Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Le Maroc veut intégrer la Cedeao : Pourquoi ?

« Le pari de notre diplomatie a été d’en­trer dans l’institution avant de négocier les paramètres de la participation, or cela est apparu comme un mouvement trop pressé sans penser aux conséquences de part et d’autre », poursuit Fassi Fihri qui a engagé son cercle de réflexion à produire une étude d’impact plus aboutie.

Quels prérequis pour l’adhésion ?

«Globalement, l’erreur du Maroc a été de penser que la Cedeao est une zone de libre-échange, or elle n’est pas que cela, elle est une des institutions les mieux intégrées sur le continent et nécessite de procéder à des convergences politiques qui ne sont peut-être même pas souhaitables de notre point de vue», conclut-il.

Pourtant le président guinéen, Alpha Condé, alors président de l’Union africaine et doyen des chefs d’États de la sous-région, avait été reçu par deux fois

par Mohammed VI, fin 2017. Le roi du Maroc s’est encore entretenu avec ses homologues à Abidjan au cours du som­met UE-UA de novembre. En amont, le président béninois de la commission de la Cedeao, Marcel de Souza, avait éga­lement rencontré à plusieurs reprises le Roi ainsi que ses conseillers afin d’attirer l’attention sur les prérequis institution­nels parmi lesquels la question de l’éta­blissement d’une monnaie commune et l’adoption d’un tarif extérieur commun.

Le Maroc, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait déminé, se déclarant tout à fait prêt à l’adoption d’une monnaie commune lorsque le sujet viendrait sur la table. Pour autant, il existe encore de nombreuses zones grises sur lesquelles le Maroc n’a pas explicité son position­nement.

Tout d’abord, qu’en sera-t-il de la position de la Communauté sur la lancinante question du Sahara, qui affecte les relations entre l’Algérie et le Maroc et qui a bien failli ternir le retour historique du Maroc à l’UA ? De toute évidence, le Maroc s’attendra à ce que les pays membres soient en phase avec sa position historique sur une souverai­neté marocaine du territoire.

Ensuite, les questions institutionnelles, comme Reda Dalil le fait remarquer, l’acquis de la Cedeao supposerait de procéder à des adaptations normatives d’importance, notamment adhérer à l’idée d’un État « laïc » dans lequel le pouvoir religieux et le pouvoir politique seraient clairement et constitutionnellement séparés.

« Une telle réforme est évidemment impensable dans le contexte marocain où le Roi est à la fois un leader religieux et le chef de l’État », confie un responsable politique de la majorité au pouvoir.

Multilatéralisme ou soft power ?

Brahim Fassi Fihri souligne, de son côté, que le pays aurait à se soumettre également à l’arbitrage d’une Cour de Justice communautaire de la Cedeao ; « qu’est-ce qui garantit au Maroc que ce recours ne sera pas instrumentalisé par les ennemis de son intégrité territoriale ? »

La question de l’adhésion à la Cedeao semble raviver un dilemme bien connu de la diplomatie marocaine. Habile à déve­lopper les relations bilatérales par des fais­ceaux d’acteurs économiques, institution­nels, culturels, le Maroc peine souvent à anticiper les mécaniques du jeu multilaté­ral et à accepter ses règles du jeu.

« Dans les configurations multilatérales nous sommes moins performants à amener nos partenaires au plus proche de nos positions », explique un ancien ambassadeur marocain.

«Ce jeu suppose des réflexes d’analyse fins des jeux en coalition, mais aussi des capacités et des connaissances juridiques avancées sur les textes multilatéraux ou les jurisprudences. Nous sommes déficients par exemple pour anticiper les développements juridiques sur l’examen de nos accords avec l’UE. »

La difficile question des migrants

Par exemple, la validité de l’accord de pêche Maroc-UE est remise en cause par le réquisitoire du procureur de la Cour de Justice de l’Union européenne. Une ONG marocaine, spécialisée sur les ques­tions de migration, va même plus loin.

« Il y a eu de nombreuses avancées sur la politique de migration avec depuis 2013 l’approche dite humaniste. Sur le terrain, il y a du mieux, mais alors que le sujet sur la table est l’intégration économique des 50 000 migrants présents sur le territoire – désormais régularisés par décision royale –, nous sentons des résistances sociales, mais aussi institutionnelles à leur donner de vrais droits d’établissement et de travail », explique un porte-parole associatif.

« Dans le cadre de l’intégration à la Cedeao, le Maroc devra aller plus loin que l’affi­chage d’une politique de régularisation, il devra accorder le libre établissement et le droit de travailler à tous les ressortissants des pays de la Communauté », rappelle cet entrepreneur malien, installé à Rabat.

Après les échauffourées de novembre à Casablanca, des habitants prenant à partie des migrants installés dans la rue et brûlant leurs couvertures, la question est devenue sensible.

« Pourtant s’ils ne sont pas intégrés dans le tissu économique, les migrants subsahariens resteront déconsidérés et vulnérables », explique un cadre d’une agence onusienne en charge des migra­tions. Entre vocation multilatérale et déploiement de son soft power, le Maroc est à la croisée des chemins. Dès lors, il cherchera à négocier une voie médiane. [Réédition]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

Share This