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L’Union africaine mobilisée face aux menaces

Les dirigeants africains veulent intensifier leurs efforts contre les changements « anticonstitutionnels » de gouvernement, le terrorisme et l’activité des mercenaires étrangers. Moussa Faki Mahamat appelle les pays africains à respecter leurs propres engagements.

 

Par Laurent Allais

Si le Sommet extraordinaire de l’Union africaine, qui s’est tenu le 28 mai 2022 à Malabo, a largement évoqué l’urgence humanitaire, il a aussi insisté sur les secousses politiques que l’Afrique traverse.

Et l’UA de déplorer la « résurgence » des coups d’État, la menace croissante du terrorisme et de l’extrémisme violent, y compris par l’afflux de combattants terroristes étrangers, de sociétés militaires privées et de mercenaires, la prolifération des groupes armés, ainsi que la criminalité transnationale organisée. Autant d’éléments qui affectent la paix, la sécurité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des pays africains.

À Malabo, les dirigeants ont évalué les menaces persistantes et les mécanismes de réponse actuels, tout en cherchant à renforcer la sécurité collective des États membres confrontés à tous ces fléaux. Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a noté que le terrorisme a augmenté sur le continent à partir de 2011, avec la crise libyenne. Celle-ci a ouvert la voie à l’arrivée de mercenaires étrangers au Sahel et à un afflux d’organisations terroristes vaincues au Moyen-Orient. Le terrorisme s’est depuis étendu à d’autres régions du continent.

Vladimir Voronkov (Nations unies) a souligné les résultats positifs de la combinaison d’une action réussie contre Boko Haram et des initiatives socio-économiques visant à la réintégration et à la réconciliation.

De nouveaux bureaux, au Kenya et au Maroc, aideront les pays africains « à renforcer les capacités dont ils ont besoin pour prévenir et contrer l’extrémisme violent ».

Pour autant, l’Afrique n’a pas attendu pour réagir, note l’UA. Celle-ci a déployé des forces conjointes pour lutter contre le terrorisme, comme l’Amisom/ATMIS en Somalie, la Force multinationale mixte dans le bassin du lac Tchad, la Force conjointe du G5 Sahel, la mission de la SADC au Mozambique, etc. L’Union a également réactivé les instruments juridiques de lutte contre le terrorisme, tels que le plan d’action sur la prévention et la lutte contre le terrorisme adopté en 2002, le cadre opérationnel de la convention de l’OUA sur la lutte contre le terrorisme adoptée en 1999 et son protocole adopté en 2004, la déclaration de Johannesburg sur l’initiative visant à faire taire les armes, et la feuille de route de l’UA sur les mesures pratiques visant à « faire taire les armes » en Afrique d’ici à 2030.

Toutefois, Moussa Faki Mahamat a noté que malgré ces initiatives, le terrorisme a continué à prospérer, en raison du manque de solidarité interafricaine avec les pays qui luttent contre le terrorisme, et « parce que nous ne respectons pas nos propres engagements ». Il a donné l’exemple de la Force africaine en attente qui n’est pas encore devenue opérationnelle depuis sa création, alors que la fourniture des moyens nécessaires aux armées existantes, entre autres, permettrait à l’Afrique de ne pas dépendre de forces étrangères pour lutter contre le terrorisme. 

 

Une pratique que l’on pensait disparue…

Le président de la Commission de l’UA a également observé que la communauté internationale applique « deux poids deux mesures » pour faire face aux défis du terrorisme en Afrique par rapport à d’autres régions du monde. Tout en soulignant le lien entre le terrorisme et les changements anticonstitutionnels de gouvernement, il a fait observer : « Nous avons tous récemment assisté avec consternation et inquiétude au retour en force des coups d’État militaires dans certains de nos États membres. Nous assistons à la résurgence d’une pratique que nous pensions disparue à jamais avec l’avènement d’une nouvelle ère, qui se voulait démocratique… »

Pour Moussa Faki Mahamat, la stabilité des institutions démocratiques est une garantie pour le développement économique et social. À l’inverse, les ruptures des processus démocratiques sont à l’origine des problèmes du continent. Par conséquent, « nous devons analyser les causes de la résurgence de l’usurpation militaire du pouvoir et déterminer la thérapie appropriée ». Selon le Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme (CAERT) de l’Union africaine, basé à Alger, entre 2012 et 2020, les attaques terroristes sur le continent ont été multipliées par quatre.

