tout d’abord au Maroc d’accélérer le développement du Sahara marocain au profit de la population tout en le positionnant comme un pôle régional d’échanges avec les pays africains subsahariens. Et cela lui permet en même temps de défendre l’intégrité territoriale du pays contre les velléités indépendantistes – « séparatistes », dit-on au Maroc – du front Polisario.

Un tournant historique

« Nous voulons opérer une véritable rupture avec les méthodes adoptées jusque- là dans la prise en charge des affaires du Sahara : rupture avec l’économie de rente et des privilèges et la défaillance de l’ini- tiative privée, et rupture avec la mentalité de la concentration administrative », a déclaré Mohammed VI qui a symbo-liquement voulu lancer une nouvelle Marche verte. Après le combat politique de son père, il engage une bataille éco-nomique pour mieux intégrer le Sud au reste du royaume. Ainsi, plusieurs chantiers de grande envergure ont été annoncés, pour un investissement total de 77 milliards de dirhams (7,2 milliards d’euros) dans le cadre d’un programme décennal. Bien qu’ayant déjà investi des milliards de dirhams, en 40 ans, pour développer et quadriller administrativement ses « Pro- vinces du Sud », jamais le Maroc ne s’était autant engagé qu’à l’occasion de ce dis-cours royal de Laâyoune. Lequel marque, à n’en pas douter, si ce n’est une rupture, du moins un tournant, dans la gestion du dossier qui empoisonne toujours ses relations avec son voisin algérien, 40 ans après la Marche verte. Ce, malgré maintes ten-tatives de règlement dans le cadre des Nations unies, toutes enlisées, les unes après les autres, dans les immensités sahariennes.

Essor économique

Le monarque a voulu montrer que l’État marocain passait, lui, à l’action et qu’il souhaitait ancrer la région dans sa stratégie africaine. Il semble bien que son appel à briser le statu quo ait été entendu… Dès le lendemain du discours royal, 30 000 manifestants se ras- semblaient devant le siège de la Mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso) pour demander son départ, scandant des slogans patriotiques. 

Le message destiné à la communauté internationale est clair. Les Sahraouis sont en faveur de la solution qui préserve leur appartenance au Maroc. Aux adversaires, ils ont tenu à montrer que leur région se développe et qu’elle est en train de se construire un avenir comme hub africain. 

Leur faisant écho, le ministre marocain de la Communication, Mustapha El Khalfi a résumé d’un trait : « Le Maroc est dans le Sahara, le Sahara est dans le Maroc. »  Le nouveau plan de développement de la région prévoit d’en faire un carrefour commercial et logistique en direction de l’Afrique de l’Ouest et des Canaries. Dotés d’infrastructures idoines, il contribuera au renforcement de l’ancrage du Maroc en Afrique. 

Des projets de grande envergure seront lancés au bénéfice des provinces sahariennes, constituant une dernière ligne droite dans la mise en application de l’initiative du pays pour leur octroyer un statut autonome. 

Le discours du Roi sur la Marche Verte inaugure une nouvelle étape, donnant le signal du renforcement et de l’accélération du processus de développement, de concrétisation du projet de régionalisation avancée. 

« Ce quarantenaire indique qu’il est grand temps de tourner la page de l’histoire, au bénéfice de la stabilité et de la paix dans la région, estime le ministre marocain des Affaires étrangères, Salahedine Mezouar. Des projets structurants sont en train de donner un nouvel horizon aux provinces du Sud. La dynamique entraîne la dynamique ». Une manière également, d’attirer les investissements étrangers.

ENCADRE

La première marche verte  

6 novembre 1975 : 350 000 hommes et femmes venus des quatre coins du Maroc, avec pour seules armes un drapeau vert et un Coran, guidés par le roi Hassan II, marchent dans le désert et franchissent la frontière du Sahara espagnol face à 20 000 soldats, afin de récupérer pacifiquement ce territoire annexé par le colonisateur et dont les accords de Madrid scelleront alors la rétrocession. Cette « Marche verte » constitue un épisode majeur de l’histoire du royaume : il symbolise la conscience unitaire de son peuple et fait désormais partie intégrante de la geste nationale. 

Ce volontaire marocain participe à la Marche verte, le 12 novembre 1975, à l’occasion du retrait des Marocains de la frontière espagnole du Sahara occidental.

 

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