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Politique

Les Maliens réclament paix et sécurité

Les populations maliennes n’hésitent plus à défier le pouvoir militaire de Bamako pour réclamer le soutien de l’État après les attaques terroristes de la région de Mopti. Chacun s’interroge sur les capacités des militaires à répondre à la situation.

 

Par Laurent Allais

« Tout en marquant sa vive préoccupation face à la situation sécuritaire, le président de la Commission condamne fermement ces attaques barbares et réitère son soutien au peuple et au gouvernement de la transition de la République du Mali, dans la lutte contre le terrorisme. » C’est par ces simples lignes que la CEDEAO a marqué sa solidarité, après les attaques du 19 juin 2022 qui ont coûté la vie à 132 civils, selon un bilan officiel, dans plusieurs villages du Cercle de Bankass (région de Mopti) au Mali, à 500 kilomètres au nord-est de Bamako. Cette attaque serait le fait d’un groupe satellite d’Al-Qaida, la katiba Macina, le groupe du prédicateur peul Amadou Kouffa.

Dans ce contexte, le gouvernement malien semble faire profil bas. Tandis qu’il n’a cessé de fustiger les ingérences étrangères – françaises – ces derniers mois, il ne peut pas, cette fois, incriminer son bouc émissaire favori.

Reste à savoir ce que peuvent faire les institutions ouest africaines, face au désarroi des populations, tandis qu’il s’agit aussi de conserver la pression sur le gouvernement malien pour qu’il ne traîne pas sur le chemin de la transition démocratique. Le gouvernement, pourtant, les populations en ont besoin. Une manifestation s’est déroulée à Bankass, le 21 juin, pour réclamer la protection de l’État. L’attaque du 19 juin, on peut le redouter, ne sera pas la dernière au Sahel. Le gouvernement du colonel Assimi Goïta a décrété trois jours de deuil national et a envoyé une mission spéciale sur place, composée de quatre ministres. Soins aux blessés, réconforts aux familles, et après ? Rien de concret, bien que la junte au pouvoir ne cesse de répéter que la sécurité des Maliens demeurait sa « priorité absolue ». C’est d’ailleurs l’incapacité du précédent régime à juguler l’insécurité au Sahel qui avait conduit le coup d’État du 18 août 2020.

Cette manifestation de bonne volonté ne semble guère convaincre les Maliens qui réclament davantage de sécurité à l’État. À Bankass, un processus de « désobéissance civile », s’est manifesté. Il a consisté, durant trois jours au blocage des services publics, à part ceux de la Santé.

 

Une stratégie dans l’impasse

Au plan institutionnel, les voix commencent également à se faire entendre, afin de faire écho à l’impatience de la population. Le « Cadre d’échange », qui regroupe une dizaine de partis d’opposition, ainsi que la Commission nationale des droits de l’homme, insistent auprès du pouvoir pour prévenir les massacres de civils et le pillage des villages.

Comment expliquer ce regain de tension ? En partie par l’« intensification des opérations militaires des forces de défense, elles peuvent mettre fin au processus de dialogue engagé en 2019 », explique Bab Dakono, de l’Observatoire citoyen de la gouvernance et de la sécurité. À son sens, l’amélioration de la situation tient avant tout dans la réponse sécuritaire, et non seulement militaire. « Il faut apprendre des limites des réponses observées, pour aboutir à des réponses globales qui non seulement incluent la réponse militaire, mais aussi des réponses politiques qui tiennent compte des préoccupations des populations. » Lesquelles sont liées à la qualité de la gouvernance, la justice notamment, précise l’observateur. Pour sa part, approuvent certains autres observateurs, l’action menée récemment par l’armée malienne et ses alliés n’a fait que renforcer l’insécurité, poussant même certains jeunes à rejoindre les rangs djihadistes pour protéger leurs villages.

« La réponse sans équivoque indexe la responsabilité de la junte militaire », commente Mourya La Voix du Niger, quotidien pourtant proche du pouvoir. « Un pouvoir kaki qui n’a pas su apporter la protection nécessaire à ses citoyens qui ont subi l’ignominie des forces du mal, le seul tort, selon leurs assassins, ayant été d’avoir coopéré avec l’armée malienne qui a mené des opérations anti-terroristes dans la zone ». Et le journal de dénoncer les « zélateurs de la junte militaire veulent vainement faire croire à l’opinion que tous les problèmes du Mali sont le fruit des sanctions infligées au pays par la CEDEAO. »

Dans ce contexte, le gouvernement malien semble faire profil bas. Tandis qu’il n’a cessé de fustiger les ingérences étrangères – françaises – ces derniers mois, il ne peut pas, cette fois, incriminer son bouc émissaire favori. Pas plus qu’il ne peut remercier le soutien attendu des miliciens de Wagner, étrangement absent du terrain. Selon les ONG maliennes, les forces russes seraient en grève pour impayés de la part de l’État malien ! Les forces françaises, pour ce qu’il en reste, poursuivent leur redéploiement vers le Niger.

@NA

 

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