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Politique

Macky Sall sème le trouble

Macky Sall sème le trouble
  • Publiéfévrier 8, 2024

La décision du président du Sénégal de repousser le scrutin présidentiel provoque la colère de l’opposition et de plusieurs personnalités de sa majorité. La CEDEAO se réuni en urgence ce 8 février.

 

Macky Sall sème le trouble dans la classe politique sénégalaise, y compris dans son propre camp. Le 5 février, un parlement dont avaient été exclus les députés d’opposition a avalisé sa décision de reporter l’élection présidentielle au 15 décembre. Il a également voté le maintien du Président au pouvoir jusqu’à la prise de fonctions de son successeur, début 2025 ; la publication officielle du texte se fait attendre. La CEDEAO se réunit ce 8 février pour peaufiner sa position, et examiner la situation politique des autres pays sahéliens.

Désunie, l’opposition tente de s’organiser. Grève générale, grande manifestation, appels à la désobéissance civile, recours devant le Conseil constitutionnel, toutes les options sont sur la table.

Macky Sall aurait exprimé, le 7 février, sa volonté d’engager « un processus pragmatique d’apaisement et de réconciliation ». Il aurait renouvelé sa confiance au Premier ministre-candidat Amadou Bâ, s’assurant si ce n’est de son soutien du moins de son silence. Le président Macky Sall a demandé à son gouvernement, notamment au ministre de la Justice, de « pacifier l’espace public ». De nombreuses arrestations ont été constatées dans les heures qui ont suivi l’allocution présidentielle, le 3 février vers midi.

Si les Sénégalais de la rue accusent le choc – on constate peu de manifestations depuis le début de la semaine, après les heurts du week-end –, de multiples voix se font entendre pour dénoncer ce coup de force de Macky Sall. Y compris chez les proches du président du Sénégal ; et chez les proches du « dauphin » désigné, Amadou Bâ. Certains évoquent « une trahison », un « complot ourdi par quelques cercles du pouvoir ».

Dans le camp de la majorité, la ministre d’État Awa Marie Coll Seck a présenté sa démission. D’autres pourraient suivre. « Le Sénégal mérite de voir son calendrier républicain respecté », écrit l’ancienne ministre de la Santé dans ce courrier et ce même si « notre processus électoral reste à parfaire », a déclaré la ministre, également présidente de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives.

De son côté, Zahra Iyane Thiam, en tant que directrice de l’agence sénégalaise de promotion des exportations – soutien politique de Macky Sall – sait que la stabilité du Sénégal constitue un atout majeur pour les opérateurs économiques. « J’estime que l’acte posé ce jour est une violation flagrante de notre charte fondamentale, quel gâchis ! », a-t-elle écrit sur son compte Facebook dès le 3 février.

 

Une CEDEAO peu influente

Certes, Macky Sall a quelques défenseurs, qui rappellent que les levées de boucliers contre le scrutin à venir, contre les autorités chargées de garantir la Constitution, sont à l’origine de la décision présidentielle, officialisée le 3 février.

« Le président de la République n’est pas à l’origine de ce report. Il n’en est pas l’auteur, il n’en est pas l’initiateur, il n’en est pas l’inspirateur », a ainsi déclaré le ministre des Affaires étrangères, Ismaïla Madior Fall, au journal télévisé. « Il y a un ensemble d’ingrédients susceptibles de discréditer le processus électoral, qui font qu’on aurait pu finalement aboutir à une situation où le verdict, qui serait issu des urnes, soit un verdict contesté. Et on sait qu’un contentieux postélectoral est un facteur conflictogène. Ça peut avoir des dérapages et aboutir à une crise qui peut affecter la stabilité politique du Sénégal », a justifié le ministre.

« Ces défaillances étaient de nature à compromettre l’intégrité, la démocratie et l’inclusivité de l’élection qui aurait conduit le pays dans le chaos si elle avait été maintenue », approuve le président du groupe parlementaire du PDS, de la majorité présidentielle, Mamadou Lamine Thiam va jusqu’à proposer a nomination d’un nouveau Conseil constitutionnel.

De son côté, la CEDEAO, qui s’était contentée d’un communiqué a minima le 3 février, a trois jours plus tard, réclamé « le retour du calendrier électoral ». Il est vrai que le spectacle de députés de l’opposition chassés manu militari de l’Assemblée par des gendarmes a choqué les opinions publiques, au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.

@NA 

 

Écrit par
Laurent Allais

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