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Politique

L’énergie au cœur des élections sud-africaines

L’énergie au cœur des élections sud-africaines
  • Publiémars 21, 2024

Les Sud-Africains vivent toujours au rythme des délestages. Cette préoccupation des citoyens met en péril le pouvoir de l’ANC du président Cyril Ramaphosa. Actualisation.

 

Les Sud-Africains se rendront aux urnes le 29 mai pour ce qui devrait être l’élection la plus serrée depuis la fin de l’apartheid et qui devrait être dominée par la question de l’énergie.

Le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), a dominé la politique du pays au cours des trente dernières années, remportant facilement la majorité parlementaire à chaque élection depuis 1994.

Cependant, après avoir présidé à l’implosion du système électrique sud-africain, les sondages d’opinion suggèrent que le parti du président Cyril Ramaphosa, cette fois, risque de ne pas obtenir le soutien de 50 % des électeurs.

 

Dernière minute :

Une unité d’enquête spéciale a perquisitionné le domicile de la présidente du Parlement pendant plus de cinq heures, le 19 mars et a saisi des preuves dans le cadre d’une enquête sur des accusations selon lesquelles elle aurait accepté des pots-de-vin dans ses fonctions antérieures de ministre de la Défense.

D’autre part, les comptes bancaires de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma ont été partiellement gelés après une décision de justice dans le cadre d’une affaire autour du financement de travaux dans sa propriété après son élection en 2009, a fait savoir sa banque, la First National Bank, le 20 mars. 

 

D’autant qu’un sujet de préoccupation, certes récurrent, sera cette fois crucial. Selon un sondage réalisé en mai 2023, 24 % des électeurs qui avaient précédemment soutenu l’ANC prévoyaient de modifier leur vote si le problème des délestages n’était pas résolu.

L’ANC pourrait donc devoir s’appuyer sur des partis plus petits – pourquoi pas les Combattants pour la liberté économique, un parti d’extrême gauche –, pour former un gouvernement. Dans un scénario moins probable, l’Alliance démocratique, le principal parti d’opposition, pourrait être en mesure de rassembler une coalition qui entraînerait l’éviction du pouvoir de Cyril Ramaphosa.

Sans oublier la possibilité d’un gouvernement de coalition, tandis que les différents acteurs se révèlent incapables de s’entendre sur les décisions difficiles à prendre pour sauver le système énergétique. En effet, après les élections, le gouvernement, quel qu’il soit, disposera de peu d’outils pour s’attaquer immédiatement à la pénurie d’électricité.

« Il n’y a malheureusement pas de solution miracle pour réduire le délestage », reconnaît Shawn Duthie, directeur associé de la société de conseil Control Risks.

Cela ne devait pas se passer ainsi. Il y a six ans, le président a pris ses fonctions dans une vague de « Ramaphoria », alors que les Sud-Africains célébraient la démission de son prédécesseur Jacob Zuma, tombé en disgrâce.

 

Corruption et mauvaise gestion

Si Cyril Ramaphosa a enregistré quelques progrès dans la lutte contre la corruption et le rétablissement de la confiance des investisseurs, qui était au plus bas sous Zuma, il s’est avéré incapable de faire fonctionner les services de base. Le délestage, qui était autrefois une nuisance occasionnelle, est devenu une caractéristique exaspérante de la vie quotidienne. Au cours de l’année écoulée, les Sud-Africains ont parfois dû se passer d’électricité pendant plus de 12 heures par jour.

Le problème découle de la négligence à long terme des réseaux de production et de transmission d’électricité du pays. Le parc de centrales à charbon vieillissantes de l’Afrique du Sud a été laissé à l’abandon, tandis que peu d’investissements ont été consacrés à des sources de production alternatives jusqu’à une date récente.

Un technicien Eskom traverse une ferme d'éoliennes.
Un technicien Eskom traverse une ferme d’éoliennes.

