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Politique

Sénégal : Les parrainages, une arme à double tranchant

Sénégal : Les parrainages, une arme à double tranchant
  • Publiéjanvier 23, 2019

Un piège pour l’opposition ?

L’opposition avait-elle raison de boycotter le processus législatif sur le parrainage ? Dans tous les cas, sa stratégie s’est avérée contre-productive, puisqu’aujourd’hui ses principaux candidats sont contraints, à leur tour, de se lancer à la chasse aux signatures. « On a l’impression que l’opposition subit le processus électoral. À chaque consultation, elle croit qu’un miracle va survenir sous la forme d’un candidat nouveau ou d’un divorce providentiel entre l’électorat et le parti au pouvoir », analyse Mame Less Camara.

De son côté, le pouvoir semble avoir tout planifié : dès le démarrage des parrainages, ont surgi un peu partout dans le pays des structures pour collecter le maximum de signatures au profit du président-candidat Macky Sall, qui se fixe comme objectif de récolter trois millions de signatures alors qu’il n’en a besoin qu’entre 52 000 et 65 000. Une stratégie d’obstruction ou de la « terre brûlée » (c’est selon) dont l’objectif est de « tarir » le bassin – un électeur ne pouvant parrainer qu’un seul candidat –, et ainsi de compliquer l’obtention de signatures pour les candidats de l’opposition.

Voilà qui ouvre la voie, redoutent certains, à d’éventuels tripatouillages : récolter le maximum de signatures permet, par effet de démonstration, de convaincre l’opinion que le candidat sortant a toutes les chances de l’emporter au premier tour. « En politique, quasiment rien n’est gratuit », relève Boubacar B. Baldé, pour qui viser trois millions de signatures « fausse » le jeu, en donnant artificiellement une caution morale et populaire à un candidat.

À cela, s’ajoute le fait que des milliers de Sénégalais n’ont pas encore reçu leur carte d’électeur Cedeao, indispensable pour tout parrainage. La déclaration du ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, organisateur des élections, promettant de tout faire pour la réélection de Macky Sall, ne contribue pas à lever les doutes, en dépit des assurances du pouvoir qu’il est désormais « impossible » de tripatouiller les élections au Sénégal.

Boubacar Baldé considère, lui, que le pouvoir a une petite idée derrière la tête : « Le parrainage permettra d’avoir une lecture claire de la carte électorale et de faire les réajustements nécessaires. » Un raisonnement valable tant pour le pouvoir que pour l’opposition.

Recomposition du champ politique

Sans conteste, la loi sur le parrainage laisse plusieurs questions en suspens. Par exemple, celle des données personnelles collectées. « Il n’y a aucune garantie sur l’utilisation de ces données », souligne Boubacar B. Baldé. D’autant plus, relève Mame Less Camara, le gouvernement ne se détache pas suffisamment du processus électoral pour qu’a priori on ne puisse pas penser qu’il ne sera pas tenté d’utiliser ces données à d’autres fins au moment où la Commission nationale de protection des données personnelles (CDP) a manifestement toutes les peines à faire respecter la loi à de petits acteurs.

Il y a aussi le problème d’authentification des signatures. Autant de « biais » volontaires ou non qui risquent d’avoir des conséquences sur la suite des opérations et d’aboutir à des contentieux prématurés. Des « embouteillages » en amont du processus électoral qu’une meilleure concertation entre pouvoir et opposition aurait pu éviter.

Malgré ces observations, Boubacar Bertrand Baldé prédit des élections « très intéressantes dans un contexte particulier » (découverte de pétrole et de gaz). Il note que le champ politique sénégalais a changé de façon extraordinaire ces derniers mois, avec l’apparition de nouveaux acteurs (Ousmane Sonko), l’auto-sabordage de certains candidats (Idrissa Seck) et, même si les cas diffèrent, l’émiettement des partis traditionnels (PDS, PS). Ce qui fait qu’il y a « de la place » pour certains candidats.

Écrit par
Seydou Ka

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