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Politique

L’offensive de charme de Ramaphosa en Arabie saoudite

L’offensive de charme de Ramaphosa en Arabie saoudite
  • Publiénovembre 8, 2022

Alors que l’économie de l’Afrique du Sud présente de multiples fissures, le président Cyril Ramaphosa et son équipe sont à la recherche de partenaires étrangers dans le but de d’accélérer les investissements.

 

Alors qu’Enoch Godongwana, le ministre sud-africain des finances, plaidait à Washington DC pour que le FMI et la Banque mondiale augmentent les financements concessionnels et les subventions, non seulement pour les pays à faible revenu mais aussi pour les pays à revenu moyen (dont fait partie l’Afrique du Sud), le président Cyril Ramaphosa lançait une offensive de charme en Arabie saoudite.

La visite d’État de Cyril Ramaphosa, mi-octobre 2022, fait de lui le quatrième président sud-africain, Nelson Mandela en tête, à se rendre dans le Royaume depuis l’instauration de la démocratie en 1994. Cette visite intervient à un moment où l’Afrique du Sud, comme de nombreux pays d’Afrique, se bat durement pour sortir du marasme économique consécutif à la pandémie de Covid-19 ainsi que de la crise mondiale du coût de la vie.

Vendre la marque Afrique du Sud et attirer la participation d’investisseurs publics et privés saoudiens pour atteindre l’objectif de 60 milliards $ d’investissements directs étrangers fixé par Pretoria sont des objectifs majeurs.

Il s’agissait de la dernière d’une série d’ouvertures aux partenaires étrangers pour les persuader d’accroître leurs portefeuilles d’investissement en Afrique du Sud, alors que la deuxième économie du continent se heurte à une montagne de besoins non satisfaits.

La délégation de Cyril Ramaphosa comprenait une brochette de six ministres : Naledi Pandor des relations internationales, Thoko Didiza de l’agriculture, Ebrahim Patel du commerce et de l’industrie, Gwede Mantashe des ressources minérales et de l’énergie, Fikile Mbalula des transports et Thandi Modise de la défense. Voilà qui souligne l’importance croissante du commerce, des investissements et des relations géopolitiques entre l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite.

Une semaine plus tôt, une délégation allemande dirigée par Birgit Pickel, directrice générale pour l’Afrique au ministère allemand de la coopération économique et du développement, s’est rendue à Pretoria pour des entretiens bilatéraux avec ses homologues du Trésor national, qui ont porté sur la transition de l’Afrique du Sud vers les énergies propres, le développement des compétences et l’emploi. La visite d’État du chancelier allemand Olaf Scholz en Afrique du Sud et du président Ramaphosa en Allemagne au début de l’année a encore renforcé les relations de longue date entre les deux pays.

L’Allemagne a engagé un financement supplémentaire de 355 millions d’euros pour le prochain cycle de deux ans du Partenariat pour une transition énergétique juste des deux pays « afin de soutenir une transition propre et juste vers la neutralité climatique en Afrique du Sud et de protéger les moyens de subsistance et la base économique du bassin de production du charbon ».

 

Il ne fait aucun doute que l’Arabie saoudite, avec ses énormes ressources en pétrole et en capitaux, est le principal soutien pour Pretoria. Mais la relation est à double sens puisque les Saoudiens cherchent à étendre leur univers d’investissement à de nouveaux marchés et considèrent l’Afrique du Sud comme la porte d’entrée des marchés africains dans le contexte de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Les Saoudiens souhaitent également attirer l’expertise sud-africaine dans les secteurs des mines, des minéraux, de l’agroalimentaire et des énergies renouvelables.

La visite a déjà donné lieu à plusieurs développements importants qui, selon le président Ramaphosa, « ont établi un programme clair de nos liens économiques croissants avec l’Arabie saoudite ».

Le président a révélé que 17 accords d’un montant total initial de 15 milliards de dollars ont été signés entre des agences et des entreprises sud-africaines et saoudiennes, en privilégiant les investissements et la coopération technique dans les domaines de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture, de la défense, de l’énergie, du tourisme et des transports.

Ce montant s’ajoute aux 10 milliards $ engagés par l’Arabie saoudite en 2018, dont une partie a été bloquée en raison de l’apparition de la pandémie, avec ses restrictions de voyage et autres.

Le fait que le Président ait rencontré à la fois le roi Salman et son fils, Mohammed bin Salman, le Premier ministre et dirigeant de facto du Royaume, est un indicateur de l’importance que Riyad accorde aux relations avec Pretoria. L’Afrique du Sud compte une population musulmane de deux à trois millions de personnes dont les dirigeants entretiennent des liens étroits avec leurs homologues de la terre sainte musulmane.

 

Des investisseurs intransigeants

Attention, les Saoudiens sont des hommes d’affaires et des investisseurs intransigeants, très conscients de l’importance de la bonne gouvernance et des mesures d’inclusivité. Ils sont également soucieux d’intégrer les dimensions ESG, SDG et d’inclusion sociale dans leurs investissements.

