Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Politique

Le marché de la bauxite attentif à l’avenir de la Guinée

Le coup d’État qui a renversé le président Alpha Condé a créé un choc sur le marché mondial de la bauxite. La Guinée produit 20% de ce minerai d’aluminium. Le nouveau pouvoir peut-il modifier la donne ?

Par Shoshana Kedem

Le coup d’État militaire de septembre en Guinée a renversé le président du pays et envoyé des ondes de choc sur les marchés mondiaux de la bauxite. Le chef du CNRD, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, ancien officier de la Légion étrangère française, a promis qu’un gouvernement de transition d’union nationale serait formé et que le pays connaîtrait une « nouvelle ère de gouvernance et de développement économique ».

« À ce stade, le coup d’État n’a eu aucun impact perceptible sur les investissements miniers de la Chine, car toutes les grandes sociétés minières signalent que les opérations se déroulent comme d’habitude », juge le China Africa Project.

Au lendemain du coup d’État, les frontières terrestres et aériennes ont été fermées, faisant craindre des perturbations de l’approvisionnement mondial en bauxite, principale source de minerai d’aluminium, dont la Guinée fournit 20 % du marché mondial. Les prix ont atteint leur plus haut niveau en une décennie sur le London Metal Exchange au lendemain du coup d’État.

Cependant, le CNRD s’est empressé de rouvrir les frontières maritimes et les ports, garantissant la poursuite des exportations de minerais en vrac, et a encouragé les mineurs à reprendre leurs activités, contribuant ainsi à compenser le risque de rupture d’approvisionnement. Depuis lors, les frontières avec les pays voisins, dont la Guinée-Bissau, la Sierra Leone, le Libéria et le Sénégal, ont été progressivement rouvertes.

Le bouleversement politique pourrait entraîner des retards pour le plus grand projet d’extraction de minerai de fer de Guinée, Simandou, prévient Eric Humphery-Smith, analyste pour l’Afrique de la société d’analyse des risques Verisk Maplecroft. Simandou contient le plus grand gisement connu de ce type, avec plus de 2 milliards de tonnes de minerai à haute teneur pouvant être utilisé pour fabriquer de l’acier, mais il est resté largement inexploité en raison de querelles politiques et de conflits de propriété.

L’avenir du projet semblait plus prometteur en 2020 après que le consortium soutenu par la Chine et SMB-Winning a signé un accord pour développer le site. Après le coup d’État, le projet pourrait faire face à de nouveaux revers. L’échéance fixée par SMB-Winning pour mettre en production les blocs 1 et 2 de Simandou d’ici à 2025 est susceptible d’être repoussée, selon l’analyste.

Inquiétudes sur le Code fiscal

Mamady Doumbouya a historiquement soutenu le développement d’un projet d’infrastructure clé pour le développement de la mine de Simandou, le chemin de fer transguinéen, comme moyen d’exporter le minerai de fer de la zone montagneuse du sud de la Guinée.

« Mais rien ne garantit qu’un gouvernement d’unité nationale ne décidera pas de critères supplémentaires », observe Eric Humphery-Smith. Qui ajoute : « Une révision du cadre fiscal minier ne peut être écartée, tandis que le Code minier 2011 de la Guinée reste parmi les plus compétitifs de la région. »

Le coup d’État a attisé les craintes de perturbations de la chaîne d’approvisionnement de l’aluminium en Chine. Pékin a importé près de la moitié (47%) de sa bauxite de Guinée l’année dernière, contribuant à consolider la position du pays en tant que leader mondial de la production d’aluminium.

Les entreprises chinoises sont fortement investies dans le secteur minier du pays. Toute rupture d’approvisionnement amènerait probablement la Chine à se tourner vers l’Australie pour la bauxite et éventuellement le minerai de fer, ce que les décideurs politiques de Pékin tiennent à éviter, considère Eric Olander, rédacteur en chef du China Africa Project. « À ce stade, le coup d’État n’a eu aucun impact perceptible sur les investissements miniers de la Chine, car toutes les grandes sociétés minières signalent que les opérations se déroulent comme d’habitude », juge le spécialiste.

Le coup d’État était le troisième en Afrique de l’Ouest l’année dernière, après les récentes prises de contrôle militaires au Mali et au Tchad. Les dirigeants africains ont critiqué la junte pour avoir bouleversé l’ordre constitutionnel tandis que le bloc régional Ecowas a suspendu la Guinée et imposé des sanctions.

L’Union africaine a également suspendu la Guinée. Le président ougandais Yoweri Museveni a déclaré à France24 que le coup d’État constituait « un pas en arrière », que ses dirigeants devraient faire face à des sanctions et « partir ». « Nous n’acceptons pas l’idée de coups d’État, ils ne sont pas une solution », a-t-il déclaré.

[Lire article Guinée politique]

De son côté, Eric Humphery-Smith juge que l’éviction de Condé envoie un signal à une génération de dirigeants politiques en Afrique francophone et au-delà qui cherchent à étendre leur pouvoir par des changements à la constitution.

En décembre 2020, Condé a prêté serment de manière controversée pour un troisième mandat dans une décision que les opposants ont qualifiée d’inconstitutionnelle. En réponse aux critiques régionales, le nouveau gouvernement guinéen a entamé des consultations avec des dirigeants politiques, religieux et commerciaux qui, selon lui, ouvriront la voie à la formation d’un gouvernement de transition.

@SK

ENCADRE

Cette partie n’est pas essentielle, puisqu’il y a un article politique à côté

Le bloc régional ouest-africain de la CEDEAO a gelé des avoirs financiers et imposé des interdictions de voyager aux dirigeants du coup d’État en Guinée et à leurs proches, insistant sur la libération du président Alpha Condé et un retour à l’ordre constitutionnel dans le prochain six mois.

Cette décision a été annoncée par Jean-Claude Kassi Brou, président de la commission du bloc, à la suite d’un sommet d’urgence des dirigeants régionaux à Accra, le 17 septembre.

Cependant, le chef de la junte, Mamady Doumbouya, a ignoré l’effet des sanctions. Il a déclaré aux émissaires de la CEDEAO que le travail des putschistes était en Guinée et qu’il n’y avait « rien à geler dans leurs comptes », selon la porte-parole du CNRD, Amara Camara. La CEDEAO a suspendu l’adhésion de la Guinée le 8 septembre, mais les sanctions sont sa réponse la plus dure à ce jour à une série de prises de contrôle militaires.

Judd Devermont, le directeur du groupe de réflexion sud-africain CSIS Africa, a qualifié l’attitude de la Communauté économique de « réponse beaucoup plus robuste que sa réaction aux deux coups d’État au Mali ». Le bloc a également exigé que le gouvernement de transition du Mali s’en tienne à un accord pour organiser des élections pour février 2022 et présente une feuille de route pour le vote d’ici le mois prochain.

La CEDEAO a imposé des sanctions au Mali en août 2020 après que des soldats maliens ont détenu le président Ibrahim Boubacar Keita après une mutinerie qui a suivi des semaines de manifestations contre son gouvernement.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts