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Politique

Le Mali sort du G5 Sahel

Le Mali sort du G5 Sahel
  • Publiémai 16, 2022

Furieux après ses voisins et après la France, le Mali a décidé de suspendre sa participation au  G5 Sahel et à sa force conjointe. Cet isolement ne peut pas rester sans réponse, notamment du Tchad, qui préside actuellement le groupe et dont les forces armées sont les plus importantes.

 

Par Laurent Allais

Est-ce le Mali qui choisit l’isolement ou est-ce ses voisins qui veulent isoler le Mali ? S’il est trop tôt pour trancher, force est de constater les dégâts. Un communiqué publié le dimanche 15 mai au soir est clair : le gouvernement malien a choisi unilatéralement de sortir de la coalition G5 Sahel destinée à lutter contre le terrorisme dans région.

Le gouvernement du Mali réaffirme son « engagement constant » en faveur de l’intégration et de la coopération régionale « pour la réalisation d’objectifs qui servent les intérêts majeurs des peuples africains ».

Les motivations de la junte au pouvoir sont de divers ordres. En premier lieu, le pouvoir malien reproche au G5 Sahel de ne pas avoir tenu de session ordinaire à Bamako, comme prévu, en février, ni les semaines suivantes, « en dépit des multiples initiatives prises par le Mali en ce sens auprès des instances du G5 Sahel, pour attirer leur attention », explique le communiqué. Le Mali, président en exercice du G5 Sahel au premier trimestre, y a vu un affront. Le colonel Assimi Goïta aurait prévenu ses partenaires qu’ « en l’absence de progrès substantiels sur cette question à la date du 15 mai, la République du Mali se verra dans l’obligation de suspendre sa participation aux organes du G5 Sahel, y compris la Force conjointe ».

Voilà donc chose faite. Le Mali considère que la non tenue à Bamako de la 8e session de la Conférence des chefs d’État, ainsi que des réunions statutaires des autres organes, « constituent une violation d’une décision prise par l’Institution, mais aussi celle des textes de base du G5 Sahel ».

Certains partenaires – sans le nommer, la partie malienne accuse le Tchad sur ce point –, ont avancé l’idée que la situation intérieure du Mali, en conflit avec la CEDEAO quant au calendrier de sa transition démocratique, expliquent ce refus de tenir une réunion internationale à Bamako. Il est vrai que le Mali n’a toujours pas communiqué de calendrier crédible de retour aux élections démocratiques, tandis que les instances sous-régionales s’inquiètent de la présence des miliciens de Wagner dans le pays. Si le Mali prétend que ces derniers ne sont que de simples instructeurs, ses voisins imaginent mal le déploiement d’une force commune africaine ainsi placée « sous l’œil de Moscou ».

 

Divorce consommé avec la France

Le gouvernement malien « rejette formellement » cet argument, expliquant que rien dans les textes du G5 Sahel ne prévoit des sanctions à l’égard d’un État membre pour des considérations de politique intérieure.

D’autre part, explique le gouvernement, l’« opposition de certains États du G5 Sahel à la présidence du Mali est liée aux manœuvres d’un État extra-régional visant désespérément à isoler le Mali ». Nul besoin d’être expert en géopolitique pour deviner que l’État en question est la France. Après l’annonce de son redéploiement militaire dans la région, Paris a conclu des accords formels d’assistance à certains pays comme le Tchad ou le Burkina Faso, accords régulièrement dénoncés par le Mali.

 Le Mali dénonce donc « une instrumentalisation et un dysfonctionnement grave des organes du G5 Sahel », sans autre précision concrète. Pour autant, le gouvernement du Mali réaffirme son « engagement constant » en faveur de l’intégration et de la coopération régionale « pour la réalisation d’objectifs qui servent les intérêts majeurs des peuples africains ».

Du point de vue formel, les arguments du Mali sont recevables, considère le politologue Seidik Abba, qui rappelle que les sommets du G5 Sahel se sont toujours tenus chez le pays qui en assure la présidence, y compris au Tchad après la mort d’Idris Déby. Il est aussi facile que les Maliens accusent la France, compte tenu des tensions en cours qui ne font que se poursuivre.

Pour une partie de la population malienne, cette décision représente un nouvel acte de souveraineté du Mali par rapport à la CEDEAO et à la France. Il n’en reste pas moins que le pays acte son isolement. La rupture avec Paris est consommée, celle avec les voisins ne fait que commencer, sauf retournement de situation.

Pour Seidik Abba, les autres pays doivent réagir, car la mutualisation des ressources essentielle pour combattre le terrorisme dans la région « et on ne peut guère se passer du Mali pour cela ». Aucun pays ne peut seul faire face à la menace, tandis qu’il est compréhensible que les autres pays ne veulent pas se mettre en porte-à-faux avec la France, en acceptant sans les exigences du Mali.  

Certes, jusqu’à présent, le G5 Sahel n’a pas présenté un bilan bien flatteur en matière de lutte contre le terrorisme. Le retrait du Mali risque de l’affaiblir davantage. Reste donc à savoir quelle sera la réponse des autres membres de la coalition, également réunis au sein de la force militaire conjointe, la Minusma.

@NA

Écrit par
Laurent Allais

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