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Politique

L’éternel chantier de Bouteflika

Se propage alors l’idée de la création d’un poste de vice-président, pour amortir le choc d’un mandat présidentiel à haut risque. Trois ans de spéculations et une présidentielle après, Bouteflika relance le processus des « consultations », menées cette fois-ci par son chef de cabinet, Ahmed Ouyahia, ex-chef du gouvernement, de juin à juillet 2014. Cette fois encore, l’opposition décline, ainsi que certaines personnalités politiques comme Mouloud Hamrouche, ancien chef du gouvernement sous Chadli et « père » des réformes de la fin des années 1980… dont l’acte fort a été l’amendement réformiste de la constitution en 1989. L’illusion fait long feu, même chez les partis du pouvoir.

« Le système constitutionnel en vigueur est hybride, car il n’est ni présidentiel ni parlementaire. Il est nécessaire de sortir de cette confusion. » 

Juin 2014, le parti du président Boutefl ika, le FLN, présente un volumineux document : « Propositions officielles du parti FLN pour la révision constitutionnelle ». « Un travail de longue haleine, raconte un cadre du FLN. Nous avons dû travailler sur tous les aspects, discuter entre nous amendement par amendement, décortiquer les articles sur le rôle du parlement, sur la justice, la représentation, le régime parlementaire comme option démocratique. Et en fin de compte, un cadre de la présidence de la République nous nargue : vous y avez vraiment cru ? On reste sur l’option de la supériorité de la fonction présidentielle et on maquille le reste avec de belles idées comme la « liberté d’expression » et un « rôle plus important pour la femme », pas plus ». Un dirigeant du FLN regrette : « On a été floués, même nous, les plus fidèles des fidèles du Président, on pensait qu’il s’agissait d’une vraie réforme. »

Un conseiller du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, tente de relativiser : « La révision de la Constitution n’est pas une urgence. La priorité pour les pouvoirs publics, c’était la gestion de la rentrée sociale et, en interne, la gestion d’un remaniement qui s’imposait au sein de l’exécutif. C’est pour cela que nous n’avons fixé aucune échéance claire et précise concernant la révision de la Constitution. » Même dans l’opposition, les discours sont un peu désabusés. « C’est sûr qu’à défaut d’un contre-pouvoir sérieux et de partis d’opposition ancrés réellement dans la société, le système peut continuer à imposer son agenda à sa guise », ironise Kamel, un militant de la Coordination nationale pour la transition et les libertés démocratiques. « La Constitution n’est un enjeu que pour les naïfs, soutient un ancien ministre. Les triturations de ce texte ont toujours obéi aux humeurs du puissant du moment avec comme unique objectif : perpétuer le système et ses hommes et neutraliser les institutions ».

Et d’énumérer en guise d’exemple « la Constitution de 1963 suspendue par le coup d’État en 1965, celle de 1976 amendée en 1989 pour ensuite la suspendre en 1992, et celle de 2008 qui modifie le texte de 1996 pour permettre à Bouteflika de s’éterniser au pouvoir. » Plus direct, un conseiller à la présidence de la République révèle : « Le long et tortueux processus de réforme de la Constitution n’est qu’une tactique employée par le chef de l’État, affaibli par la maladie, pour gagner du temps sur son plus difficile des mandats. Il peut tenir des mois et des mois ainsi, mettant sur pied commission sur l’autre, consultation après l’autre, mouture sur mouture ». D’ailleurs, des proches du clan présidentiel, Amar Saâdani, patron du FLN, et Amar Ghoul, président du parti Taj et ministre des Transports, ont déclaré ces derniers mois que, même après la clôture des consultations drivées par Ouyahia, la « porte reste toujours ouverte pour d’autres consultations » ! En résumé, le feuilleton continue…

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