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Politique

Tchad : l’opposant Succès Masra nommé Premier ministre

Tchad : l’opposant Succès Masra nommé Premier ministre
  • Publiéjanvier 1, 2024

La période de transition au Tchad a pris un tour décisif, avec l’adoption d’une nouvelle Constitution, qui crée ou rétablit diverses institutions, au sein d’un État décentralisé. Succès Masra conduira le gouvernement avant les prochaines échéances électorales.

 

D’opposant à Premier ministre. Considéré longtemps comme le chef de l’opposition tchadienne, Succès Masra a été nommé Premier ministre du gouvernement de la transition, ce 1er janvier 2024. Transition qui devra aller à son terme, puisque la principale tâche du nouveau dirigeant sera d’organiser des élections générales devant conduire au rétablissement de l’ordre démocratique. Si tout se déroule comme prévu, ces élections auraient lieu au plus tard en octobre 2024.

Ordre facilité par l’adoption de la nouvelle Constitution du Tchad, signée le 29 décembre par le président de transition, le général Mahamat Idriss Deby Itno. Le Tchad entre ainsi dans la Cinquième République. Cette promulgation intervient au lendemain de la proclamation, par la Cour suprême, des résultats définitifs du référendum constitutionnel qui s’est déroulé les 16 et 17 décembre 2023.

La nouvelle constitution du Tchad a été adoptée à 85,9 % des suffrages avec un taux de participation au référendum de 62,8 %. La Cour suprême a rejeté le recours du Bloc Fédéral, une coalition de l’opposition qui avait demandé l’annulation des résultats en raison de plusieurs irrégularités dans le déroulement du vote.

Désormais, les Tchadiens disposent d’une loi fondamentale qui maintient la forme de l’État unitaire décentralisé. Les partisans d’un État fédéral, qu’ils jugeaient plus propice au développement – à l’image du Nigeria –, n’ont pas su convaincre.

« Conformément à la pratique et à l’usage », le Premier ministre Saleh Kebzabo avait aussitôt remis au président de Transition sa démission ainsi que celle de son gouvernement. Démission annoncée sur le réseau social X (ex-Twitter).

Mahamat Idriss Deby Itno paraphe la nouvelle Constitution du Tchad, le 29 décembre 2023.
Mahamat Idriss Deby Itno paraphe la nouvelle Constitution du Tchad, le 29 décembre 2023.

 

Son successeur, Succès Masra, était revenu au Tchad le 3 novembre 2023, après un an d’exil. Il redoutait des poursuites après les violences meurtrières du 20 octobre 2022. Un temps opposé au référendum prôné par la junte au pouvoir, il avait fini par s’y rallier, le qualifiant de « moindre mal ».

 

Diverses nouveautés constitutionnelles

Les Tchadiens attendent donc la nomination d’une autre équipe, en conformité avec la nouvelle Constitution. Première nomination post-référendum : le nouveau secrétaire général de la Présidence est désormais Mahamat Ahmat Alhabo. Celui-ci était jusqu’ici ministre de la Justice dans le gouvernement de Transition. Faut-il y voir un signe de « décrispation » ? Toujours est-il que ce nouveau proche du Président est, ainsi que Succès Masra, un ancien opposant.

« Cette nouvelle Loi fondamentale, adoptée à 85,90 % des suffrages avec pour base la Constitution de 1996, prend en compte les résolutions et recommandations du Dialogue National Inclusif et Souverain et comporte de nombreuses innovations », résume un communiqué de la Présidence.

Parmi ces nouveautés, la Présidence cite la création, la réhabilitation et le réaménagement des institutions notamment le Sénat, la Haute cour de Justice, la Cour suprême, la Cour des comptes, le Conseil constitutionnel, la Justice militaire, le Haut conseil des médias et de l’audiovisuel, le Haut conseil des chefferies traditionnelles, la Commission nationale des droits de l’homme, le Conseil économique social et culturel, le Médiateur de la République, ainsi que l’Agence nationale des élections.

L’une des caractéristiques majeures de cette constitution est la forte décentralisation du pouvoir. « Cette évolution vers un État décentralisé s’accompagne d’un engagement accru envers les principes démocratiques et les droits fondamentaux », promet l’État tchadien.

La promulgation de la nouvelle Constitution ouvre la voie à des élections générales, consacrant ainsi le retour à l’ordre constitutionnel. « La volonté du peuple souverain, exprimée à travers le référendum, devient ainsi le moteur du changement politique, renforçant la légitimité des institutions et la confiance des citoyens. »

La promulgation de la nouvelle Constitution est une étape importante dans l’histoire de la nation. C’est le fruit d’un processus démocratique et inclusif, incarnant l’espoir d’une gouvernance éclairée, basée sur les aspirations du peuple tchadien. « La Ve République émerge, promettant un avenir de stabilité, de prospérité et de démocratie pour le Tchad », conclut le communiqué de la Présidence.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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