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Politique

L’opposition en héritage en Algérie

TROIS QUESTIONS À… 

Karim Tabbou, ancien premier secrétaire du FFS*

Karim TABBOU

Comment voyez-vous l’avenir de ce qui est encore le premier parti d’opposition en Algérie ?

Le FFS va subir deux chocs. Le premier sera la disparition d’Hocine Aït Ahmed. Les détracteurs du parti vont lui enlever son capital, celui de l’histoire, sa crédibilité, sa légitimité et son influence internationale. Les conditions actuelles d’exercice de la politique et d’existence de la communauté politique ont été profondément infectées par la violence et la corruption, ce qui facilite les renoncements et les compromissions au détriment de l’éthique et de la morale. Le FFS sera-t-il capable de résister à cela ? Je ne crois pas. Ce sera là un deuxième choc, car il n’a plus les ressources internes, éthiques, humaines, politiques, pour résister aux pressions.

Vous parlez du « capital historique du parti ». Le poids historique et politique de Hocine Aït Ahmed n’est-il pas justement un peu lourd à porter ?

Cette idée de « capital historique » est très importante dans l’approche politique algérienne, dictée par l’influence et la légitimité des personnes. Dans le cas du FFS, le référent à la personne constitue le ciment, le repère, le cœur profond du parti. Mais cette fusion entre la trajectoire d’Aït Ahmed, respecté, vénéré même, et le FFS, est incontestablement une richesse, mais aussi un problème. J’ai toujours pensé qu’on arriverait un jour à séparer les deux, mais j’ai aussi très peur des « complications cardiologiques », car c’est une relation profondément affective. La jeune génération de cadres du FFS a bien essayé de chercher de nouvelles ressources dans le parti, parmi les universitaires, la société civile, les cadres… mais face au poids du zaïm (chef), nous n’avons pas réussi.

Le FFS reste-t-il aujourd’hui un parti d’opposition ?

Il faut distinguer l’appareil et la philosophie du parti. Le premier est constitué des cadres de la direction qui face à des conjonctures, face à des pressions, tentent, plus ou moins maladroitement, des ruses pour s’adapter. Les idéaux du FFS — l’État de droit et de démocratie, mais aussi le dialogue, la négociation, le consensus — sont ancrés, au-delà même du parti. S’il est possible de tenir cette ligne, parce qu’il y a quelqu’un de crédible derrière, en l’occurrence Hocine Aït Ahmed, il devient très difficile d’y rester fidèle dans un environnement de régression politique généralisée, dans un système dont le mode de gestion est la violence et la corruption. Aujourd’hui, le FFS a renoncé à deux de ses fondamentaux : le devoir de vérité et de transparence interne, et le respect des libertés fondamentales. Accepter d’être consulté pour un projet de Constitution élaboré par le cabinet du président de la République alors que le FFS réclame depuis toujours une Constitution votée par une constituante librement élue, cela veut dire qu’il a renié ses principes.

*Il a démissionné du parti en 2011 pour créer sa propre formation, l’Union démocratique et sociale.

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