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Politique

Les États-Unis privilégient la coopération

Les États-Unis privilégient la coopération
  • Publiéjanvier 24, 2024

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, en tournée en Afrique de l’Ouest, vante les mérites de la politique ivoirienne en matière de lutte contre la menace djihadiste. Et accroît le soutien militaire des États-Unis à la région.

 

Y aura-t-il des retombées concrètes de la tournée d’Antony Blinken en Afrique ? S’il est trop tôt pour répondre à cette question, force est de constater que la diplomatie américaine fait tout pour « reprendre la main », dans une région convoitée par les Russes et les Chinois. Refusant de s’inscrire dans une compétition, le secrétaire d’État axe sa visite sous deux angles : les relations économiques et le renouveau démocratique. Tandis que les coups d’États se succèdent, notamment dans la région du Sahel, son ambition, alors que les différentes forces onusiennes plient bagage, est de trouver d’autres réponses que les armes aux coups d’État.

Les États-Unis considèrent l’État insulaire du Cap-Vert comme une porte d’entrée vers l’Afrique et un modèle de stabilité démocratique.

De la Côte d’Ivoire à l’Angola, en passant par le Cap-Vert et le Nigeria, Antony Bliken recherche une « approche globale » aux maux africains. Ce qui signifie, pour lui, « travailler avec les communautés locales dans un partenariat, démontrer que les forces de sécurité sont là avant tout pour les protéger et répondre à leurs besoins ». Et de regretter que le mandat prometteur de Mohamed Bazoum, au Niger, ait été suivi d’un « changement inconstitutionnel de direction ». Depuis, « les choses n’ont fait qu’empirer », a-t-il confié à la presse.

Les États-Unis s’engagent à aider la Côte d’Ivoire et le Nigeria dans leur lutte contre le terrorisme. Là encore, l’administration Biden semble privilégier la pédagogie, l’écoute des besoins des populations, plutôt que de prôner l’envoi massif de troupes. Antony Bliken a salué la méthode de la Côte d’Ivoire, qui tente de concilier l’approche sécuritaire et le soutien économique des populations, dans les zones menacées de risque terroriste.

Pour autant, la coopération militaire n’est pas exclue, au contraire. Les États-Unis apporteront 45 millions de dollars supplémentaires au programme de 300 millions $ d’aide à l’Afrique de l’Ouest. « Cela va se traduire en équipements nécessaires pour faire face aux dangers, et cela va se traduire en technologie. Cela doit se traduire aussi en coopération entre nos divers experts. Et je pense que ça peut faire une différence pour sécuriser les endroits qui sont en danger », confie Antony Bliken à RFI.

Au Niger, les Américains conservent une base militaire et maintiennent leurs effectifs, un millier d’hommes ; ils disposent d’une base de drones à Agadez, d’un coût estimé de 100 millions $. Pourtant, les États-Unis réfléchissent à un possible redéploiement de leurs troupes, ainsi que de leurs drones, dans des pays plus sûrs.

 

L’exemple du Cap-Vert

Au plan économique, le diplomate américain salue les volontés de réformes, par exemple au Nigeria. Il s’inquiète néanmoins de la brutalité de certaines mesures, comme la suppression des subventions au carburant – feignant d’oublier que cela est réclamé par le FMI.

Parmi les projets en cours, figure la liaison entre la RD Congo et la Zambie, via le port de Lobito, en Angola. D’autres chantiers concernent des partenariats en matière de santé et la sécurité alimentaire.

On observera que le secrétaire d’État ne se rendra pas en Afrique du Sud, où l’accueil serait sans doute moins chaleureux qu’en Côte d’Ivoire. Les États-Unis accusent Pretoria de se livrer à des exportations d’armes vers la Russie. Récemment, ils se sont agacés de la démarche sud-africaine à la Cour internationale de La Haye, visant à faire reconnaître le « risque de génocide » israélien à Gaza. Un point de désaccord avec de nombreux pays africains qui saluent l’initiative sud-africaine.

En revanche, il n’est pas surprenant qu’Antony Blinken fasse un détour vers le Cap-Vert. Les États-Unis considèrent ce petit pays insulaire comme une porte d’entrée vers l’Afrique et un modèle de stabilité démocratique. Oncle Sam a récemment investi dans l’expansion du port de Praia, la capitale, ainsi que dans diverses infrastructures routières.

Anthony Blinken et le Premier ministre du Cap-Vert, Ulisses Correia e Silva, le 22 janvier 2024 (AP).
Anthony Blinken et le Premier ministre du Cap-Vert, Ulisses Correia e Silva, le 22 janvier 2024 (photo via AP).

 

Le secrétaire d’État n’a pas manqué d’avertir ses interlocuteurs face aux velléités de la Russie. Il reconnaît que les pays africains font appel à la milice Wagner pour combattre le terrorisme, mais il considère que le corollaire est un pillage des ressources du continent. Message qui s’adresse en priorité aux nouveaux pouvoirs au Niger, au Burkina Faso et au Mali, ainsi qu’à la Centrafrique ; autant de pays qui ne masquent plus leurs liens étroits avec Wagner.

À noter que de son côté, le président Joe Biden n’a toujours pas prévu de placer l’Afrique à son agenda.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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