La corruption et la mauvaise gestion d’Eskom, l’entreprise publique en difficulté, ont aggravé le problème. Et le fait que les municipalités ne paient pas leurs factures d’électricité a à son tour exacerbé les difficultés financières d’Eskom, limitant encore sa capacité à entretenir les installations existantes et à investir dans de nouvelles infrastructures.

En fait, sous la direction du président Ramaphosa, le gouvernement a déjà pris de nombreuses mesures pour tenter d’atténuer la crise, tout en réformant fondamentalement le système énergétique afin de réduire la dépendance à l’égard d’Eskom. Plusieurs appels d’offres ont attiré des producteurs d’électricité indépendants vers la production d’énergie éolienne et solaire, tandis que les réformes mises en œuvre en 2022 ont permis aux entreprises et aux ménages de recourir davantage à la production d’énergie solaire hors réseau.

« Une grande partie des résultats rapides obtenus en matière d’accélération de la production d’énergie ont été débloqués par une équipe de travail qui siège dans le bureau du président », note Vuyo Ntoi, co-directeur général d’African Infrastructure Investment Managers. « Cela a permis de supprimer des réglementations lourdes qui n’avaient pas d’utilité pratique, comme la limite imposée aux projets énergétiques qui pouvaient fonctionner sans licence. »

La capacité solaire sur les toits a presque doublé au cours de l’année écoulée. Il semble que ce soit l’un des facteurs qui expliquent que les délestages se soient légèrement atténués au cours des derniers mois. Le 29 mai, on saura si ces timides améliorations suffiront à sauver Cyril Ramaphosa.

 

Complexités politiques

Le Président a passé la majeure partie de sa présidence à subir des attaques de toutes parts, les factions alliées à Jacob Zuma ne lui jamais pardonné le rôle qu’il a joué en poussant son prédécesseur à la démission.

Et pourtant, Jacob Zuma a été suspendu du parti en janvier après avoir annoncé qu’il ferait campagne pour un groupe dissident. Les conséquences pour la part de voix de l’ANC dans le KwaZulu-Natal, le cœur politique de l’ancien Président, pourraient être importantes.

Si le soutien de l’ANC tombe sous la barre des 50 %, comme ce fut le cas lors des élections municipales de 2021, le marchandage politique commencera alors, les partis s’efforçant de former un gouvernement opérationnel.

L’Alliance démocratique, le deuxième plus grand parti à l’Assemblée nationale, a formé une alliance souple, connue sous le nom de « Charte multipartite », avec neuf autres petits partis. Les membres du MPC se sont engagés à ne soutenir ni l’ANC ni l’EFF dans une coalition post-électorale.

Toutefois, il n’est pas certain qu’une coalition, quelle que soit sa composition, soit plus efficace que le gouvernement de l’ANC pour rallumer la lumière. Shawn Duthie (de Control Risks) prévient qu’une coalition pourrait entraîner une « stagnation politique ».

En effet, « si la politique de coalition au niveau local est un indicateur, les grandes réformes, ou même une bonne gouvernance, seront considérablement affectées », prévient-il. De nombreux partis politiques sud-africains semblent considérer la gouvernance comme un jeu à somme nulle et le fait de travailler en étroite collaboration avec d’autres partis politiques pour faire passer des lois ou des réformes – une nécessité dans les gouvernements de coalition – est perçu comme un élément négatif.

Quiconque dirige un gouvernement de coalition peut être démis de ses fonctions à tout moment s’il perd le soutien de l’un de ses partenaires. En vertu de la constitution du pays, le président est élu par l’Assemblée nationale et peut être démis de ses fonctions par un vote de défiance des législateurs.

Du point de vue des investisseurs dans le secteur de l’énergie, le pire scénario semble être l’entrée de l’EFF au gouvernement au sein d’une coalition avec l’ANC.

