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Politique

Libye : Le délicat retour de l’ONU

Depuis, la mission internationale voit, de sa base de repli tunisienne, la Libye se diviser politiquement, tomber dans l’insécu­rité et subir une crise économique. Les quelques voyages des diplomates en terre libyenne sont insuffisants pour peser sur la situation.

D’autant plus qu’au gré des changements d’affectations, rares sont les personnels à avoir vécu en Libye. Paradoxalement, la demande de média­tion de l’ONU n’a jamais été aussi forte au sein de la population.

Un espoir nommé Ghassan Salamé

Attablés à la terrasse du Casa Café, au centre la médina, Ali Aburwela et ses amis espèrent ardemment le retour des Nations unies qui symboliserait un début de normalité : « Nous avons l’im­pression que le monde entier nous oublie. Quand des responsables passent à Tripoli, ce n’est que pour quelques heures à peine. Comment voulez-vous qu’ils comprennent notre situation ! Et puis, nous n’oublions pas que la Libye moderne a été créée grâce à un vote de l’ONU, le 21 novembre 1949».

Si ces retraités, qui ont connu la période monarchiste, évoquent l’histoire pour demander le retour de la commu­nauté internationale, les plus jeunes ont compris que l’ONU avait, enfin, une fenêtre de tir pour peser.

Les deux chefs de l’UNSMIL, depuis 2014, Bernardino Leon (août 2014-novembre 2015) et Martin Kobler (novembre 2015-juin 2017), se sont attiré la haine de la population par leurs maladresses.

Le diplomate espagnol négociait en secret un poste de respon­sable de l’Académie diplomatique aux Émirats arabes unis, alors que ce pays était un acteur important de la dissen­sion politique libyenne.

Le responsable allemand, lui, était critiqué pour son refus d’amener à la table des négocia­tions des acteurs devenus incontour­nables comme Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est, ou encore des représentants du courant kadhafiste.

La nomination de Ghassan Salamé a changé la donne. Madré, l’ancien ministre libanais est le plus qualifié pour parvenir à mettre d’accord les deux pou­voirs rivaux : le gouvernement d’union nationale à l’Ouest et la Chambre des représentants à l’Est.

Surtout la crise monétaire est telle – l’euro s’échange à plus de 10 dinars au marché noir, contre 1,61 dinar au taux officiel –, que l’aide des institutions internationales, poli­tiques comme économiques, sera indis­pensable pour faire redécoller le pays de manière pérenne.

Le retour du beach-volley à Oea ?

Or, cela ne peut commencer que par un retour durable de l’UNSMIL, qui devrait ensuite faire boule de neige et ramener les ambassades.

« Ghassan Salamé a réussi à exiger des pays exté­rieurs qu’ils arrêtent de s’immiscer dans nos affaires. Donc, aujourd’hui, l’ONU est une partie de la solution. Je souhaite, par exemple, que les prochaines élec­tions et que la nouvelle Constitution soient placées sous le contrôle des Nations unies », propose Fathi Bashagha, député boycotteur de la Chambre des représentants.

L’organisation internationale n’a de toute façon plus le choix. Chantre de la tenue d’élections présidentielle et constitutionnelle au plus tôt, idéale­ment au printemps, l’UNSMIL se doit d’être présent à Tripoli avant le dérou­lement de ces scrutins, sous peine d’être discréditée.

À moins que ces élections ne soien retardées, ce qui éloignerait encore un peu plus le retour des ren­contres de beach-volley du jeudi orga­nisées par l’ONU à Oea avant 2014. Hypothèse la plus vraisemblable pour Jalel Harchaoui qui poursuit : « La Libye est un territoire vaste, complexe, fracturé. Dans ce cadre, l’installation de Ghassan Salamé à Tripoli a peu d’impor­tance, soyons réalistes».

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