ACWA Power, le principal promoteur saoudien dont les actionnaires sont le Fonds d’investissement public (PIF), le fonds souverain du Royaume (50 %) et la branche de la Banque mondiale chargée du secteur privé, la Société financière internationale, a déjà investi 1 milliard $ dans deux projets d’énergie renouvelable IPP en Afrique du Sud.

Il s’agit de la centrale solaire thermique à concentration (CSP) de Bokpoort, d’une capacité de 50 MW, et de la centrale CSP de Redstone, d’une capacité de 100 MW, dans laquelle ACWA Power détient une participation de 380 millions $, toutes deux situées dans le Cap Nord. La première est déjà en service, et la centrale de Redstone, l’un des plus gros investissements de ce type en Afrique du Sud, devrait être mise en service au quatrième trimestre 2023.

L’inclusion sociale comprend la création de 2 100 emplois, l’économie d’environ 440 tonnes d’émissions de CO2 par an et l’engagement de 55 millions de dollars pour le « développement socio-économique et des entreprises » dans la communauté associée.

La réalité est que les relations entre l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite devraient être plus fortes, même si elles sont sur la bonne trajectoire de croissance. Selon Khalid Al-Falih, ministre saoudien des Investissements, l’Afrique du Sud est le deuxième partenaire commercial du Royaume en Afrique après l’Égypte. Les échanges commerciaux entre l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite sont passés de 4,6 milliards de dollars en 2019 à 4,8 milliards $ en 2021, et sont en passe de dépasser 5,3 milliards $ en 2022. Il reste confiant que « ces chiffres pourraient encore augmenter en activant les grandes capacités commerciales et logistiques des deux pays ».

L’Afrique du Sud, a-t-il ajouté, est la deuxième plus grande économie d’Afrique et la plus diversifiée et technologiquement avancée du continent africain, avec un grand marché, des infrastructures bien développées et un secteur privé compétitif.

« Ces circonstances offrent une occasion inestimable de renforcer notre coopération, qui peut être considérée comme un échange Sud-Sud exceptionnel, surtout si l’on considère le moment choisi, le monde connaissant d’énormes changements et défis », a souligné le Président.

 

1 213 milliards de dollars d’actifs sous gestion

 Cet élan s’est manifesté lors de la conférence conjointe sur les investissements entre l’Afrique du Sud et l’Arabie saoudite, qui s’est tenue à Jeddah pendant la visite de Cyril Ramaphosa. Cette conférence a été précédée par la réunion du Conseil économique conjoint saoudi-sud-africain à Pretoria les 3 et 4 octobre 2022, au cours de laquelle le Conseil d’affaires conjoint Afrique du Sud-Arabie saoudite a été lancé. Un autre développement important est la création d’un fonds d’investissement conjoint saoudi-sud-africain, qui fera l’objet d’une étude de faisabilité.

L’argument économique en faveur de l’expansion de la coopération socio-économique est implicite. Le gouvernement saoudien a accès à 1 213 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Ces actifs comprennent 607,42 milliards $ gérés par le PIF, 491 milliards $ d’actifs détenus par la Banque centrale saoudienne (SAMA) et 115,41 milliards $gérés par l’Organisation générale d’assurance sociale (GOSI).

Le PIF a pour objectif d’avoir un actif sous gestion de plus de 2 trillions de dollars d’ici 2025, complété par le produit de la vente prévue d’une participation minoritaire dans Aramco, la compagnie pétrolière d’État saoudienne, premier producteur et exportateur mondial de pétrole.

L’Afrique du Sud possède une expertise historique dans les secteurs de l’exploitation minière, des produits agricoles, de l’agroalimentaire, des équipements et, plus récemment, des énergies renouvelables, de l’informatique et des solutions de paiement.

Vendre la marque Afrique du Sud et attirer la participation d’investisseurs publics et privés saoudiens pour atteindre l’objectif de 60 milliards $ d’investissements directs étrangers fixé par Pretoria sont des objectifs majeurs.

D’autres opportunités futures sont considérables si les investisseurs sud-africains font correctement leur travail. Le PIF, par exemple, a créé une filiale, la Food Security Agency, qui recherche activement des projets d’investissement conjoints dans le secteur agricole, afin d’améliorer les besoins futurs du Royaume en matière de sécurité alimentaire.

L’Afrique du Sud est également en train d’émerger en tant que pôle de l’économie islamique. Selon les prévisions de Frost & Sullivan, ce secteur devrait atteindre 4 960 milliards $ d’ici 2030, contre 2 300 milliards en 2020. Les Malaisiens ont déjà investi dans ce centre et les Saoudiens devraient suivre. Selon Frost & Sullivan, la demande de produits halal, notamment de denrées alimentaires, de cosmétiques, de produits pharmaceutiques et de vêtements, émane désormais de consommateurs musulmans et non musulmans de tous les pays.

Reste à savoir si la Conférence sud-africaine sur l’investissement de l’année prochaine permet de changer la donne. Le président Ramaphosa a adressé une invitation personnelle aux responsables et investisseurs saoudiens.

@NA

 

Écrit par
Mushtak Parker

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