Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Libye : L’heure du grand rapprochement ?

ENCADRE

Benghazi, le futur de la Libye selon Haftar

Benghazi, capitale de la Cyrénaïque, à l’est du pays, est « libérée » depuis le 5 juillet. Libérée de qui ? Des islamistes, explique Ahmed al-Mismari, porte-parole de l’autoproclamée Armée nationale libyenne. En mai 2014, son commandant, Khalifa Haftar, avait lancé l’opération « Dignité » pour se débarrasser des groupes jihadistes. L’offensive devait durer quelques semaines, elle s’est étalée sur plus de trois ans.

Qu’importe le délai pour ces familles qui remercient Haftar de pouvoir enfin sortir en voiture et emmener leurs enfants dans les jardins publics en toute sécurité : « Mes enfants sont saufs et Haftar a sauvé Benghazi. Dieu est grand », s’enthousiasme Hanna qui profite du soleil au parc al-Kish avec ses deux enfants. La majorité des Benghaziotes voient effectivement en Haftar leur sauveur alors qu’avant 2014, la ville était en proie à des campagnes d’assassinats menés par des islamistes sans que Tripoli ou la communauté internationale ne s’en émeuvent.

Cette libération à un coût. De nombreux quartiers ont été rasés après d’intenses attaques à l’arme lourde. Ahmed Oumar Ahmed, ingénieur benghaziote, estime la reconstruction à 5 milliards d’euros. Des rues et des immeubles sont piégés par des mines laissées par les vaincus. Il faudra des années pour que les dizaines de milliers de déplacés et réfugiés reviennent vivre à Benghazi. Pour accélérer cette reconstruction, Khalifa Haftar a nommé un gouverneur militaire pour diriger la ville. Sans durée de mandat, ni légitimité légale, ce dernier a les coudées franches, puisqu’il en réfère directement à Haftar.

L’expert Frédéric Wehrey y voit « le retour de l’appareil de renseignement de l’ère Kadhafi. » Certes les partisans de l’État islamique, d’Al Qaeda ou d’Ansar al-Sharia ne tiennent plus le haut du pavé à Benghazi, mais le salafisme n’a pas disparu, bien au contraire. Pour gagner la bataille, Khalifa Haftar a dû s’appuyer sur des brigades salafistes madkhalistes qui, par essence, refusent toute contestation du chef légitime qu’il considère être Haftar en l’occurrence. Pour services rendus sur le front, ces groupes semblent avoir gagné le droit de régir la vie sociale à Benghazi.

Fin janvier, ils ont ainsi saisi des livres, dont certains signés de Paolo Coelho, car ils propageraient selon eux pêle-mêle le chiisme, l’immoralité, le sécularisme, etc. Une mise en coupe réglée de Benghazi par les militaires et les fondamentalistes religieux que regrette timidement une partie de la société civile, effrayée de perdre le peu d’espace de liberté conquis. C’est le cas de l’association culturelle Tanarout où jeunes hommes et femmes viennent assouvir leur soif d’apprendre musique, peinture ou encore littérature.

« Les salafistes n’hésitent pas à nous critiquer sur Facebook parce que nous mettons des photos de femmes [dont certaines non voilées] qui peignent et ils disent que c’est indécent, confie Houssam Thini, cofondateur de Tanarout. Mais je suis confiant. Je suis sûr que les voisins se mobiliseraient en cas d’attaques. » Sous couvert d’anonymat, les militants les plus engagés voient dans la figure de « Haftar le libérateur », un retour de la mentalité qui régnait sous la Jamahiryiah dans laquelle Kadhafi était intouchable. Un haut fonctionnaire de Benghazi nuance : « Quand ils voient le chaos à Tripoli, les Benghaziotes se disent qu’un pouvoir militaire est un moindre mal».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts