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Politique

Les politiques de Sunak, beaucoup de peine pour peu de gains ?

Les politiques de Sunak, beaucoup de peine pour peu de gains ?
  • Publiénovembre 21, 2022

La désignation de Rishi Sunak, d’origine africaine et indienne, au rang de premier Premier ministre non-blanc de Grande-Bretagne est un sujet de fierté pour l’Afrique. Pour autant, sa politique est-elle déconnectée des besoins des gens ordinaires du Royaume-Uni qui luttent contre la crise du coût de la vie ?

 

Lorsque Rishi Sunak est devenu Premier ministre du Royaume-Uni, la plupart des Britanniques – quelle que soit leur allégeance politique – ont poussé un soupir de soulagement. En effet, il avait prédit le désastre que Liz Truss allait provoquer au 10 Downing Street, lorsque l’économie britannique s’est effondrée, que les taux d’intérêt hypothécaires ont grimpé en flèche, que les marchés financiers et le Fonds monétaire international ont été effrayés et que la Banque d’Angleterre a dû monter au créneau pour arréter l’hémorragie financière.

Rishi Sunak était considéré avoir « une paire de mains sûres » sur le plan économique, et les marchés se sont un peu remis. Il y a également eu un certain frémissement à l’idée d’avoir le tout premier Premier ministre indien britannique (via l’Afrique de l’Est), élu par le Parti conservateur avec tout son héritage raciste.

En matière de politique étrangère, Rishi Sunak mérite des éloges pour avoir annulé la décision grossière de Liz Truss de suivre Donald Trump et de transférer l’ambassade britannique à Jérusalem.

Alors, que penser de lui ? Commençons par le Brexit qu’il a soutenu avec enthousiasme, et qu’il soutient toujours. Lors du référendum de 2016 sur le Brexit, Sunak a prêché un mantra de « reprise de contrôle chez soi ».

Se référant à une gloire impériale révolue, lui et d’autres Brexiteers ont persuadé suffisamment d’électeurs que leur insécurité économique et leur aliénation étaient dues au fait qu’ils étaient « dictés par Bruxelles ». Une fois que le pays pourrait se libérer de ces étrangers, la « souveraineté britannique » pourrait être réincarnée, et tout irait bien, ont-ils prêché.

 

Un acte monumental d’automutilation

En fait, le Brexit s’est révélé être un désastre – et pas seulement en déstabilisant le processus de paix en Irlande du Nord ou en renforçant le soutien à l’indépendance de l’Écosse. Il a provoqué une baisse de 5 % du PIB, une chute de 14 % des investissements et une baisse similaire du commerce de marchandises par rapport à ce qui aurait été le cas si la Grande-Bretagne n’avait pas quitté l’Union européenne.

Tout cela à cause de barrières soudaines érigées contre le marché unique le plus grand et le plus riche du monde, qui représente la moitié de tous les échanges de marchandises du Royaume-Uni. Cet acte monumental d’automutilation nationale signifie également que la Grande-Bretagne était moins bien placée que les autres pays du G7 pour résister à la tourmente mondiale qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par Poutine : montée en flèche des coûts énergétiques, accélération de l’inflation, flambée des coûts alimentaires et hausse des taux d’intérêt. La Grande-Bretagne est la seule économie du G7 à ne pas avoir retrouvé ses niveaux de PIB d’avant la pandémie.

C’est l’héritage difficile dont Sunak a hérité, mais c’est aussi celui qu’il a contribué à créer. En conséquence, son premier budget du 17 novembre a consisté en une poignée d’augmentations d’impôts et de réductions des dépenses publiques.

De plus, il doit faire face à la réalité : l’économie fantaisiste de Truss a fait perdre aux Tories, du jour au lendemain, leur prétention à être le parti de « l’argent sain » et de la gestion économique compétente. Son départ humiliant a également exacerbé l’illusion selon laquelle la Grande-Bretagne pourrait construire un État à faible fiscalité – « Singapour sur Tamise », une fois de plus « en charge de son propre destin », libéré des contraintes économiques européennes ou étrangères. Les marchés financiers mondiaux, paniqués par son imprudence et craignant que l’économie britannique ne tombe à l’eau, ont effectivement « repris le contrôle » et l’ont coulée.

Pour autant, Rishi Sunak a longtemps été un partisan convaincu de l’agenda néolibéral qui préconise des impôts bas pour les riches, un État peu interventionniste et réduction des dépenses publiques. Cette approche est à l’origine du terrible bilan des conservateurs en matière de croissance depuis 2010, date de leur arrivée au pouvoir ; c’est une chose que Liz Truss a au moins bien comprise lorsqu’elle a publiquement condamné ce taux de croissance lamentable. Sunak a commencé son premier budget en tant que Chancelier de l’Échiquier en mars 2020 en affirmant que l’économie britannique était robuste, ses finances publiques saines et ses services publics prêts à faire face à la menace imminente du coronavirus. Il a terminé son discours en annonçant un nouveau financement de 6 milliards de livres pour le service national de santé et en affirmant que « les conservateurs sont le parti des services publics ».

 

La décennie d’austérité des Conservateurs

Ce qu’il n’a pas dit, c’est que la précédente décennie d’austérité des Tories (qu’il a soutenue) a vu les dépenses publiques réduites de 180 milliards de livres en termes actuels. Des centaines de milliers d’emplois dans les services publics ont été supprimés et la qualité des services publics a été gravement endommagée, ce qui a entraîné un allongement massif des listes d’attente dans les services de santé et des délais d’attente pour les rendez-vous médicaux, ainsi que des réductions importantes dans l’éducation.

L’Institute for Fiscal Studies a montré que les départements gouvernementaux ont subi de fortes baisses réelles de leurs budgets depuis l’arrivée des Tories au pouvoir en 2010. Il s’agit notamment du logement et des communautés (où Sunak était ministre du logement en 2018-2019) en baisse de 62% ; du travail et des pensions en baisse de 50% et des transports en baisse de 37%. En 2021, Rishi Sunak a également rompu une promesse du manifeste électoral tory de 2019 en réduisant le budget de l’aide étrangère de la Grande-Bretagne en dessous de l’objectif de 0,7% du revenu national soutenu par l’ONU. Pourtant, même avant la pandémie ou la guerre russe contre l’Ukraine, aucun des objectifs des Tories en matière de réduction des déficits budgétaires et de diminution de la dette nationale en pourcentage du PIB n’a été atteint. Donc beaucoup de douleur pour un gain inexistant.

Rishi Sunak a pris quelques mesures utiles pour protéger l’économie britannique des pires conséquences de la crise sanitaire, notamment son programme de chômage technique par lequel le gouvernement aidait les employeurs à conserver leurs effectifs et à payer leurs salaires alors que les entreprises étaient fermées ou travaillaient bien en dessous de leurs capacités. Il a introduit un important soutien fiscal à l’économie en 2020, mais prévoyait d’en retirer 90 % en 2022. Sous la pression, il a fourni une aide supplémentaire aux personnes vulnérables bénéficiant de l’aide sociale, mais l’a rapidement supprimée sans se soucier des familles pour lesquelles elle représentait une bouée de sauvetage. De telles décisions expliquent pourquoi tant de détracteurs de Rishi Sunak craignent que sa carrière de riche gestionnaire de fonds spéculatifs, associée à la fortune familiale de sa femme, l’ait déconnecté des difficultés auxquelles sont confrontés les gens ordinaires qui se battent pour s’en sortir. Le fait qu’il se soit vanté, lors de l’élection à la tête du parti Tory en août 2020, d’avoir détourné des fonds des zones urbaines défavorisées vers les villes rurales de la classe moyenne ajoute du poids à cette inquiétude.

En matière de politique étrangère, Rishi Sunak mérite des éloges pour avoir annulé la décision grossière de Liz Truss de suivre Donald Trump et de transférer l’ambassade britannique à Jérusalem. C’est une bonne chose, car Israël, sous la direction de Benjamin Netanyahu, est « au bord d’une révolution autoritaire, religieuse et de droite, dont le but est de décimer l’infrastructure démocratique sur laquelle le pays a été construit », comme l’a récemment déclaré le journal israélien Haaretz. Mais rien n’indique qu’il va mettre en place une politique étrangère progressiste. Après tout, il a défendu le bilan des conservateurs depuis 2010, date de leur arrivée au pouvoir, et pendant plus de la moitié de cette période, il a été membre de leur gouvernement. Avec Keir Starmer, du parti travailliste, qui est désormais considéré comme le Premier ministre en puissance et dont le parti bénéficie d’une avance considérable dans les sondages d’opinion, Rishi Sunak a du pain sur la planche pour ne pas suivre Liz Truss et devenir l’un des plus courts Premiers ministres de l’histoire du Royaume-Uni.

 

Lord Peter Hain est un ancien leader anti-apartheid et ministre britannique. Son nouveau thriller, The Elephant Conspiracy : corruption, assassination extinction, a été récemment publié par Jonathan Ball.

@NA

 

Écrit par
Lord Peter Hain

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