Les recherches du CAERT pointent plusieurs facteurs structurels. Il s’agit principalement de la criminalité transnationale organisée et du financement du terrorisme, de la prolifération des armes, de la résurgence du rôle des combattants étrangers et des mercenaires, de l’instabilité politique, des déficits chroniques de gouvernance et de l’aggravation de la pauvreté et des inégalités qui en résulte, de l’interprétation et de la représentation erronées de la religion, ainsi que de la faiblesse des capacités de défense et de répression.

Au cours du Sommet de Malabo, Joao Lourenço, vice-président de l’Union africaine, a souligné que la faim, la pauvreté, le chômage, le manque d’industrialisation et de développement socio-économique font partie du « chaînon manquant » pour trouver une solution durable à la paix et à la sécurité sur le continent.

 

Une nécessaire coopération

Cependant, le président de l’Angola souligné l’importance d’une protection efficace des frontières pour décourager les activités illicites qui se déroulent dans des frontières poreuses, ce qui en fait un environnement propice aux terroristes. « Nous devons examiner les raisons internes qui conduisent à l’instabilité et rendent nos populations vulnérables aux idéologies d’exploitation. Nous devons trouver des solutions politiques et économiques car le terrorisme aggrave les problèmes de la faim, de la pauvreté et des personnes déplacées. Nous devons faire preuve de fermeté, non seulement en condamnant, mais aussi en prenant des mesures contre ceux qui prennent le pouvoir par des moyens anticonstitutionnels. »

De son côté, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, président de la Guinée équatoriale, observe que l’Afrique a accumulé décennie après décennie des pertes qui perpétuent le sous-développement, l’instabilité et la violence récurrente. Dans son allocution, il a noté que des criminels locaux continuent également de menacer la souveraineté des États tout en alimentant la corruption et en utilisant les fonds acquis illicitement pour saper le leadership du gouvernement et infiltrer les armées pour acquérir le pouvoir.  « La lutte contre le terrorisme n’est pas un acte qu’un pays peut accomplir seul, elle nécessite un travail d’équipe, une coopération et une collaboration internationales. Nous devons également prêter attention au financement du terrorisme. Les terroristes ne sont pas capables d’agir seuls sans financement pour leurs opérations : pouvoir couper ces canaux de financement diminuerait considérablement les capacités de ces terroristes. Nous devons enquêter sur l’origine et les sources des armes détenues par les terroristes ainsi que sur les entités qui proposent des formations militaires. »

 

Renforcer les capacités

Évoquant l’instabilité politique, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a déploré « des facteurs externes avec l’implication de combattants et de mercenaires étrangers pour sauvegarder leurs intérêts politiques et économiques, ce qui constitue des menaces pour la paix et la sécurité sur le continent ».

Enfin, Vladimir Voronkov, secrétaire général adjoint du Bureau des Nations unies pour la lutte contre le terrorisme (UNOCT), a souligné les résultats positifs de la combinaison d’une action réussie contre Boko Haram et des initiatives socio-économiques connexes visant à la réintégration et à la réconciliation dans les pays touchés. « À leur demande, nous avons aidé le Burkina Faso, le Cameroun, le Niger, la Somalie et le Tchad à poursuivre, réhabiliter et réintégrer des individus anciennement associés à des groupes terroristes. Nous avons également travaillé avec la Tunisie et l’Ouganda sur des initiatives axées sur la gestion des extrémistes violents dans les prisons et les centres de détention, dans le but de prévenir la radicalisation terroriste dans ces environnements. »

Les nouveaux bureaux de l’UNOCT au Kenya et au Maroc joueront un rôle important en aidant les États membres africains à renforcer les capacités dont ils ont besoin pour prévenir et contrer l’extrémisme violent », a-t-il conclu.

@NA

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