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Politique

Mali : Relire Machiavel

Nos frères maliens sont dans un gros dilemme. N’ayant pas pu repousser tous seuls les assauts des djihadistes, ils ont dû accepter de se faire aider par des forces françaises, européennes et onusiennes.

Par Venance Konan

Mais cela n’a pas empêché les terroristes de gagner du terrain et de contrôler pratiquement tout le Mali, et même de s’étendre aux pays voisins que sont le Niger, le Burkina Faso et peut-être bientôt la Côte d’Ivoire. Faut-il blâmer les forces internationales présentes dans le pays ?

Le drame des Maliens et de tous les Africains en général, est de croire qu’ils ne peuvent rien faire d’eux-mêmes sans qu’un Blanc, un Arabe ou un Asiatique ne leur montre comment le faire.

Nombreux sont les Maliens qui ont franchi ce pas. Et les nouvelles autorités du pays pensent que des mercenaires russes grassement payés, non pas pour combattre les terroristes, mais pour seulement entraîner les soldats maliens, feraient l’affaire.

J’avais déjà invité nos frères maliens à relire Machiavel qui s’était prononcé dans son célèbre traité de sciences politiques Le Prince sur la question de l’utilisation des mercenaires. Voici ce qu’il avait dit : « Je dis donc que les armes avec lesquelles un prince défend son pouvoir sont soit les siennes, soit mercenaires, soit auxiliaires, soit mixtes. Les mercenaires et auxiliaires sont inutiles et dangereuses ; si quelqu’un tient son pouvoir fondé sur les armes mercenaires, il ne sera jamais solide ni sûr.

Car elles sont désunies, ambitieuses, sans discipline, déloyales ; vaillantes au milieu des amis, lâches au milieu des ennemis ; sans crainte de Dieu, sans foi avec les hommes ; et l’on ne diffère sa chute que tant que l’on diffère l’assaut ; durant la paix vous êtes dépouillés par elles, durant la guerre par les ennemis. La cause de ceci est qu’elles n’ont d’autre amour ni d’autre raison qui les maintienne en campagne qu’un peu de salaire, qui ne suffit pas à faire qu’elles veuillent mourir pour vous.

Elles veulent être à votre solde pendant que vous ne faites pas la guerre, mais lorsque vient la guerre, ne veulent que s’enfuir ou s’en aller…Les capitaines mercenaires sont ou excellents dans les armes ou non. S’ils le sont, vous ne pouvez-vous y fier, parce qu’ils aspireront toujours à leur propre grandeur, ou en vous opprimant, vous qui êtes leur maître, ou en opprimant d’autres contre votre intention ; si le capitaine mercenaire n’est pas valeureux, il vous ruine ordinairement ».

Depuis qu’ils ont annoncé leur intention de signer un contrat avec le groupe russe Wagner, les Maliens subissent une terrible pression afin qu’ils ne s’acoquinent pas avec les mercenaires russes. Mais que pourront-ils faire pour venir à bout des terroristes qui ont mis leur pays à feu et à sang ?

On leur conseille vivement de rester toujours avec les forces françaises et européennes. Mais lisons toujours Machiavel à ce propos : « Les armes auxiliaires, qui sont les autres armes inutiles, ce sont choses qui adviennent quand on fait appel à une puissance, afin qu’elle vienne avec ses armes vous aider, vous défendre…Ces armes peuvent être utiles et bonnes par elles-mêmes, mais elles sont, pour qui les appelle, presque toujours nuisibles. Car, perdant, vous êtes vaincu ; gagnant, vous demeurez leur prisonnier…

Venance Konan

Aussi un prince sage a-t-il toujours évité de telles armes et s’est-il tourné vers les siennes propres ; et il a voulu plutôt perdre avec les siennes que vaincre avec les autres : jugeant que ce n’est pas une vraie victoire celle que l’on acquiert avec des armes étrangères…Bref, les armes d’autrui ou bien vous tombent des épaules, ou bien vous pèsent, ou bien vous serrent… » Je conclus donc que, si elle n’a pas d’armes propres, aucune monarchie n’est sûre, mais au contraire entièrement dépendante de la fortune, n’ayant pas de vaillance pour la défendre dans les adversités.

Ce fut toujours l’opinion et la maxime des sages « que rien n’est aussi faible ou instable que le renom d’une puissance qui ne se fonde pas sur ses forces propres ».

Les armes propres sont celles qui sont composées ou de sujets ou de citoyens ou de vos créatures : toutes les autres sont ou mercenaires ou auxiliaires. »

Si je pouvais me permettre de donner un conseil à mes frères maliens, c’est d’utiliser les six milliards qu’ils prévoyaient de donner mensuellement aux mercenaires russes, ainsi que les revenus des trois mines qu’ils voulaient leur donner aussi pour acheter des armes, et former vraiment leurs soldats, ou du moins une partie d’entre eux, chargés de combattre les djihadistes, en les payant correctement.

Je ne crois pas que leurs têtes soient si dures que l’on n’arrive pas à leur enseigner le maniement des armes et l’art de combattre l’ennemi. Puisque les Maliens ont décidé de créer une école de guerre, qu’elle serve donc à cela. Et je suis certain que les autorités maliennes n’ont pas besoin d’aller chercher des spécialistes ailleurs.

Au sein de leur propre armée, ils pourraient trouver des officiers capables de former leurs soldats. Le drame des Maliens et de tous les Africains en général, est de croire qu’ils ne peuvent rien faire d’eux-mêmes sans qu’un Blanc, un Arabe ou un Asiatique ne leur montre comment le faire.

Oui, notre drame est que nous n’avons aucune confiance, aucune foi en nous-mêmes. Si, si, mes frères maliens, vous pourrez former vous-mêmes vos soldats pour combattre les djihadistes. Ce qui leur manque est peut-être un peu plus de patriotisme.

Et cela, ce ne sont pas des mercenaires russes ou des soldats français ou des soldats de n’importe quel autre pays qui pourront le leur inculquer.

@VK

 

 

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