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Politique

Mali, les nouvelles menaces

Les attaques terroristes s’intensifient au Nord Mali. Dorénavant, les mines et autres engins explosifs improvisés sont privilégiés par les djihadistes. Les soldats français, maliens, ceux de l’ONU, tentent d’y faire face, aidés par la population.

Au Mali, la menace terro­riste prend une nouvelle forme : la mine. Davantage que les attaques directes, qui impliquent une confrontation et des combats, ce sont aujourd’hui les mines et autres engins explosifs improvisés (IED, pour Improvised Explosive Device) qui sont utilisés par les terroristes dji­hadistes. Ces dernières semaines, les attaques de ce type ont augmenté de façon spectaculaire. Les Casques bleus de la mission des Nations unies au Mali (Minusma) sont les principales cibles, ainsi que, dans une moindre mesure, les soldats français et maliens. Selon les Nations unies, 21 soldats ont été tués et 97 autres blessés par ce type d’engins, au cours des derniers mois.

Désormais, les civils aussi ne sont pas épargnés : des bus transportant des familles de retour au pays, aux camions de marchandises qui approvisionnent les villes ou les camps militaires, en passant par les travailleurs humanitaires, aucun type de véhicule n’échappe aux mines posées sur les routes du Nord-Mali. Elles ont tué quatre civils et en ont blessé 24 autres, selon l’ONU.

Présent dans le pays depuis le début de l’intervention militaire, en jan­vier 2013, le service de lutte antimines de l’ONU (Unmas), est en première ligne. Pour des raisons de sécurité, le chef des opérations de l’Unmas au Mali préfère se présenter sous le simple prénom de Luc. Selon lui, les terro­ristes ont de plus en plus recours à ce type d’engins qui « demandent très peu de connaissances techniques et peuvent facilement être mis en place à l’avant de convois ou de patrouilles sur le ter­rain. » Cette simplicité du mode opé­ratoire permet aux combattants isla­mistes de recruter large : afin de ne pas être inquiétés, ils paient des hommes de main qui vont poser les engins à leur place. La plupart du temps, ces « recrues », qui acceptent cette besogne davantage par besoin financier que par idéologie, se déplacent à moto entre les dunes et ne sont payées qu’une fois que la mine a explosé. Parfois, il s’agit d’adolescents. « Ce sont des engins très simples, rappelle Luc, ils sont faciles à dissimuler. Enfants, adolescents ou adultes, tout le monde peut le faire. »

Une menace omniprésente

Les mines tiennent dans un sac à dos, elles ne pèsent que quelques kilos et il suffit de creuser un trou peu profond pour les déposer ; elles ne font qu’affleu­rer la surface poussiéreuse. Simples et efficaces, ces engins font planer une menace sur les déplacements de troupes et instaurent une crainte omniprésente lorsqu’il s’agit de prendre la route. « Ce sont des engins qui maintiennent la pres­sion sur les troupes, sur les humanitaires, mais aussi sur les populations qui sont prises en otage par ces engins», analyse Luc.

« La mine est l’engin du pauvre et du lâche. Elle est facile à mettre en œuvre, et elle ne fait pas la différence entre un véhi­cule de Casques bleus et une voiture fami­liale », ajoute un responsable des opé­rations de déminage dans la région de Kidal. Au moins deux nouveaux engins sont posés chaque semaine dans cette zone, et plusieurs centaines sont déjà installés dans le Nord du Mali. En dépit des enseignements tirés des attaques précédentes et du travail de renseigne­ment mené auprès des populations, il demeure très difficile d’anticiper la pose des mines. « Malheureusement, nous ne pouvons pas prévoir ni quand, ni où, seront placés ces engins. Et en termes de distances, nous sommes dans l’incapacité de couvrir les milliers et les milliers de kilomètres de voies de communication qui traversent le Nord. »

Afin d’agir en amont, avant la pose ou l’explosion des engins, les équipes de déminage tentent de collecter des renseignements, grâce à la collaboration des habitants. Un procédé identique à celui des forces armées déployées sur le terrain et pour lequel le chef des opé­rations d’Unmas au Mali, ne souhaite évidemment « pas rentrer dans le détail ». Les précédents créés par les engins déjà retrouvés, avant ou après explosion, ou encore les données topographiques du territoire – certains endroits sont pro­pices, d’autres non – servent de base à ce travail laborieux de prévision. « Nous maintenons à jour une base de données et nous essayons d’anticiper la pose, pour maintenir la surveillance la plus pointue possible », précise-t-il. « La population malienne participe à nos efforts, poursuit-il. Lorsqu’ils se déplacent avec leurs trou­peaux, certains bergers repèrent des engins et nous rapportent l’information. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément des engins posés pour viser les troupes. Parfois, il s’agit de munitions tirées pendant le conflit de 2013 et qui n’ont pas explosé, mais qui restent une menace pour les populations. »

Les conditions d’intervention sont très compliquées. D’abord à cause des spécificités du milieu désertique, où la température monte haut et où la nuit tombe tôt. Également en raison des contraintes sécuritaires : « En parallèle de la menace des engins eux-mêmes, nous devons faire avec la menace du kidnap­ping », explique le responsable de la région de Kidal, où deux journalistes de RFI ont été enlevés puis tués en 2013, et qui demeure une zone de non droit où circulent presque librement des dizaines de groupes armés. Il précise : « Nous avons des mesures strictes pour le déploie­ment du personnel, avec l’emploi de forces de protection et de véhicules blindés. Nous connaissons le risque d’une attaque com­plexe, avec des combattants qui surgissent, mais la Minusma a les moyens d’y faire face et nos démineurs sont systématique­ment accompagnés par une force de protec­tion adaptée. »

Des cercueils de Casques bleus drapés du drapeau de l’ONU, lors d’une cérémonie au siège de la Minusma, le 7 octobre 2014

« Pas encore l’Irak »

Les engins posés au Mali pro­viennent de stocks venant du Nord mais aussi des pays voisins, notamment de Libye ou du Niger. Pour le chef des opérations de déminage d’Unmas au Mali, il faut s’attendre à une augmenta­tion du risque et de la sophistication des attaques. « On n’est pas encore à l’échelle de l’Irak ou de l’Afghanistan, juge-t-il, mais on retrouve déjà une variété assez large d’engins utilisés : des véhicules sui­cides, des engins télécommandés qu’on peut actionner à distance avec un téléphone, et même des attaques plus complexes qui comprennent des véhicules suicides suivis de kamikazes équipés de ceintures d’explo­sifs… »

Luc reconnaît que l’on peut s’at­tendre à une augmentation des capa­cités des groupes terroristes : « Le risque va augmenter et les engins vont devenir de plus en plus sophistiqués, dans leur compo­sition et dans leur mise en oeuvre. »

Casques bleus, forces de sécurité maliennes, personnels civils : plus de 8 000 personnes ont été ou sont for­mées aux actions de déminage dans le pays. Côté Casques bleus, il s’agit déjà d’experts qui ne demandent qu’un com­plément d’information sur les spécifi­cités du théâtre malien. Pour les forces maliennes, novices, il faudra environ trois ans avant de les transformer en démineurs parfaitement qualifiés.

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