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Politique

Maroc: démocratie d’opinion

Le PPS, socialiste, participe à la coalition actuelle, et ne cesse de justifier sa participation au nom du « sans nous, ce serait bien pire », ponctuant les prises de position par quelques idées de réformes plus libérales, notamment sur le Code pénal et l’homosexualité. Enfin le RNI, dans un premier temps exclu de la coalition gouvernementale avant de l’intégrer, n’a pris aucune position publique très audible, de même que le PAM, plutôt libéral, lui dans l’opposition ; peut-être par crainte de prendre des coups dans des polémiques dans lesquels la mobilisation des conservateurs est forte et la résonance de leurs positions avec l’opinion est palpable au quotidien et sur les réseaux sociaux. « Ces caractéristiques du champ partisan marocain que des observateurs avaient déjà décrites il y a 40 ans, ne permettent pas de former des coalitions idéologiques cohérentes et de répondre à une problématique majeure : celle de la sortie du consensus », explique un politologue marocain. Qui poursuit : « Sur de nombreux sujets éthiques, il y a plusieurs Maroc ; ceux qui pensent que la liberté individuelle doit être plus grande ou qu’il faudrait réviser les positions du pays sur des questions comme l’avortement, l’homosexualité ou la censure débattent aujourd’hui de ces sujets avec les plus conservateurs. La révision constitutionnelle a permis en théorie que les orientations de l’État soient changées à travers le système politique. Les controverses sont donc plus fortes, la société pourra se cliver davantage autour de ces enjeux dans les années à venir. »

Sans doute, les polémiques sont exacerbées par la nouvelle structuration du champ médiatique. « Les sites d’information en ligne se sont développés depuis quatre ans, d’abord pour contourner la censure, mais aujourd’hui ils relaient des positions déjà établies dans l’espace public », explique un politologue, fin connaisseur des médias.

Pouvoir et contre-pouvoirs

« Internet change la donne considé-rablement car l’information va très vite, il faut agir, démentir, prendre position et mettre en scène des décisions qui n’en sont pas », observe un directeur de publication. Dès qu’une polémique éclate, le ministre concerné explique tantôt qu’il portera plainte à l’agence de régulation de l’au-diovisuel, un autre qu’il enjoint le Centre cinématographique de prendre position, ceci en dehors de tout cadre légal ou normé.

La polémique se construit sur du vide sans déboucher sur des décisions ou des compromis susceptibles de gérer le système sur le long terme, par exemple une commission de visionnage qui éta-blit des classements des films selon les publics en capacité de les voir avec dis-cernement, ou encore des positions plus consensuelles sur les dispositions pénales. « Les politiques prennent position pour apparaître dans l’espace public et incarner une position tranchée », explique l’observateur des médias. Ces affres de la démocratie d’opinion sont accentuées par le peu de cas que le gouvernement ferait des avis des organes consultatifs institués, selon Taha Abou el Farah, de l’hebdomadaire La Vie Éco. « Le gouver-nement semble considérer le Conseil natio-nal des droits de l’homme, la Haute agence pour la communication et l’audiovisuel ou le Conseil économique, social et environne- mental, comme autant d’institutions hos-tiles à ses desseins ; il ne reprend leur avis que contraint et forcé par les circonstances et le cadre légal », note l’éditorialiste.

À qui on ne peut que donner raison au vu des trois dernières années de la pratique gouvernementale sous le leadership de Abdelillah Benkirane. La gouvernance politique ne peut donc compter pour l’instant ni sur la pondération issue d’un système partisan rationalisé, ni tout à fait sur les avis des institutions et organes de gouvernance neutres censés guider la décision publique sur le long terme. Le chantier de la Constitution de 2011 n’est donc assurément pas encore (par)achevé.

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