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Politique

Les États-Unis, au cœur des ambitions pour l’Afrique

La relance post-Covid en Afrique se fera avec des États-Unis, de retour dans une logique de multilatéralisme. Par des facilités financières et des partenariats pour la fourniture de vaccins, l’administration Biden veut entraîner les Nations unies dans son sillage.

Par Nicolas Bouchet

« L’Afrique est une priorité de l’administration Biden. » Tranchant avec les années Trump, la politique africaine des États-Unis en 2021 s’exprime par des rendez-vous pris avec l’Afrique des peuples comme avec celle de ses institutions financières.

Une avancée indispensable tant les budgets africains consacrés à la reprise post-Covid sont imposants : ils totalisent quelque 100 milliards de dollars, à comparer avec les 750 milliards d’euros mobilisés par les pays de l’Union européenne.

Face à une « reprise à deux vitesses » causée par l’inégalité d’accès aux marchés financiers et aux stocks de vaccins, l’OMC de Ngozi Okonjo Iweala plaide en faveur des mêmes priorités que l’Amérique.

En effet, les pays africains n’ont pas la liberté budgétaire de créer des paquets de relance qui peuvent représenter, en Europe, jusqu’à 25% des finances nationales.

Ceci alors que les investissements étrangers tournés vers des projets nouveaux africains ont chuté 62%, durant la crise. L’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, détaille par le menu les objectifs de son pays pour ses relations avec le continent, en une approche multilatérale et « All Africa ».

Au-delà de l’énonciation de « valeurs en commun » que sont la sécurité, la démocratie, la liberté, la santé ou encore le climat, l’Amérique chiffre ses annonces. En matière de lutte contre la Covid-19, d’abord, elle promet « une réponse multilatérale à la pandémie par les vaccins ».

Cette promesse faite au continent d’apporter en partenariat 25 millions de doses de vaccins passe en premier lieu par la fourniture d’un million de doses uniques produites par Johnson & Johnson.

À destination du Burkina Faso, de Djibouti et de l’Éthiopie, ces doses sont la première étape de la collaboration entre le gouvernement américain, les CDC Afrique (Centres de contrôle des maladies), Afreximbank et l’Union africaine.

Cette dernière veut vacciner 60% de la population d’ici à 2022. Pour espérer atteindre cet objectif, il faudra que l’initiative Covax reçoive de la part des États-Unis un total de 500 millions de doses Pfizer, représentant une dépense de 2 milliards $. La réponse à l’urgence est complétée par des dons à hauteur de 541 millions $ en aide humanitaire et en aide budgétaire.

Il y a tant à faire de plus…

Vient ensuite la question de la relance. « Nous devons nous concentrer sur les femmes et les jeunes, les plus grandes ressources de l’Afrique. Sinon, nous perdrons le continent », réaffirme Linda Thomas-Greenfield. Délibérément interventionniste au plan intérieur, l’administration Biden s’imagine aussi écrire le scénario de la relance du continent.

Le gouvernement américain a doté l’Africa Finance Corporation d’une enveloppe de prêts aux TPME de 250 millions $. Ces prêts, « source de financement à bas coût », visent la sauvegarde d’entreprises et, au-delà, la création d’emplois d’ici à 2022, en particulier concernant le secteur durement affecté du tourisme.

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Qui est Linda Thomas-Greenfield ?

L’ambassadrice Thomas-Greenfield évoque l’intérêt croissant des Afro-Américains – dont elle est une représentante –, pour la visite des pays africains et de leurs lieux de mémoire. Le trajet qui commence en Amérique par l’Africa Center situé à New York se poursuit bien souvent au Ghana.

Ce pays a déjà retiré près d’un milliard $ des visites, majoritairement estivales, de touristes afro-américains. « Nous devons comprendre comment nous pouvons améliorer les connexions entre les Afro-Américains en Amérique et la diaspora entière partout dans le monde, car il y a tant à faire de plus pour contribuer aux économies de ces pays. »

Miser sur l’innovation et la jeunesse africaines

L’ambition multilatérale pour l’Afrique trouve déjà des relais internationaux. La CEA (Commission économique pour l’Afrique) a créé une facilité de liquidité et de stabilité. Celle-ci doit à terme jouer un rôle de gestion des dettes souveraines en les finançant par des DTS (droits de tirage spéciaux).

De son côté, la directrice de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo Iweala, fait écho à la politique américaine. Face à une « reprise à deux vitesses » causée par l’inégalité d’accès aux marchés financiers et aux stocks de vaccins, l’OMC plaide en faveur des mêmes priorités que l’Amérique.

Aux côtés d’une gouvernance régionale de la gestion de crise illustrée par la création du CDC africain, Ngozi Okonjo Iweala vise la capacité d’innovation d’une jeunesse connectée et l’esprit d’entrepreneuriat des femmes. Celles-ci créent la moitié des TPME sur le continent.

L’OMC relève que la production du vaccin Pfizer nécessite « 286 composants produits sur 86 sites répartis dans 19 pays ». Pour sa directrice, cette réalité fait une évidence du multilatéralisme et de la coopération en matière de propriété intellectuelle et de transferts de technologie. « Cela va lentement mais c’est indispensable si nous voulons sérieusement fabriquer des vaccins. »

NB

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