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Politique

Maroc: démocratie d’opinion

Maroc. Les nouvelles instances de régulation de la vie politique et démocratique au Maroc, installées depuis quatre ans, font face à la méfiance du gouvernement, à l’essor d’Internet, et à la persistance de l’Ordre moral.

Polémique sur polémique. Le débat politique marocain s’est embrasé de manière spectaculaire sur les questions de morale et de société au fur et à mesure qu’approchaient les mois estivaux. Polygamie, Code pénal, mariage des mineurs, avortement, censure, liberté de création, prostitution, les questions de morale se sont hissées aux avant-postes de la controverse publique de manière spectaculaire. Le parti islamiste PJD, leader d’une coalition gouvernementale hétéroclite, pose sur la scène médiatique les multiples questions qui l’opposent aux « libéraux » et parfois aussi aux instances de régulation dont les statuts ont été pourtant consolidés par la nouvelle Constitution. « Il y a deux choses rédhibitoires pour un acteur politique, commente Omar Benjelloun, avocat au barreau de Rabat et observateur engagé, la défaite morale et le ridicule. »

Il faut croire que le PJD islamiste a compris l’adage. En avril, lorsque la polémique le touche sur une affaire de « polygamie gouvernementale » – deux ministres islamistes annonçaient leur mariage imminent, en deuxième noce pour le ministre Lahbib Choubani déjà marié – le chef du gouvernement a été contraint de calmer la polémique et de remanier son équipe gouvernementale pour se passer des deux mis en cause.

« La loi et les règles étaient de leur côté, mais les islamistes ont compris que l’affaire choquerait leur électorat », explique un observateur. « La situation vaudevillesque frôlait le ridicule, voire la faute morale », commente maître Benjelloun. Quelques semaines après, une nouvelle controverse s’ouvre entre le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch qui vient de présenter à Cannes son nouveau fi lm, Much loved, consacré à la prostitution à Marrakech, et le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement. « Vulgaire, salissant pour l’image de la femme marocaine », se récrie le ministre Mustapha Khalfi, tandis que la presse arabophone tire à boulets rouges sur le film en le caricaturant – à défaut de l’avoir vu. Au final, le ministre décidera la censure préalable du film, une première du genre, et l’interdiction de diffusion dans les espaces publics. À peine la polémique du film Much loved éteinte, une nouvelle affaire s’ouvre, cette fois sur la pénalisation de l’homosexualité. Lors du festival international de musique de Rabat, le guitariste du groupe Placebo monte sur scène avec le numéro 489 barré d’une croix sur son torse nu, allusion claire à l’article du Code pénal qui criminalise l’homosexualité. La veille, deux Femen venaient de publier une photo d’elles, seins nus, s’embrassant sur l’esplanade de la Tour Hassan, site d’une mosquée inachevée à Rabat. Fureur du camp islamiste et arrestation immédiate des provocatrices pour être reconduites à la frontière. Valeurs libérales, associations militantes internationales, festival organisé par quelques proches, réputés libéraux, du Palais royal, les ingrédients du scandale sont détonants. Pourtant au-delà des scandales, quel bilan politique doit-on tirer de ces séquences ?

Polémiques exacerbées

Près de quatre ans après l’adoption d’une Constitution qualifiée d’historique par la plupart des acteurs poli-tiques marocains et internationaux, puis l’adoption dans la foulée des lois organiques sur les partis politiques et des lois électorales, le système politique marocain a-t-il vraiment évolué ? « Le champ partisan s’est reformé, certaines dynasties politiques ont été renversées, mais qu’en est-il sorti ? Aucun changement. Sous les nouveaux leaders, les mêmes pratiques perdurent, nous les voyons aujourd’hui exacerbées en période électorale », explique un universitaire. D’abord les tactiques défensives, de nouveaux visages politiques, moins policés, résolument charismatiques et volontiers tribuns illustrent le paysage politique et donnent de la voix, pour se défendre avant tout d’avoir perdu l’une ou l’autre bataille symbolique. Jusqu’ici la tactique du chef du gouvernement, secrétaire général du parti islamiste, était de marteler que son gouvernement agit sous la volonté du roi, faisant fi du principe de responsabilité politique qui le désigne comme premier responsable de l’exécutif.

De son côté, le parti de l’Istiqlal de Hamid Chabat, syndicaliste qui a pris les rênes de ce vieux parti de l’élite bourgeoise désormais dans l’opposition, fait de la surenchère sur le conservatisme et le nationalisme pour garder son électorat plutôt conservateur face aux islamistes. Autre vieille caractéristique du champ partisan qui n’a pas disparu : le brouillage programmatique.

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