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Politique

Libye : Le quitte ou double de Haftar sur Tripoli

Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, joue gros en s’attaquant au gouvernement rival de Tripoli. Une offensive qui se traduit par la confiscation temporaire de la production du pétrole. Le militaire septuagénaire a décidé de jouer son va-tout.

Par Mathieu Galtier

Coup de génie ou baroud d’honneur ? Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, avait décidé de remettre le 25 juin, le contrôle du croissant pétrolier à l’officieuse branche orientale de la Compagnie nationale pétrolière (NOC) au détriment de l’officielle installée à Tripoli.

Sitôt la chose faite, la production d’or noir a chuté de moitié. Le 11 juillet, le militaire septuagénaire revient finalement sur sa décision. Un coup pour rien ? Non. Une audace payante ? Non plus. La stratégie intrigue et marque une étape importante dans les relations entre les deux autorités rivales du pays.

La Banque centrale de Tripoli conserve la main sur la manne de l’or noir, mais elle se retrouve affaiblie car elle travaille main dans la main avec la Compagnie nationale pétrolière (NOC) de Tripoli pour verser les salaires.

À première vue, les conséquences sont plutôt désastreuses pour le maréchal de l’autoproclamée «Armée nationale arabe libyenne». Le rapprochement opéré depuis des mois avec son adversaire, Faez Serraj, le Premier ministre du Gouvernement d’union nationale (GUN) basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, est brisé net.

Après le 25 juin, la NOC de Tripoli décide aussitôt le cas de force majeur qui interdit toute exportation de pétrole depuis la zone concernée. Or, le croissant pétrolier, situé sur la côte centrale du pays, accueille les principaux terminaux et plus de 80 % des réserves exploitables.

Résultat, les autorités de Tripoli ont comparé le geste du militaire de 75 ans à celui d’un « criminel ». Plus grave est la réaction des principaux pays occidentaux impliqués dans le dossier libyen. La France, l’Italie, le Royaume- Uni et les États-Unis, ont exprimé dans un communiqué commun leurs « profondes inquiétudes ». Le retour à la normale du 11 juillet n’a pas suffi à les calmer. D’ailleurs, cette volte-face de Haftar, à peine quinze jours après son coup de force, est le résultat direct d’importantes pressions de Paris et du Caire, deux principaux alliés de Haftar, ulcérés de la décision unilatérale de leur poulain.

Une image écornée du « de Gaulle libyen »

Ainsi, le militaire s’est en partie décrédibilisé sur la scène internationale, alors qu’il avait mis toute son énergie à se construire une image de « De Gaulle libyen » à même de stabiliser le pays. La France l’a invité deux fois depuis 2017. Emmanuel Macron, conseillé par le ministre des Affaires étrangères, Jean- Yves Le Drian – qui mise sur Haftar –, pousse pour la tenue d’élections générale et présidentielle dès le 10 décembre, malgré les difficultés logistiques, car l’ancien putschiste de 1969 est le grand favori.

Alors pourquoi gâcher cette respectabilité diplomatique pour ce qui ressemble, au final, à un coup d’épée dans l’eau ? Parce qu’il a compris que le statu quo d’une Libye divisée n’était plus tenable, que les manoeuvres militaires ne suffisaient plus et qu’il devait se présenter comme le maître du jeu, toujours en vie.

Littéralement. Début avril, Khalifa Haftar a été hospitalisé à Paris pour des raisons médicales obscures. Une simple arythmie cardiaque pour les uns, un coma pour les autres. Inquiets de son bulletin de santé, l’Arabie saoudite, autre allié de poids d’Haftar, décide de chercher des alternatives. Abderraouf Kara et Haythem Tajouri, chefs des deux principaux groupes armés de Tripoli et affiliés au gouvernement d’Union nationale, sont ainsi invités à Riyad. Pour prouver qu’il n’est pas hors-jeu, Khalifa Haftar doit donc réagir : un plan en deux temps pour rebattre définitivement les cartes.

Force à l’Est, machiavélisme à l’Ouest

La première offensive est militaire. Il lance une grande partie de ses troupes, notamment ses forces aériennes pour mettre la main sur Derna, seule cité d’importance qui lui échappe encore en Cyrénaïque, région de l’est du pays. Aux mains d’une coalition de groupes djihadistes et de révolutionnaires ultras, la ville côtière est soumise à un siège depuis près de deux ans. Le 29 juin, Khalifa Haftar déclare la libération de Derna. Qu’importe que les ONG internationales aient recensé de nombreux actes s’apparentant à des crimes de guerre, la communauté internationale, si elle regrette les méthodes brutales, salue cette nouvelle victoire contre le terrorisme.

La deuxième phase est plus ardue. Il s’agit de s’attaquer à la Tripolitaine, la région ouest du pays, mais non par la force. En bon connaisseur des divisions tribales et historiques du pays, l’ancien bras droit militaire de Kadhafi sait qu’aucune force ne peut s’imposer et à l’Est et à l’Ouest. La déstabilisation s’opérera par un autre type d’arme : l’argent. « Haftar est absolument déterminé à fragiliser l’équilibre autour du GUN à Tripoli. Pas seulement par des moyens militaires mais aussi des moyens administratifs et économiques », explique l’universitaire Jalel Harchaoui.

L’occasion rêvée lui est fournie par l’un de ses plus anciens ennemis : Ibrahim Jedran. L’ex-chantre des fédéralistes attaque les terminaux de Ras Jadir et de As-Sidra. Le combat est rude mais Haftar en sort vainqueur. Cette offensive est le prétexte pour s’en prendre à l’Ouest. Jedran avait notamment coalisé autour de lui des unités révolutionnaires de l’Ouest.

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