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Politique

L’opposition en héritage en Algérie

L’opposition en héritage en Algérie
  • Publiémars 31, 2015

Un héritage romantique qui laisse dubitatif un ex-ministre aujourd’hui proche de l’opposition. « Hocine Aït Ahmed symbolise d’abord notre échec. Car nous n’avons, depuis 1962, pas réussi à mener à bien la construction d’un État de droit, selon les directives de la Déclaration fondatrice du 1er novembre 1954. Nous sommes retombés dans tout ce contre quoi il s’est battu : le clanisme et le régionalisme. Le FFS est d’ailleurs déjà devenu une coquille vide. »

Pour tous les détracteurs du parti et pour certains observateurs politiques, le problème tient essentiellement « à la posture du parti qui n’est plus un parti d’opposition ». « Depuis qu’il a affiché ses intentions de négocier avec le pouvoir, le FFS est devenu son allié objectif alors que dans les faits, il n’a jamais réellement reconnu le pouvoir. Autrement dit, le FFS remet en cause 50 ans de démarche politique ! », explique Ali Boukhlef, journaliste politique au quotidien francophone El Watan. Selon lui, le basculement survient en 2012, « juste après les révoltes arabes, à cette période où le régime a cessé de diaboliser le FFS. Là, il y a eu un début de négociation. »

Un parti fragilisé

Le politologue Rachid Grim le rejoint : « Le parti a été berné par l’État qui lui a enlevé son statut d’opposant et de facilitateur, et donc, sa crédibilité. Ce qui laisse imaginer un putsch possible, plus tard, à l’intérieur du parti pour qu’il revienne vers sa position naturelle, l’opposition radicale. Il y joue son avenir, car il a perdu une partie de son ancrage en Kabylie au profit du MAK, le mouvement autonomiste, et du RCD. »

Pourtant, témoignent ceux qui ont connu le FFS au meilleur de sa forme, le parti, malgré un nombre d’encartés de seulement quelques dizaines de milliers, est encore capable de mobiliser « comme il l’avait fait lors des manifestations de janvier 1992, en rejetant la dualité État islamique ou théologique, le fameux “ ni-ni ”».

Mais s’il a résisté aux accusations le taxant de « parti kabyle », à ses contradictions internes qui ont entraîné des dissidences importantes au sein des plus grandes fédérations, et aux attaques du pouvoir qui depuis 1962 fait de lui une cible, le FFS apparaît aujourd’hui fragilisé dans le difficile processus de négociations entamé avec le pouvoir. « Se faire manipuler par le FLN n’est pas la plus brillante des stratégies », relève un député après qu’Amar Saadani, le chef du FLN, a remis en cause la tenue d’une « conférence du consensus » proposée par le FFS.

Une question d’autant plus sensible que c’est justement sur le statut d’opposant que se dispute l’essentiel de l’héritage d’Aït Ahmed. « Contrairement à ce qui se dit, le FFS a toujours été en faveur d’un compromis positif. Cette idée que le parti était autrefois plus radical s’explique par l’attitude du pouvoir : face à la fermeture, il a réagi en se radicalisant, décortique l’analyste politique Saïd Djaffar. Mais, par essence, le FFS fait de la politique, c’est-à-dire du compromis. »

L’actuel premier secrétaire du parti, Mohamed Nebbou, est très clair : « Nous sommes contre la politique de l’exclusion. L’acquis le plus important que nous avons réalisé à travers nos consultations est de dialoguer avec tout le monde et de réhabiliter le politique. Nous avons tiré des leçons des expériences passées et nous savons que l’objectif est de construire un État de droit, avec séparation des pouvoirs et garantie des libertés et de la justice sociale. »

Un ex-cadre du parti estime que « les leçons » dont parle Nebbou ont permis de faire évoluer les pratiques du parti qui n’a « en rien » trahi la cause. « Les procès sont faciles, ironise-t-il. Mais je crois simplement que le FFS, qui, pendant longtemps, a pensé qu’il parviendrait à changer le pouvoir par le rapport de forces, s’est aperçu que cela ne marchait pas et qu’il pouvait peut-être y arriver par une opposition plus soft».

Djamel Zenati, député FFS en 1997 et directeur de campagne de Hocine Aït Ahmed en 1999 admet : « S’il est vrai que l’initiative du consensus n’apporte rien de nouveau, on ne peut ignorer le rôle précurseur du FFS en matière de propositions de sortie de crise. Il est le premier à introduire les notions de contrat, de conférence nationale, de réconciliation, de transition démocratique et de deuxième République. »

Pour trancher cette polémique idéologique, il aurait fallu « que quelqu’un se charge de théoriser l’expérience du FFS et en laisse une trace écrite », regrette Amazit Boukhalfa. « Or il n’existe aucune livre politique sur l’aventure du FFS. Aït Ahmed a écrit une thèse sur “ l’afro-fascisme ” et un premier tome de mémoires, resté sans suite, publié il y a plus de 20 ans ! » Faute de livre, il restera le souvenir d’un homme dont la personnalité transcende le parti.

Un ex-cadre du FFS ajoute : « Au sortir des années 1990, quand il n’y avait de place que pour la violence, la peur, la méfiance, et plus pour la politique, Hocine Aït Ahmed est resté un point de ralliement pour tous. Parce qu’il a permis de lire les événements politiques à l’aune d’une longue démarche historique. Il a toujours été le liant vers l’histoire du mouvement national, entre les idéaux et la réalité. »

Et malgré son retrait de la vie politique, ses compagnons affirment qu’il incarne plus que jamais « une continuité rompue par ailleurs ». « Pour moi, il incarne aussi le lien entre le combat libérateur et le combat démocratique, résume un militant. On a toujours entendu qu’après 1962, l’indépendance acquise, tout était fini. Or, le combat pour l’individu algérien ne s’arrêtera jamais. »

Écrit par
ade

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