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Politique

Libye : Le délicat retour de l’ONU

La mission des Nations unies en Libye a quitté le pays à l’été 2014 au début de la guerre de Tripoli. Aujourd’hui, son retour est publiquement évoqué avec insistance, mais dans les coulisses, la situation reste complexe.

Par Mathieu Galtier

Situé à l’extrême Ouest du grand Tripoli, dans la ville de Janzour, l’ancien village touris­tique de Oea est parfaitement isolé. Construit, sur les trois derniers kilomètres, au bord de mer, le com­plexe n’est accessible que par une route côtière qui n’est que crevasses et revê­tements douteux.

Elle débouche sur de lourds blocs de béton qui obligent les véhiculent à ralentir fortement en zig­zaguant. Oea n’a pour voisinage qu’un chantier désaffecté à l’est et des champs à l’ouest. Le site parfait pour se proté­ger de toutes attaques éventuelles. Les services de sécurité de l’ONU le savent bien.

C’est pour cela qu’ils avaient choisi cet emplacement pour installer le siège de la Mission des Nations unies en Libye (UNSMIL) et c’est pour ces mêmes raisons qu’ils souhaitent s’y réinstaller. « Une seule route, un accès direct à la mer pour une évacuation rapide en cas d’ur­gence et une zone dégagée où les assaillants se repèrent de loin, ce camp est idéal pour sécuriser le personnel à l’intérieur », ana­lyse un ancien haut cadre de l’UNSMIL.

Au vu de la disposition géographique du site, certains experts en sécurité évoquent la possibilité de construire une zone verte, comme à Bagdad, pour éviter des attaques. Un projet qui n’est, pour le moment, qu’une hypothèse de travail.

Tripoli, sous la coupe de la « bande des quatre »

Tout est réuni ou presque pour un ré-emménagement rapide. Le gouverne­ment d’union nationale, basé à Tripoli et soutenu par la communauté interna­tionale, n’est pas en capacité d’assurer sa sécurité, et donc encore moins celle d’employés étrangers, cibles d’enlève­ments ou d’attentats. Le service de sécu­rité de l’ONU doit donc négocier avec les forces armées sur le terrain.

Elles sont au nombre de quatre, dirigées par Haythem al-Tajouri, Abdelghani al-Kikli alias Ghaniwa, Abdelraouf Kara et Hishim Bishir. « Ces meneurs de milices « vendent » la sécurité qu’ils imposent contre une « acceptabi­lité » qui leur permettra de faire partie du paysage politique et sécuritaire du Tripoli de demain », décrypte Jalel Harchaoui, doctorant sur la Libye à l’université Paris-VIII.

Ainsi, l’UNSMIL doit avoir a minima la neutralité bienveillante de ses quatre mousquetaires sécuritaires, avec un accord spécifique de Haythem al-Tajouri qui gère la sécurité des bâti­ments des représentations internatio­nales à travers sa police diplomatique.

« Le monde entier nous oublie »

Casse-tête supplémentaire, l’ancien village touristique est situé dans la zone d’influence de la milice des « Cavaliers de Janzour », connue pour s’adon­ner aux trafics en tout genre (drogues, rapts, etc.).

Enfin, dernier problème de poids, le site est localisé à la frontière avec la région sous la coupe de la tribu Wershefana, dont les groupes armés sou­tiennent la Chambre des représentants de Tobrouk, à l’est du pays, qui refuse d’entériner le gouvernement d’union.

Si la sécurité de la capitale s’est gran­dement améliorée, depuis le printemps 2017, avec la mainmise de la « bande des quatre », l’arrivée de l’UNSMIL avec ses dizaines d’employés résidents à plein temps pourrait attiser les convoitises et faire voler en éclats ce calme fragile.

C’est pour cela, qu’à New York, au siège de l’ONU, on hésite encore à donner le feu vert définitif, trois ans et demi après le départ, qualifié alors de « temporaire », de l’UNSMIL, et de nombreuses chancelleries, du fait de la guerre de Tripoli à l’été 2014.

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