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Politique

L’ex-président John Rawlings «charge» dans l’affaire Sankara

Certes le président ghanéen John Jerry Rawlings est décédé en 2020, mais il a eu le temps de faire sa déposition dans le cadre du procès ouvert au Burkina Faso dans l’affaire de l’assassinat du président Thomas Sankara (1949-1987).

Par Kimberly Adams

Dans ce dossier de l’assassinat de l’ancien chef de l’État du Burkina Faso, Thomas Sankara, les inculpés, dont l’ancien président Blaise Compaoré, sont accusés par le tribunal militaire d’attentat à la sûreté de l’État, de complicité d’assassinat et de recel de cadavres.

L’affaire Sankara n’a pas encore fini de révéler tout ce qui s’est passée, elle renseigne au moins sur les violents soubresauts politiques récents que ce pays a connu dans son histoire, et qui aujourd’hui doit encore faire face à un autre grave phénomène : Le djihadisme.

De fait, le 15 octobre 1987, après quatre années au pouvoir Thomas Sankara se rend à un conseil des ministres extraordinaire, il est assassiné avec douze de ses compagnons lors d’un putsch.

Pour la manifestation de la vérité, le tribunal militaire de Ouagadougou a rendu donc public le témoignage fait par l’ex-président ghanéen Jerry John Rawlings.

En 1987, John Jerry Rawlings était président du Ghana qu’il a dirigé pendant vingt ans de 1981 à 2001. À l’époque donc, il entretenait de bonnes relations avec Thomas Sankara et ses compagnons révolutionnaires burkinabè.

Devant la justice burkinabè John Jerry Rawlings a assuré que quinze jours avant le coup d’État, il avait reçu le capitaine Thomas Sankara.

Thomas Sankara.

Selon lui, ce dernier avait insisté pour le rencontrer en vue d’évoquer avec lui la situation au sein du Conseil national de la révolution (junte alors au pouvoir à Ouagadougou dont il était le chef).

John Jerry Rawlings affirme que Thomas Sankara craignait que Blaise Compaoré tente de le neutraliser. Car « les relations étaient tendues entre les deux hommes», parce que dégradées observe Rawlings. Il ne s’est pas contenter de constater, il a « proposé à Thomas Sankara de parler à Blaise Compaoré, car je savais que Blaise Compoaré pouvait le tuer », précise l’ancien président du Ghana dans sa déposition lue devant le tribunal.

Pourquoi Sankara et Compaoré si fusionnels en sont-ils arrivés à une telle détestation au point d’envisager le pire ? Jerry Rawlings a son idée : « La situation s’est détériorée de façon graduelle (…) Thomas Sankara m’a semblé seul et il voulait que le Ghana aide à dénouer la crise ». Avant de dire mélancolique qu’il était « choqué, en colère et amer » après l’assassinat de Sankara.

Plus loin, John Jerry Rawlings explique avoir été invité par le colonel Mouammar Kadhafi (Libye) quelques jours après le coup d’État. Il dit y avoir trouvé Blaise Compaoré qui dans une opération de charme a tenté de le convaincre qu’il n’avait rien à avoir avec la mort de Thomas Sankara.

Réaction de Rawlings : « J’ai rejeté ses explications et j’ai refusé de poser pour une photo avec eux comme l’avait souhaité le guide libyen ».

Le président Blaise Compaoré

Et dans une harangue à charge, JJR révèle : « Etienne Zongo, l’aide de camp de Thomas Sankara, m’a raconté des choses horribles que Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré faisaient subir aux gens. Je pense que Blaise Compaoré voulait effacer la mémoire même de Thomas Sankara ».

L’affaire Sankara n’a pas encore fini de révéler tout ce qui s’est passée, elle renseigne au moins sur les violents soubresauts politiques récents que ce pays a connu dans son histoire, et qui aujourd’hui doit encore faire face à un autre grave phénomène : Le djihadisme.

@KA

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