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Politique

Mali: répondre aux terroristes

Mali: répondre aux terroristes
  • Publiédécembre 9, 2014

Couper les flux

Pour contrer ces attaques, la force française Barkhane mobilise donc 3 000 hommes, dont un millier dans le Nord du Mali. La base principale se trouve à Gao, avec des détachements dans les villes de Kidal, Tessalit, Ansongo et Tombouctou. « Notre objectif est de lut- ter contre la présence résiduelle des terroristes au Mali et de permettre une action transfrontalière. Nous savons qu’il y a aussi une présence terroriste dans le Nord du Niger et nous menons actuellement une reconnaissance pour voir comment agir dans cette région», explique le colonel Luccitti.

Le 17 septembre, les forces spéciales françaises auraient arrêté un cadre du mouvement Al Mourabitoune : Abou Aasim el-Mouhajir avait revendiqué l’attentat du 14 juillet, qui avait tué un soldat français. « Je n’ai pas eu d’ordre en ce sens ici à Gao, confi e le colonel Luccitti qui n’en dira pas plus sur cette opération, cette affaire ne m’a pas concerné. À Barkhane, nous essayons de débusquer les terroristes en fonction des renseignements que nous avons : nous essayons de comprendre comment ils fonctionnent, qui les commande, quels sont leurs itinéraires et leurs modes de ravitaillement, et nous essayons d’agir sur tout cela avec nos opérations. »

L’une d’elle a permis d’arrêter quatre terroristes près de Gao, remis aux autorités maliennes le 25 septembre. « Nous ne nous limitons pas à arrêter des personnalités, nous cherchons à couper leurs flux. » Plus de 8 600 Casques bleus sont actuellement déployés au Mali. À terme, l’effectif doit atteindre 11000 hommes. « Notre mandat n’est pas de combattre le terrorisme de manière proactive, rappelle la porte-parole de la Minusma, mais nous devons aider les Maliens à sécuriser le Nord du pays. » Une position délicate qui interdit aux Casques bleus de faire usage de la force, sauf en cas de légitime défense. Mais face à une mine ou à une voiture piégée, moyens d’action privilégiés des djihadistes, il est difficile de riposter…

L’augmentation des attaques correspond également à une modification des méthodes employées par les terroristes. « Ils sont de plus en plus précis et efficaces, reconnaît Radia Achouri. Ils varient leurs manières d’opérer et leurs armes : engins explosifs improvisés, mortiers, roquettes… » Les colonnes de pick-up n’ont certes pas disparu, mais c’est aujourd’hui à moto que les djihadistes préfèrent se déplacer. « Pour échapper à notre localisation, ils se déplacent de la manière la plus furtive possible, analyse le colonel Luccitti. La moto est un engin pratique pour se déplacer dans le désert sans être trop repérable. Moyennant une somme d’argent, ils peuvent aussi mettre à contribution une personne qui n’est pas un combattant terroriste, mais qui ira pour eux poser une mine. »

L’assassinat d’Hervé Gourdel en Algérie a été revendiqué par un groupe dirigé par des anciens d’Aqmi, se réclamant aujourd’hui de l’organisation de l’État islamique. Les méthodes récemment apparues dans le Nord du Mali semblent également inspirées par celles du Moyen-Orient. Doit-on craindre une propagation de l’organisation de l’État islamique dans le Nord du Mali ? Le colonel Luccitti est formel : « Rien ne laisse penser qu’il y ait des liens entre les terroristes du Mali ou du Niger avec les terroristes de l’État islamique. »

ENCADRE

Conditions précaires pour la rentrée scolaire 

Ecoliers maliensDans le Nord du Mali, comme dans tout le pays, la rentrée des classes a lieu le 7 octobre. Amadou Déguéni est le directeur de l’académie de Gao. Son bureau, saccagé pendant l’occupation djihadiste, a été reconstruit grâce aux financements de l’Unicef. Les écoles, qui avaient été dégradées et pillées (les tables-bancs avaient servi de bois de chauffe) ont elles aussi été remises à neuf par l’agence onusienne. « Nous retrouvons la voie de la normalisation, se réjouit Amadou Déguéni, un an et demi après la fin de l’occupation djihadiste. Mais beaucoup d’écoles ne sont pas encore fonctionnelles, à cause notamment de l’insécurité. Les enseignants ont peur de retourner dans certaines localités ». En effet, si la sécurité semble globalement assurée dans la ville de Gao, les zones de brousse, où circulent les groupes armés, restent particulièrement dangereuses. Ansongo n’est qu’à 100 kilomètres de Gao, mais sur les 426 enseignants en poste, seuls 275 sont présents. « S’il n’y a pas de professeurs, il n’y a pas d’école ! », s’alarme Sidi Khalil Haidara, directeur adjoint du centre pédagogique d’Ansongo. Pour qui « les enfants, qui ont déjà perdu deux années scolaires, vont encore rester dehors ». Achkounine Ag Idalyallah est conseiller d’orientation à Ménaka, une localité contrôlée par les rebelles touaregs du MNLA. Bien que ne partageant pas leurs idées, il reconnaît que ces derniers n’« entravent pas la rentrée scolaire », et constate : « Les rebelles veulent que les écoles ouvrent et demandent aux professeurs de revenir. Ils ne demandent pas qu’on change les programmes. Ils disent que l’école, c’est l’école. » Pour autant, difficile de convaincre les professeurs d’aller prendre leurs fonctions dans ces conditions. Du coup, beaucoup d’élèves se dirigent vers les écoles des localités plus sûres, notamment à Gao. Des salles de classe temporaires ont donc été bâties en urgence pour accueillir les effectifs supplémentaires. Le gouvernement malien a débloqué des fonds pour rééquiper l’académie, et l’Unicef a également organisé la distribution de kits d’enseignement, de matériel ou encore d’aliments pour les cantines. Des cours ont été organisés avant la rentrée pour permettre aux élèves, notamment aux déplacés et aux réfugiés de retour, de se remettre à niveau avant de retrouver le cursus normal. L’école dispense des formations aux professeurs, par exemple sur la prise en charge des enfants traumatisés par la crise. « On a demandé aux enfants de faire des dessins, relate le recteur Déguéni. Ils n’ont dessiné que des fusils et des mains coupées».

Écrit par
ade

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