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Politique

Mali: répondre aux terroristes

Le Nord du Mali enregistre une recrudescence d’attaques terroristes. Les méthodes employées par les djihadistes évoluent. Malgré la présence militaire, appelée à se renforcer, la région est encore mal contrôlée.

Un simple convoi de ravitaillement circule sur la route qui relie Ansongo à Ménaka, deux localités de la région de Gao. Sauf que dans le Nord du Mali, aucun déplacement n’est simple. En ce 3 octobre, des combattants à moto surgissent, armés de roquettes, et abattent neuf Casques bleus. L’attaque la plus meurtrière essuyée par les sol­dats de la Paix depuis leur arrivée dans le pays, le 1er juillet 2013. À ce jour, 30 Casques bleus ont été tués au Nord- Mali. Jusque-là, les groupes terroristes se contentaient de poser des mines, d’enfouir dans le sol des engins explo­sifs actionnés à distance, ou encore de tirer de loin sur des camps militaires.

Cette fois, les djihadistes ont tendu une embuscade, ils ont osé attaquer directement, frontalement. Une première qui sonne comme un message : les groupes terroristes passent à la vitesse supérieure, entamant une nouvelle phase de leur sinistre combat. « Les terroristes n’ont plus du tout la même force de frappe qu’au moment de l’opération Serval, engagée en jan­vier 2013 », expliquait pourtant, trois jours avant cette dernière attaque, le colonel Jean-Michel Luccitti.

 

Jean-Michel Luccitti. commandant de la force française Barkhane qui a pris le relais de la force Serval

Lequel représente, à Gao, le commandant de la force française Barkhane, qui a pris au mois d’août le relais de la force Serval : désormais, 3 000 soldats français sont présents dans cinq pays de la zone sahélo-saharienne : le Niger, la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Mali. Le colonel Luccitti reçoit sous une tente du camp militaire de Gao, qui jouxte l’aéroport. Il ne minimise pas la menace terroriste, mais rappelle que l’intervention française a considéra­blement affaibli les groupes islamistes : « Ils ne constituent pas une armée et ne sont pas capables de mener une action en force. Au total ils sont plusieurs centaines d’hommes. » Le militaire reconnaît que l’estimation est nécessairement approximative car « il existe beaucoup de groupes très mobiles. » Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique), le Mujao, Al Mourabitoune… autant d’organisa­tions divisées en katibas qui sillonnent le désert rocailleux du Nord du Mali pour mener leur guerre asymétrique, faite d’opérations de harcèlement.

Jusqu’à cette attaque du 3 octobre, la région de Kidal demeurait la plus exposée : au cours du seul mois de septembre, dix Casques bleus y ont été tués. Le camp militaire onusien d’Aguelhoc a également été la cible récurrente de tirs de roquettes. Mais le 14 juillet dernier, c’était déjà près de Gao qu’un soldat français avait été tué dans un attentat à la voiture pié­gée. Régulièrement, des convois de la Minusma (Mission des Nations unies au Mali) y sont pris pour cibles, et plu­sieurs camions de ravitaillement ont été dépouillés ou brûlés. Dans la région de Tombouctou, deux Casques bleus ont perdu la vie au mois d’août. Et la veille de l’assassinat d’Hervé Gourdel en Algérie, fin septembre, un Touareg soupçonné d’être un informateur de l’armée française a été décapité, son corps et sa tête ont été retrouvés à 140 kilomètres de distance…

Saboter le processus de paix

Face à cette recrudescence des actions terroristes et à l’escalade dans la barbarie des méthodes employées, Radia Achouri, porte-parole de la Minusma rencontrée au sein de la base onusienne de Gao, avance une première explication : « Certaines par­ties du territoire ne sont pas contrôlées par l’État malien mais par les groupes armés. » À savoir les groupes rebelles impliqués dans le processus de paix, et non les groupes terroristes djihadistes. « Ce contrôle n’est pas aussi efficace qu’un véritable appareil d’État. Cela crée un vide énorme sur le terrain pour prévenir les infiltrations terroristes. »

De fait, à 45 kilomètres à peine de la ville de Gao, la commune de Djibok est contrôlée par les rebelles touaregs du MNLA. C’est également le cas de la ville de Ménaka, à 300 kilomètres de Gao. La seconde explication, selon Radia Achouri, est d’ordre politique : « Ces attaques visent à saboter les perspectives d’un accord de paix. » Depuis le début du mois de septembre, les groupes rebelles du Nord du Mali et les autorités de Bamako sont réunies à Alger pour tenter de définir un nouveau statut territorial dans la région.

« Un tel accord permettrait de faire revenir l’autorité de l’État, précise la porte-parole de la Minusma, il stabiliserait la situation et diminuerait la marge de manœuvre des groupes terroristes. » De son côté, le colonel Luccitti considère que la seule solution réside dans « un accord entre les groupes rebelles et l’État ; l’armée malienne ne pourra se redéployer qu’à cette condition ». La ligne est commune et fermement défendue, mais semble reposer sur un espoir fragile : celui que l’armée malienne sera capable, une fois redéployée, de faire mieux que la Minusma et Barkhane réunis pour sécuriser le territoire nord-malien…

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