 

Ne pas contrarier la base électorale

Le leader du parti, Julius Malema, s’est engagé à mettre un terme à la scission d’Eskom en entités de production, de transmission et de distribution, une réforme qui est généralement soutenue par les investisseurs. L’EFF s’est également engagé dans son manifeste à supprimer le programme IPP et à le remplacer par un processus dans lequel les contrats seraient attribués à des entreprises détenues majoritairement par des Noirs.

Shawn Duthie estime toutefois qu’un scénario catastrophe est peu probable. Il note que certaines des politiques les plus radicales du parti, telles que la nationalisation des terres, ne pourraient être mises en œuvre sans un amendement constitutionnel qui nécessiterait le soutien des deux tiers de l’Assemblée nationale.

EDITORIAL: Gwede Mantashe's real enemy is the truth, not NGOsAu milieu de toutes les spéculations sur la forme que pourrait prendre une coalition, il convient de noter que l’ANC lui-même a été loin d’être uni ces dernières années. Plusieurs ministres, dont celui de l’Énergie, Gwede Mantashe (photo ci-contre), se sont opposés à l’accord de Partenariat pour une transition énergétique juste signé par Cyril Ramaphosa, qui prévoit un financement international pour la production de nouvelles énergies renouvelables. Gwede Mantashe et d’autres chefs de l’ANC ayant des liens étroits avec les syndicats miniers sont favorables au maintien du rôle dominant de l’industrie du charbon.

Doug Fourie, économiste en chef chez Oxford Economics Africa, estime que le succès du prochain gouvernement dépendra du futur ministre de l’Énergie. Il note qu’à en juger par le rythme actuel du programme IPP, les délestages devraient persister au moins jusqu’en 2028, voire jusqu’en 2030. Toutefois, ajoute-t-il, « un ministre de l’Énergie approprié, disposant des qualifications, des connaissances et des compétences requises, pourrait probablement accélérer les réformes pour mettre fin au délestage d’ici à la fin de l’année 2026, s’il ne se heurte pas à une forte opposition politique interne ».

Que Cyril Ramaphosa s’accroche ou non au pouvoir, le gouvernement aura une marge de manœuvre limitée en matière de politique énergétique. En plus de devoir faire face aux délestages, l’économie sud-africaine est pratiquement stagnante depuis plusieurs années, ce qui signifie que les possibilités d’investissement du secteur public sont très limitées.

 

Un accès compliqué au réseau

Vuyo Ntoi, de l’AIIM, estime que de nouveaux investissements du secteur privé sont inévitables. « Les déficits de production actuels, conjugués à la nécessité de renforcer le réseau national de transmission, impliquent que des investissements nettement plus importants seront nécessaires. Étant donné la marge de manœuvre budgétaire limitée du gouvernement, il incombera au secteur privé d’investir davantage de capitaux dans l’infrastructure électrique. »

Résoudre les problèmes de réseau du pays constituera l’une des priorités, si ce n’est la plus importante, pour le prochain Président et son gouvernement. Sans une meilleure transmission, les projets de production ne peuvent pas fournir de l’électricité aux foyers et aux entreprises.

En effet, l’incapacité à connecter les nouveaux projets éoliens et solaires au réseau a entraîné un fiasco lors du précédent appel d’offres pour la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables, et le nombre de projets attribués fut bien inférieur à ce qui avait été prévu à l’origine. Un nouveau cycle est en cours, mais les soumissionnaires pour les contrats éoliens et solaires sont encouragés à choisir des sites proches des lignes de transmission actuelles, plutôt que dans les meilleures zones pour la production éolienne et solaire.

Vuyo Ntoi note que la sécurisation de l’accès au réseau reste « compliquée », en partie à cause du manque d’expertise au sein d’Eskom. Il estime que le gouvernement devrait permettre aux entreprises de production de construire leurs propres connexions au réseau, puis d’« amortir cet avantage par le biais d’une part des revenus de la société nationale de transport ».

@NA

Écrit par
Ben Payton

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